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22 juillet: François Lecot commence son périple de 400 000 km au volant de sa Citroën en 1935

22 juillet: François Lecot commence son périple de 400 000 km au volant de sa Citroën en 1935

Mercredi 22 juillet 2026 par René Fagnan
Crédit photo: Archives Citroën

Crédit photo: Archives Citroën

Imaginez un instant que vous parcourez la distance de 1150 kilomètres chaque jour au volant de votre voiture pendant un an. C’est l’exploit presque irréaliste qu’a réalisé le Français François Lecot en 1936.

Lecot, un petit gabarit de seulement 1m50 est né en 1878 et obtient d’abord une formation de mécanicien. Il participe ensuite à des courses automobiles, puis il réalise des exploits d’endurance avant d’être repéré par André Citroën qui le nomme pilote d’essais du prototype de la 7 CV.

En 1934, Lecot et son co-pilote Maurice Penaud parcourent le tour de la France et une partie de la Belgique, soit 5007 km en 77 heures à la vitesse moyenne de 65 km/h à bord d’une 7 CV. Mais la même année, le constructeur automobile Citroën, qui connaît des ennuis financiers, est repris par les entreprises Michelin. Un an plus tard, André Citroën, qui accordait toute sa confiance en Lecot, décède.

Arborant moustache et portant habituellement un béret, Lecot, qui est restaurateur à Rochetaillé-sur-Saône près le Lyon depuis 1925, décide de faire la promotion de la solidité de la 11 CV à traction en affirmant vouloir parcourir 1150 kilomètres par jour pendant un an à bord de la même voiture. Si cela se déroule comme prévu, la voiture et son conducteur parcourront une distance totale de 400 000 km !

Non soutenu par les nouveaux propriétaires de Citroën, Lecot, âgé de 57 ans, a du mal à amasser la somme d’argent nécessaire au projet, mais il y parvient. La voiture est une Citroën 11 AL, soit un moteur 11 CV installé sur un châssis de 7 CV prélevé sur la chaîne de montage le 8 juin 1935.

Pour affronter un tel défi, la voiture est légèrement modifiée. Son moteur est préparé et on installe un gros réservoir d’essence d’une capacité de 110 litres. L’angle du pare-brise est modifié afin de permettre une meilleure visibilité en cas de brouillard, on ajoute un accélérateur pour le pied gauche afin de limiter les crampes musculaires ainsi qu’un avertisseur sonore à deux tons et des lumières rouges et vertes pour la route. Lecot engage aussi deux mécaniciens qui verront à entretenir la voiture lors des pauses.

L’ACF, l’Automobile club de France, est intéressé par le projet et décide de faire les choses comme il se doit afin d’homologuer le record s’il est établi. L’ACF recrute donc huit contrôleurs et impose à Lecot une vitesse moyenne de 65 km/h et une vitesse maximale de 90 km/h lors de son exploit.

1150 kilomètres parcourus chaque jour, tous les jours

La tentative de record commence le 22 juillet 1935 à 3h30 du matin devant l’hôtel situé à Rochetaillé. Lecot, accompagné d’un contrôleur, prend la direction de Paris et arrive aux bureaux de l’ACF, Place de la Concorde à midi.

À midi trente, ils repartent et c’est direction Monte-Carlo sur la Côte d’Azur. Il n’y a évidemment pas d’autoroute à cette époque et toute la distance est parcourue sur des routes nationales à double circulation traversant des villages. La route est longue et le commissaires, qui surveille la vitesse et les interventions mécaniques, demande parfois d’effectuer un arrêt afin de boire une bière.

Après avoir pointé à Monte-Carlo, la Citroën reprend la route vers le nord pour arriver à Rochetaillé vers 21 heures. Lecot et le commissaire peuvent enfin manger un repas chaud. Le conducteur va ensuite se coucher tandis que le commissaire surveille le travail effectué par un des deux mécaniciens. Si lui aussi voulait aller se coucher, il posait alors des scellés sur la porte du garage où était entreposée la voiture.

Tous les matins, Lecot et un commissaire (ces derniers alternaient) se réveillent à trois heures et prennent la route en mangeant un sandwich de bœuf. Tous les jours, ils arrivent à Paris puis à Monte-Carlo à l’heure précise. Lecot était d’une précision incroyable, passant toujours à la même heure au même endroit, et les gens se massaient pour voir passer la Citroën.

Parfois, il amenait des amis ou il transportait des colis à livrer. Durant un an, les commissaires se sont relayés dans le siège du passager aux côtés de Lecot.

La barre des 100 000 km est franchie le 21 octobre. Au volant, Lecot est parfois pris d’une irrésistible envie de dormir. Il fait alors une pause de 15 minutes autorisée, une courte sieste réparatrice allongé sur un coussin sur le bord de la route, puis il repart. Jour après jour, rien ne le décourage : ni la chaleur, le pluie, la neige, le verglas ou le brouillard.

Il ne dort que quatre heures par nuit durant un an. Le 26 juillet 1936 les 400 000 km sont atteint. Lui et sa Citroën ont parcouru l’équivalent de 10 fois le tour du monde, soit la distance de la Terre à la Lune !

C’est à ce moment que l’Europe commence à subir les foudres de l’Allemagne. Avec le début de la Deuxième Guerre mondiale, François Lecot doit vendre son hôtel. N’ayant eu aucune reconnaissance pour son exploit, il est ruiné. Il connait la misère avant de s’éteindre dans une maison de retraite d’Albigny en 1959.