L’histoire de la monoplace de Formule 1 Riviera commence avec un pilote italien vraiment peu connu, Alberto Colombo, un bon vivant un peu joufflu et qui arbore une impressionnante chevelure frisée. Né le 23 février 1946 à Varedo, Colombo a été sacré champion d'Italie de Formule 3 en 1974 et a ensuite longuement couru en Formule 2 avec sa propre écurie nommée "San Remo Racing". Il réalise sa meilleure saison de F2 en 1977 en se classant en huitième place au championnat. Malgré son mince palmarès et ses 32 ans, il tente ensuite sa chance en F1 en 1978. Il rate sa qualification en Belgique et en Espagne à bord d’une ATS HS1-Ford et ne peut faire mieux en Italie au volant de la Merzario A1.
Un an plus tard, l’Allemand Willi Kauhsen, un ancien pilote d’Endurance, décide de faire grimper son écurie de F2 en F1. Il fait construire une voiture de F1 par Klaus Kapitza : la volumineuse WK à moteur Cosworth DFV. Un véritable désastre. Gianfranco Brancatelli se traîne lamentablement à son volant à deux reprises. Kauhsen arrête tout et vend la voiture et les pièces détachées à Arturo Merzario et aussi à… Alberto Colombo.
Oui, car Alberto, l’homme aux trois non-qualifications, désire retourner en F1 avec sa propre équipe et sa propre voiture. Le projet (un peu fou) est l’idée de Colombo, mais surtout de quatre hommes d’affaires qui désirent amener Alberto en F1 avec la commandite de Riviera S.p.a., l’importateur des vêtements de sport “Le Coq Sportif” en Italie. Cette entreprise était déjà un commanditaire personnel de Colombo en F2.
Si la minuscule équipe, basée à Brianza, a récupéré le moteur Cosworth et d’autres pièces détachées de Kauhsen, il manque l'essentiel, le châssis, qui a été acheté par Merzario. Un nouveau châssis et tout le reste de la monoplace est conçu par un ancien ingénieur d’Autodelta (le département de compétition d’Alfa Romeo) Giorgio Valentini. Ce dernier dessine un châssis d'une grande simplicité constitué de feuilles d’aluminium rivetées et qui est fabriqué par l’entreprise britannique Thompson qui a produit des châssis pour Ferrari et d’autres constructeurs dans le passé.
La monoplace, nommée Riviera, est un "kit-car" traditionnel avec un moteur V8 Cosworth DFV et une boîte de vitesses Hewland, mais conçue pour exploiter l’effet de sol avec ses larges pontons latéraux.
Arrêt soudain des travaux de fabrication
Cependant, le travail d'assemblage de la voiture est arrêté net. Différents problèmes sont apparus et cet imbroglio n’est pas très bien documenté. Il apparaît qu'une photo d'une sorte de maquette de la Riviera F1-70, fabriquée avec le châssis, la carrosserie et quatre pneus posés par terre, a été diffusée afin de démontrer le "sérieux" du projet. Il semble aussi que le châssis en aluminium s’est avéré être beaucoup plus lourd que prévu. Une autre rumeur veut que Bernie Ecclestone aurait demandé un montant d’argent très élevé en garantie afin d’accepter la participation de cette nouvelle écurie en F1.
Il existe probablement une autre explication qui peut aider à élucider l’arrêt brusque de l’assemblage de la voiture. La Coupe du monde de football (soccer) allait avoir lieu en Espagne en 1982 et Le Coq Sportif avait la chance de commanditer l’équipe nationale italienne. C’est ce qui est survenu. Le Coq a été imprimé sur le maillot des joueurs italiens, et tout de montage financier aurait été effectué par l’entremise de Riviera S.p.a. On peut donc en déduire que Riviera a investi tout son budget de marketing dans le football et, de ce fait, retiré l’argent qui avait été prévu pour le projet de la voiture de F1.
Peu importe ce qui s’est réellement passé. La voiture n’a jamais été assemblée, elle n’a jamais été homologuée par la FIA et elle n’a jamais roulé. Le moteur Cosworth DFV a finalement été vendu à Enzo Osella pour son écurie de F1.
Plus d’une quarantaine d’années plus tard, des pièces et des dessins issus de cette aventure ont été retrouvés. Marco Fumagalli, un "gentleman driver" et vainqueur d'une édition de la course Le Mans Classic, en collaboration avec Massimo Pollini, l'un des meilleurs restaurateur de voitures de course au monde, ont décidé de donner naissance à cette voiture fantôme.
Pollini s'est occupé de tous les aspects techniques, assisté par d'anciens mécaniciens de l'époque San Remo Racing. Le travail a commencé en janvier 2024 par la vérification de tous les dessins techniques et leur transfert au format numérique afin que les pièces manquantes puissent être fabriquées par des machines-outils CNC modernes.
La Riviera F1-70 existe maintenant et elle a vraisemblablement roulé en piste en mémoire d’Alberto Colombo. Ce dernier nous a quitté le 7 janvier 2024 à 77 ans à la suite d’une longue maladie sans avoir vu sa voiture terminée.
Histoire de la Riviera F1, le projet d’une autre voiture de F1 italienne
Mardi 10 mars 2026 par René FagnanCrédit photo: Internet/Photographe inconnu







