La série de Formule 5000 (5000 pour la cylindrée de 5000cc des moteurs V8 atmosphériques) a été populaire ici au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni ainsi qu’en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Cette série n’était pas monotype et permettait l’utilisation de châssis et de moteurs différents. Si les châssis provenaient de plusieurs constructeurs tous les concurrents, ou presque, optaient pour le V8 Chevrolet de 305 pouces-cubes, facile à préparer, à faire fonctionner et à entretenir.
Visuellement, une monoplace de F5000 ressemblait beaucoup à un bolide de Formule 1. Il s’agissait en termes simples, d’un châssis presqu’aux normes de F1 auquel on greffait le moteur V8. Cette catégorie permettait à de très bons pilotes privés de s’acheter une monoplace qui flirtait avec les temps au tour réalisés par les F1, mais à une fraction du prix.
Les bolides de F1 et de F5000 partageaient presque le même châssis : une monocoque fabriquée de feuilles d’aluminium rivetées. On retrouvait des suspensions à basculeurs reliés à des combinés ressorts/amortisseurs, des freins à disques en fonte, des ailerons avant et arrière, des gros pneus larges, une transmission Hewland à cinq rapports pour un poids total d’environ 650 kilos. Elles étaient dépourvues d’effet de sol, de fibre de carbone et de tous ces gadgets électroniques modernes.
Le constructeur de voitures de course britannique Lola s’est beaucoup impliqué en F5000, produisant plusieurs modèles. Lola était toutefois en compétition forte centre McLaren et Surtees et l’entreprise, dirigée par Eric Broadley, a continuellement dû améliorer ses modèles et prouver leur supériorité afin de maintenir ses ventes.
En 1971, Frank Gardner est aux commandes d’une Lola T192 à moteur V8 cinq litres Chevrolet et dispute championnat d’Europe Rothmans de Formule 5000. Si cette T192 est encore compétitive, Gardner discute de ce que pourrait être la nouvelle monoplace avec un jeune ingénieur de 26 ans chez Lola nommé John Barnard.
Gardner croit que le châssis T240 utilisé en Formule 2 et en Formule B pourrait constituer une base appropriée pour une nouvelle voiture, car il offre un centre de gravité abaissé et une meilleure aérodynamique. Barnard commence à dessiner les plans de la nouvelle monoplace qui s'appelle initialement T242.
Des pontons radicalement différents des autres
La nouvelle monocoque, fabriquée de panneaux l’alliage d’aluminium 172 rivetés et collés est tout à fait inhabituelle. Les réservoirs de carburant latéraux émergent derrière les roues avant et s'élargissent presque jusqu'à l’axe des pneus arrière. La suspension avant est conventionnelle et les freins à disque arrière sont accolés à la transmission (et non pas dans les roues). La suspension arrière est modifiée et les roues arrière sont des 13 pouces et non pas des 15 pouces comme habituellement. La boîte de vitesses est une Hewland DG300 à cinq rapports et le poids affiché est de 617 kilos.
L’aspect le plus étrange, ou innovateur, de la voiture est sans contredit ses gros pontons latéraux qui remontent jusqu’au casque du pilote. La largeur du châssis a obligé Barnard à fixer les radiateurs latéraux beaucoup plus hauts que la normale, de chaque côté de la tête du pilote et à l’intérieur de caissons évasés assez distinctifs.
Après avoir été testée, la Lola T242, toujours pilotée par Gardner, dispute sa première course de F5000 sur le tracé britannique de Thruxton le 1er août 1971. Les premiers résultats indiquent que Lola a effectué de bons choix : la nouvelle voiture est plus légère, accélère mieux et sa vitesse maximale est plus élevée de 10 km/h. Gardner signe la pole position et croise l’arrivée en troisième place.
L’appellation T242 cause toutefois une certaine confusion avec les utilisateurs de Lola T240 destinée à la Formule 2, Atlantique et Formule B. Ainsi, lors de la course suivante, disputée sur le circuit de Silverstone le 14 août, la voiture de Gardner est identifiée T300, et l’Australien termine la course en deuxième place.
Cependant, Gardner va détruire cette voiture le 30 août sur le circuit de Snetterton. Pas de soucis, car Gardner prend le volant de la première Lola T300 de production lors de la manche suivante sur le Hockenheimring en Allemagne où il signe la pole position et gagne les deux manches devant la Lotus 56B à turbine d’Emerson Fittipaldi ! Cette année-là, Gardner remporte six victoires et est sacré champion de la série.
Lola va construire 17 exemplaires de la T300 et va récolter une quarantaine de victoires en 1972 et 1973, et décrocher le championnat Rothmans F5000 au Royaume-Uni, le championnat SCCA Formula A aux États-Unis et le championnat australien Gold Star.
Étonnante: La Lola T300 de Formule 5000 dotée d’immenses pontons latéraux
Mardi 23 juin 2026 par René FagnanCrédit photo: YouTube/Historical Aviation Film Unit







