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20 janvier: Le professeur Sid Watkins, le médecin de la F1, prend sa retraite en 2005

20 janvier: Le professeur Sid Watkins, le médecin de la F1, prend sa retraite en 2005

Mardi 20 janvier 2026 par René Fagnan
Crédit photo: Wikimedia Commons/Ben Sutherland

Crédit photo: Wikimedia Commons/Ben Sutherland

Il aura fallu de nombreux décès et plusieurs accidents effroyables pour que la Formule 1 se décide enfin à implanter un dispositif d’intervention médicale moderne et efficace sur les circuits à travers le monde.

Dans l’Europe d’après-guerre, l'idée de mourir au combat représentait une fin parfaitement naturelle, surtout en sport automobile avec des voitures fragiles et des circuits offrant peu ou presque pas de protection.

Louis Stanley de BRM a implanté le Grand Prix Medical Unit au milieu des années ’60, mais c’était nettement insuffisant. Puis, Jackie Stewart, déjà auréolé de deux titres de Champion du monde, a tiré la sonnette d’alarme face à autant de tragédies dans lesquelles de ses amis proches perdaient la vie.

La gravité des accidents a stupéfait le monde entier fin juillet 1973 quand des millions de téléspectateurs ont assisté en direct à l’horrible accident fatal de Roger Williamson au Grand Prix des Pays-Bas. Bernie Ecclestone, propriétaire de l’écurie Brabham, qui venait de perdre son ami pilote Jochen Rindt en 1970 et maintenant à la tête de la F1CA (l’association des constructeurs de F1), décide d’intervenir.

Il offre à un neurochirurgien de renom, le docteur Sid Watkins, le mandat de l’accompagner sur les Grands Prix de F1 dans le but d’instaurer un dispositif d’intervention médicale.

Watkins est né à Liverpool en 1928. Vite intéressé par la mécanique puisque son père était garagiste, il effectue ses études en médecine, accomplit son service militaire puis est diplômé en neurochirurgie au Radcliffe Infirmary d’Oxford.

Il passe ensuite huit années dans le nord-est des États-Unis où il travaille sporadiquement comme médecin lors de courses automobiles tenues à Watkins Glen. Il rencontre le médecin canadien Hugh Scully lors du Grand Prix du Canada de 1974 à Mosport Park. Watkins découvre alors l’efficacité de l’équipe d'intervention médicale implantée par Scully.

Une demande de Bernie Ecclestone

Le chirurgien retourne au Royaume-Uni en 1970 et dirige le département de neurochirurgie de l’hôpital de Londres quand il reçoit Ecclestone dans son bureau pour une visite médicale. Après une discussion, ce dernier propose à Watkins de suivre la F1 pour une montant de 35 000$ américains par année tout en conservant son poste à l’hôpital de Londres.

Watkins assiste à son premier Grand Prix à titre de délégué médical en Suède. Il constate qu’il n’y a pas de centre médical, pas assez de médecins, pas assez d’ambulances, pas suffisamment d’équipement spécialisé. Bref, tout est à faire. Quand Ronnie Peterson du Team Lotus est victime d’un énorme accident au départ du Grand Prix d’Italie, un cordon de policier empêche même Watkins d’intervenir.

Après la course, Watkins exige qu'Ecclestone fournisse un équipement de sécurité plus performant, la présence d’un anesthésiste, d’une voiture médicale et d’un hélicoptère. Puis, il exige de prendre place à bord d’une voiture qui suivrait les bolides de F1 durant le premier tour de la course afin d'apporter une aide immédiate en cas d'incident.

Lentement mais sûrement, les circuits acceptent, pas toujours avec joie, de faire construire des centres de traumatologie et de les équiper de matériel de haute performance. Au cours de sa carrière, Watkins est intervenu auprès de centaines de pilotes tels que Gilles Villeneuve à Zolder, Ricardo Paletti à Montréal et Didier Pironi à Hockenheim en 1982, Nelson Piquet à Imola et Nigel Mansell au Japon en 1987, Martin Donnelly à Jerez en 1990, Mika Häkkinen à Adélaïde en 1995 sans oublier évidemment Rubens Barrichello, Roland Ratzenberger et Ayrton Senna à Imola en 1994 pour ne nommer que ceux-là.

Le 20 janvier 2005, Watkins annonce qu'il quitte ses différentes fonctions médicales au sein de la FIA. Grand amateur de cigares et de bons vins, Watkins a pu profiter de moments tranquilles jusqu’à son décès survenu le 12 septembre 2012 à la suite d’une crise cardiaque.

Celui qu’on surnommait amicalement le “Prof” a non seulement sauvé un grand nombre de pilotes, mais a aussi poussé la FIA à rendre les voitures et les circuits plus sécuritaires, que ce soit en F1 ou dans les autres catégories. Il a aussi fait changer les mentalités. « Quand Sid est arrivé dans ce sport, la vie ne valait pas grand-chose », a déjà déclaré Damon Hill à BBC Sport. « Les pilotes étaient considérés comme des casse-cous et des playboys. En réalité, les accidents mortels faisaient partie du prix à payer pour s'amuser ».