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Retour sur l’histoire du Rallye Dakar, une des plus grandes aventures humaines sur Terre

Retour sur l’histoire du Rallye Dakar, une des plus grandes aventures humaines sur Terre

Samedi 3 janvier 2026 par Tom Labrecque
Crédit photo: Peugeot Sport

Crédit photo: Peugeot Sport

Alors que les concurrents s’élancent aujourd’hui de Yanbu en Arabie Saoudite pour le prologue de la 48ᵉ édition du Rallye Dakar, le moment est jugé opportun pour retracer l’historique de l’événement légendaire qui sait repousser années après années les limites de la mécanique, mais aussi et surtout du physique et du mental de ses concurrents.

Le Rallye Dakar est né dans l’esprit de son fondateur Thierry Sabine, pilote de moto qui tomba en amour avec le désert en 1977 lorsqu’il se perdit pendant 3 jours dans le désert de Lybie lors d’un rallye-raid. Sauvé in-extremis, sa soif de l’aventure est alors exacerbée et le pousse à créer un événement hors du commun et c’est donc en décembre 1978 que s’élancent en toute naïveté du Trocadéro au pied de la Tour Eiffel les participants de la toute première édition du rallye vers Dakar, capitale du Sénégal en Afrique. Mais le passage du désert se révèlera être tout sauf une formalité, même pour Sabine lui-même, l’organisateur trouvant la mort dans un accident d’hélicoptère lors de l’édition 1986 du Rallye-Raid, au Mali.

Regroupés dans différentes classes de motos, autos, camions et SSV (véhicules côte à côte), les centaines de concurrents s’élancent traditionnellement au tournant de l’année pour une expédition de 2 semaines avec en moyenne 8000 kilomètres à faire dont plus du deux tiers en mode course. Alors qu’au début les aventuriers se présentaient avec des moyens limités, rapidement le rayonnement de l’épreuve attira l’attention des manufacturiers. Pionniers en la matière, les frères Mareau (Claude pilote et Bernard copilote) gagnèrent l’édition 1982 du Dakar à bord d’une Renault 20 préparée dans le garage familial et avec les moyens du bord. Par contre, dès 1984 la caravane des inscrits voit rapidement une escalade démesurée des moyens mis en place lors de l’arrivée du constructeur Porsche qui s’adjuge la victoire avec une kyrielle de moyens techniques : assistance rapide au sol et flotte d’hélicoptère pour suivre les équipages. La Porsche 959 Groupe B échoua (problèmes techniques) en 1985 mais remporta l'épreuve en 1986.

La maturité de l’événement fut atteinte un an plus tard. Alors que sur les routes du Championnat du monde des rallyes (WRC), les voitures monstres du Groupe B furent bannis suite à une série d’accidents mortels. Avec la Peugeot 205 Turbo 16, le département sportif du manufacturier français dirigé par Jean Todt, disposait d’une redoutable arme qui n’avait plus aucun terrain de jeu où s’exprimer. Les voitures du Groupe B prirent en partie le chemin des pistes de rallycross, mais pour la marque au lion, l’appel du désert se fit entendre et Peugeot aligna ses 205T16 puis 405T16 (photo ci-dessus) sur l’épreuve africaine. L’attention médiatique était alors à son comble avec une couverture quotidienne quasi en direct dans des millions de foyers, principalement européens, mais aussi ailleurs dans le monde.

En plus d’être un défi mécanique, l’événement se veut aussi au challenge humain au niveau de la navigation, de l’orientation et de l’endurance. Les dangers sont présents à tous moments. Alors que d’autres événements mythiques du sport automobile tels les 500 milles d’Indianapolis et les 24 Heures du Mans ont eu leur lot de mortalité au fil dans ans, le Rallye Dakar n’est pas en reste : 33 concurrents, surtout en moto, ne sont jamais rentrés à la maison. En revanche, alors que les accidents mortels sont de plus en plus rares dans les sports motorisés modernes, le défi humain hors de l’ordinaire que représente le Dakar est loin d’être aseptisé et on déplore le décès de 5 concurrents depuis 2020, contribuant à nourrir la légende et le challenge de l’événement dont la réussite continue d’être, même aujourd’hui, un exploit.

Disputé à l’origine principalement dans le désert du Sahara depuis la première édition, l’organisation, toujours française depuis les débuts, dû faire preuve de beaucoup de créativité lorsque l’édition 2008 fut annulée à la dernière seconde suite à des menaces terroristes en Mauritanie. Les centaines d’équipages durent rester à quai en Europe et rebrousser chemin. La survie de l’événement était en jeu. C’est à ce moment que les organisateurs prirent en 2009 la direction de l’Amérique du Sud et du désert d’Atacama, pour un peu plus d’une décennie. Finalement, comme plusieurs événements sportifs, le Rallye Dakar a fait son nid au Moyen-Orient, en Arabie saoudite plus précisément, et ses magnifiques déserts Rub al-Khali et Quart-Vide depuis 2020, dans une manœuvre qualifiée par certains de sportwashing (blanchiment par le sport).

Parmi les pilotes légendaires du Dakar, impossible de passer sous silence les 14 victoires de Stéphane Peterhansel, surnommé Monsieur Dakar, avec ses 6 gains à moto (Yamaha) et 8 en auto (Mitsubishi, Mini et Peugeot). Dans les années 1980, le Finlandais et vedette du WRC Ari Vatanen fut une des premières vedettes mondiales du Dakar avec ses 4 titres sur Peugeot de 1987 à 1991. Autre superstar du Championnat du monde de rallye, Carlos Sainz, le père du pilote Williams F1, se recycla dans les Raids à la fin de sa carrière en WRC et remporta 4 fois le Dakar, pour autant de constructeurs (Volkswagen, Peugeot, Mini et Audi). Finalement, Nasser Al-Attiyah peut aussi se vanter d'une belle série de succès avec 5 victoires sur Volkswagen, Mini et Toyota. Notons aussi les victoires du pilote de F1 et 6 fois vainqueurs au Mans, le Belge Jacky Ickx en 1983 sur Mercedes et du quadruple champion du monde WRC, le Finlandais Juha Kankkunen en 1988 sur Peugeot.

Alors que le Dakar attire des concurrents des 4 coins du globe et même si les déserts se font plutôt rare au Canada, des concurrents du pays ont tout de même contribué à l’histoire de l’événement. Parmi ceux-ci, le Québécois Patrick Trahan, qui agit à titre d’ouvreur pour l’organisation cette année, a pris part à 3 éditons en moto avec notamment une 55ᵉ position en 2010. Un autre Patrick, Beaulé celui-là, est le seul Canadien à avoir terminé l’épreuve à la fois en moto (62ᵉ sur 196 partants en 2013) après l’avoir complété en auto en 2012 avec son compatriote David Bensadoun. Ce dernier est d’ailleurs toujours actif dans la discipline et fait un retour cette année alors qu'il en sera à sa 5ᵉ participation au légendaire événement, cette fois dans la catégorie Classic sur un Toyota Landcruiser. Le dirigeant du Groupe ALDO, qui a terminé en 32ᵉ position en 2015, envisage de disputer l’édition 2027 du Dakar avec un Chevrolet Blazer 1979 qu’il restaure actuellement pour ajouter une touche nord-américaine à la catégorie. Il a aussi convaincu son frère Douglas de se joindre à l’aventure cette année et les deux Québécois sont au départ ce samedi en Arabie saoudite avec les Toyota numérotées 729 et 730. D’ailleurs, l’édition actuelle du Dakar se veut faste pour les représentants canadiens car une autre équipe du pays est au départ, soit celle des Albertains Nathan Hayashi et Shane Harishine au volant d’une magnifique Frod Bronco. Fait à souligner aussi, les 6 victoires dans la catégorie SSV (Côte à Côte) du Can-Am du manufacturier BRP, ce qui en fait le constructeur le plus titré dans l’histoire de la catégorie. Pour suivre le classement de ce Dakar 2026 qui débute aujourd’hui, cliquez ici.