Plus de quinze ans après les faits, l’ombre du scandale du Crashgate continue de planer sur la Formule 1. Le pilote brésilien Felipe Massa vient en effet d’obtenir une première victoire juridique dans son combat pour faire reconnaître les conséquences du scandale sur le championnat du monde 2008. Un tribunal de Londres (Grande-Bretagne) lui a accordé une indemnisation de 250 000 livres sterling (environ 455 000$ CDN), une décision qui ravive l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire de la discipline au 21ème siècle. Les parties condamnées à verser cette somme sont Bernie Ecclestone, la FIA et la FOM (l’entité qui possède la F1). Ils ont 14 jours pour le faire.
Pour comprendre l’importance de cette décision, il faut revenir à la saison 2008 de Formule 1 et plus particulièrement au Grand Prix de Singapour. Lors de cette course, le pilote de l’écurie Renault, Nelson Piquet Jr., provoque volontairement un accident après instruction de son équipe, dirigée alors par Flavio Briatore. L’objectif était de déclencher l’entrée en piste de la voiture de sécurité afin de favoriser la stratégie de son coéquipier, Fernando Alonso, qui remporta finalement la course.
À l’époque, personne ne soupçonne la manipulation. Mais cet accident aura des conséquences immédiates pour Felipe Massa. Alors en lice pour le titre avec la Scuderia Ferrari, le Brésilien mène la course lorsque la voiture de sécurité est déployée. Dans la confusion des arrêts aux puits, un ravitaillement mal coordonné lui fait perdre un temps précieux : Massa repart avec le tuyau de carburant encore attaché à sa monoplace, un incident spectaculaire qui ruine sa course et l’empêche de marquer des points cruciaux.
À la fin de la saison, le championnat du monde se joue pour un seul point. Lors du dernier Grand Prix au Brésil, Massa remporte la course et croit pendant quelques secondes décrocher la couronne mondiale. Mais un tête-à-queue de Timo Glock (Toyota) dans le dernier virage permet finalement à Lewis Hamilton d’assurer la cinquième place de la course, lui donnant ainsi les points nécessaires pour remporter in-extremis le titre mondial. Massa termine vice-champion, battu d’un point seulement.
L’affaire du Crashgate éclate officiellement l’année suivante. En 2009, la Fédération internationale de l’automobile révèle que l’accident de Singapour avait été prémédité. Les dirigeants de l’écurie Renault de l’époque, Flavio Briatore et Pat Symonds, sont sanctionnés. Pourtant, les résultats de la course ne sont pas annulés, notamment parce que l’affaire est révélée trop tard pour modifier officiellement le classement du championnat.
Pendant longtemps, Felipe Massa accepte cette décision comme une injustice sportive, mais sans engager d’action judiciaire. La situation change lorsque des déclarations de Bernie Ecclestone relancent la polémique. L’ancien dirigeant de la Formule 1 a affirmé en 2023 que les responsables du sport auraient eu connaissance des faits dès 2008 mais auraient choisi de ne pas agir immédiatement afin d’éviter un scandale. Ces propos poussent Massa à engager une procédure pour obtenir réparation. Le pilote soutient que si les autorités avaient agi dès la découverte des manipulations, la course de Singapour aurait pu être annulée ou ses résultats révisés, ce qui aurait potentiellement modifié l’issue du championnat.
La décision judiciaire intervenue fin de semaine dernière à Londres, accordant 250 000 livres sterling au Brésilien, constitue donc une reconnaissance partielle du préjudice subi. Certes, elle est faible par rapport aux 64 millions que réclamait Massa et elle ne modifie pas le palmarès officiel de la Formule 1, donc ne retire pas le titre mondial 2008 à Lewis Hamilton. Mais pour Felipe Massa, cette indemnisation représente avant tout une validation morale de son combat.
La bataille judiciaire pourrait ne pas être totalement terminée car le juge de la Cour de Londres a indiqué que la défense de Massa soulevait aussi un point de droit qui doit encore être évalué par la Cour suprême britannique. Cette décision suspend temporairement une éventuelle poursuite du dossier. Mais cette première victoire symbolique permet déjà à Felipe Massa de réaffirmer une conviction qu’il répète depuis des années : le championnat 2008 ne s’est pas joué uniquement sur la piste, mais aussi dans l’ombre d’un scandale qui a marqué l’histoire de la Formule 1.
Felipe Massa obtient une victoire juridique symbolique dans l’affaire du Crashgate de 2008
Lundi 9 mars 2026 par Julie BouchardCrédit photo: Galeron







