Les 22 et 23 juin 1991, le pilote québécois Claude Bourbonnais, bien connu pour ses nombreux succès obtenus en Formule 2000 et en Formule Atlantique, a disputé la course d’Endurance la plus prestigieuse au monde, les 24 Heures du Mans en France.
Né le 24 juin 1965 à l’Île-Perrot en banlieue de Montréal, Bourbonnais a été sacré champion canadien de F2000 en 1988, puis il a récolté 13 victoires en Formule Atlantique au cours de cinq saisons suivantes. Fin 1990, Player’s l’a envoyé en Europe participer aux dernières courses de Formule 3000 à titre de coéquipier de Stéphane Proulx chez Pacific Racing, sans qu’il parvienne à se qualifier.
C’est en septembre de la même année que Player’s commandite une course du Championnat du monde d’endurance à Montréal. L’intérêt des amateurs grandit pour ces bolides qui participent, entre autres, aux 24 Heures du Mans.
En 1991, l’équipe qui conseille Bourbonnais entre en contact avec des écuries d’Endurance et un accord est trouvé avec le Français Yves Courage qui fait courir ses propres voitures de Groupe C : une monocoque maison, appelée Cougar, à laquelle est greffé un moteur Porsche six cylindres à plat à double turbo de trois litres qui développe plus de 700 chevaux.
Claude a droit à une course préparatoire avant le Mans, le Castrol BRDC Empire Trophy à Silverstone le 19 mai 1991. Associé au Français Michel Trollé, Bourbonnais pilote la Courage C26S-Porsche à la neuvième place. « En réalité, il y avait deux catégories dans ce championnat : les voitures turbo comme la nôtre et les voitures atmosphériques, très récentes, qui nous tournaient autour » nous affirme Bourbonnais. « Ces voitures, comme la Jaguar-Ford Cosworth, nous doublaient comme si on était dans une Formule 1600 ! »
Mi-juin, Bourbonnais est au Mans et après les premiers essais Yves Courage vient le voir. « Courage avait d’abord demandé à Claude la somme de 35 000$ pour disputer les 24 Heures du Mans » nous explique une personne qui fut très impliquée dans le dossier. « Mais cette fois, Courage exigeait plutôt 50 000$. La rumeur veut que Courage, qui avait inscrit trois Cougar au Mans, s’est soudainement retrouvé à court de budget quand un de ses pilotes, un ancien pilote de F1 et ancien vainqueur du Mans, lui a révélé qu’il n’apportait pas un sou ».
« On n’avait pas plus d’argent à lui donner. Il en voulais plus, mais on ne l’avait pas. Ça s’est finalement arrangé et j’ai pu continuer à courir » ajoute Bourbonnais. Outre Trollé, Claude est épaulé par l’Italien Marco Brand.
Une course de 24 heures qui démarre comme un sprint
« Courage avait prévu que Brand prenne le départ, mais Trollé a lourdement insisté » raconte notre interlocuteur discret. « Trollé s'était grièvement blessé aux jambes dans un accident en F3000 en 1988. Je crois qu’il voulait démontrer à tout le monde qu’il n’avait rien perdu de ses capacités. Il a pris le départ et il a piloté en fou comme s’il s’agissait d’un Grand Prix ».
Des tensions sont vite apparues entre Bourbonnais et Trollé. « Il fallait de la sympathie mécanique pour faire durer cette voiture. Trollé était une prima donna. Il s’est blessé juste après avoir signé pour monter en F1 avec Tyrrell. Il vivait une grande frustration. Et moi j’étais nouveau dans l’équipe et je roulais vite » nous dit Bourbonnais de façon directe.
La Cougar est qualifiée au 27e rang avec un chrono de 3’54”480. Après le premier relais de Trollé, la voiture n’est déjà plus d’une grande fraîcheur. Marco Brand s’en rend vite compte en réalisant que les freins ne répondent presque plus !
À son tour de piloter, Bourbonnais se fait lui aussi piéger à deux reprises. La deuxième fois, il traverse un bac à gravier qui nécessite un changement de capot avant. « Durant la nuit, la visibilité n’était pas terrible. Certains endroits étaient bien éclairés tandis que d’autres ne l’étaient pas du tout. Quand tu arrives dans le noir à 300 km/h et que tu vois le virage au dernier moment, ça surprend » déclare Bourbonnais. La Courage est aussi affecté d’ennuis mécaniques qui la retarde souvent dans les puits.
Dimanche après-midi le 23 juin, la course se termine avec la victoire surprise de la Mazda 787B à moteur rotatif pilotée par Volker Weidler, Johnny Herbert et Bertrand Gachot. Bourbonnais, Trollé et Brand, qui ont perdu pas mal de temps, terminent à 31 tours des vainqueurs et non classés pour ne pas avoir parcouru une distance suffisante.
Claude ne conserve pas des souvenirs impérissables de son expérience au Mans et en Endurance. « La Courage était une grosse “barouette” et d’une vieille technologie. Il y avait aussi le long temps de réponse du turbo. De plus, on était plus lourd de 200 kilos que les voitures à moteurs atmosphériques. Elle ne freinait pas et elle ne tournait pas comme une monoplace. Moi, j’étais un gars de monoplaces. La boîte de vitesses à synchros était très lente. Les changements de vitesses étaient lents comme ceux d’une voiture de rue. Les vitesses ne passaient jamais assez vite à mon goût ».
Néanmoins, Bourbonnais a pu ajouter cette expérience enrichissante à son curriculum vitae.
23 juin: Claude Bourbonnais dispute les 24 Heures du Mans en 1991 à bord d’une Courage-Porsche
Mardi 23 juin 2026 par René FagnanCrédit photo: Archives René Fagnan/Formula magazine, Bryn Williams







