Le Grand Prix de Monaco de 1984 a vu plusieurs pilotes, parfois des recrues sans grande expérience, se mettre en vedette dans des conditions climatiques effroyables.
La course monégasque est la sixième manche du championnat de 1984. Le début de saison a été outrageusement dominé par Niki Lauda et Alain Prost à bord de leurs redoutables McLaren à moteur V6 TAG Porsche turbo. En cinq courses, l’Autrichien en a gagné deux et le Français deux aussi, ne laissant que des miettes aux autres.
Si Prost récolte la pole position à Monaco, on note toutefois quelques surprises sur la grille de départ. Nigel Mansell a placé sa Lotus 95T-Renault en deuxième position, Andrea de Cesaris a qualifié sa Ligier JS23-Renault en septième place tandis que Manfred Winkelhock a étonné avec le 12e rang à bord de sa modeste ATS D7-BMW.
Alain Prost obtient la victoire après avoir parcouru 32 tours d’apocalypse sur une piste hyper glissante et sans visibilité, mais plusieurs autres concurrents se sont mis en évidence.
Ayrton Senna, Toleman TG184-Hart turbo
Le Brésilien, une recrue en F1 un an après avoir été sacré champion de F3 britannique, est aux commandes d’une Toleman grassouillette propulsée par un moteur quatre cylindres Hart turbo. Pas de quoi faire peur à Prost. Senna démarre en 13e place et complète le tour d’ouverture en neuvième position, bien aidé par la performance de ses pneus Michelin sous la pluie. Il double ensuite Winkelhock puis Keke Rosberg qui en a plein les bras dans sa brutale Williams FW09-Honda turbo. Au 11e tour, Senna commet une erreur de pilotage. Sa Toleman frappe durement le vibreur à la chicane, ce qui endommage sa suspension avant droite. Il double ensuite René Arnoux (Ligier) puis Lauda pour occuper la deuxième place. Ayrton n’est pas serein, car ses freins sont inconstants, son moteur chauffe un peu et la suspension pliée altère sa tenue de route. Les drapeaux rouge et à damier sont présentés par Jacky Ickx et la course est non seulement interrompue, mais terminée, car les conditions sont devenues trop dangereuses. Senna devrait être aux anges, mais il est persuadé d'avoir été floué, étant convaincu qu’il allait doubler Prost quelques tours plus tard.
Stefan Bellof Tyrrell 012-Ford
Comme Senna, l’Allemand Stefan Bellof effectuait ses débuts en F1 en cette saison de 1984. Mais si Senna bénéficie d’un moteur turbo, Bellof doit se contenter d’un bon vieux V8 Ford Cosworth DFV qui produit au moins 100 chevaux de moins que le Hart turbo. De plus, il pilote pour l’écurie Tyrrell qui n’a aucun commanditaire majeur. Bellof s’est qualifié en 20e et dernière place, à 3”4 de la pole position. La pluie va toutefois tout changer. Bellof est très à l’aise dans ces conditions précaires. Pour preuve, il remonte de 10 places durant le premier tour de la course ! Lui aussi double Winkelhock et Rosberg pour occuper la quatrième place au 21e tour. Il signe des temps de 1’55” et même 1’54” alors que Senna roule en 1’55”/1’56” et Prost se “traîne” en 1’56/1’59”. Si la course est stoppée au 32e tour, le classement est établi au tour précédent comme le prescrit le règlement. Bellof est donc classé troisième à 21”1 de Prost. Bellof et l’écurie Tyrrell seront cependant exclus du championnat en fin de saison, et cette belle troisième place de Bellof disparaîtra des livres officiels.
Andrea de Cesaris Ligier JS23-Renault turbo
Ce cher Andrea, cet Italien qui a détruit un nombre incalculable de McLaren à ses débuts en 1981, a été recruté par Guy Ligier en 1984 après avoir passé deux saisons chez Alfa Romeo. De Cesaris, incroyablement nerveux et bourré de tics, est totalement imprévisible. Il peut disputer des courses impeccables comme sortir de piste à la vitesse de l’éclair. À Monaco, il prend le départ en septième position ; un exploit. Lui qui croyait posséder une chance d’obtenir un bon résultat sous la pluie a vite déchanté. Au premier virage, celui de Sainte-Dévote, un accrochage entre les deux Renault bloque la piste. Tous les concurrents freinent fort pour éviter les deux obstacles, mais François Hesnault, ironiquement le coéquipier de Cesaris, rate son freinage et tamponne l’arrière de la Ligier de l’Italien. La suspension est pliée et Andrea dégrafe son harnais et retourne penaud au garage Ligier.
Piercarlo Ghinzani Osella FA1F-Alfa Romeo turbo
Ghinzani a presque 30 ans quand il commence sa carrière en F1 en 1981 avec la microscopique écurie d’Enzo Osella. Il dispute sa deuxième saison en F1 en 1984 et est aux commandes d’une Osella FA1F à moteur V8 turbo Alfa Romeo ; l’une des pires voitures du plateau. La monoplace est lourde et pataude, et son moteur est anémique et terriblement fragile. L’Osella n’est clairement pas à l’aise sur un circuit urbain si sinueux. Piercarlo réussi l’exploit de se qualifier alors de sept de ses camarades n’y parviennent pas. Il prend le départ en 19e position et figure en neuvième position dès le neuvième tour. Enzo Osella joint se mains et prie pour que son pilote marque au moins un point au championnat. Au 24e tour, Ghinzani roule en septième position ! Il termine la course écourtée en septième place juste derrière la Ferrari 126 C4 de Michele Alboreto.
Manfred Winkelhock ATS D7-BMW turbo
Cet Allemand pilote un peu comme Keke Rosberg : le pied droit enfoncé sur l’accélérateur en toutes circonstances. D’un courage inégalé, il est adroit et habile sous la pluie. Il réussi néanmoins une prouesse sur le sec en qualifiant sa ATS à moteur BMW turbo en 12e position, devant des collègues comme Senna, Riccardo Patrese (Alfa Romeo) et Jacques Laffite (Williams). Manfred complète le premier tour en septième place et tombe d’un rang quand Senna le double. Il regagne la septième position deux tours plus tard, mais commet un erreur en se faisant piéger par le manque d’adhérence. Il effectue un tête-à-queue au 22e tour et il ne parvient pas à faire redémarrer son moteur BMW. C’est l’abandon pour lui, et elle survient quelques tours après que Mansell, qui menait pourtant la course, ait effectué une pirouette similaire le forçant à l’abandon.
3 juin: Senna, Bellof et les autres héros du Grand Prix de Monaco de 1984 disputé sous le déluge
Mercredi 3 juin 2026 par René FagnanCrédit photo: Galeron







