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Jacques Villeneuve : Les commentaires d’Elkann étaient choquants mais c'est la manière de Ferrari !

Jacques Villeneuve : Les commentaires d’Elkann étaient choquants mais c'est la manière de Ferrari !

Samedi 15 novembre 2025 par Julie Bouchard
Crédit photo: Galeron

Crédit photo: Galeron

À la suite du Grand Prix du Brésil la semaine dernière, qui coïncidait avec les 8 heures de Bahreïn, la finale du Championnat du monde d’Endurance (WEC) où Ferrari a récolté à la fois le titre des pilotes et des constructeurs, le président de Ferrari John Elkann a publié un message provocateur sur les réseaux sociaux, indiquant notamment que « les pilotes de la Scuderia Ferrari doivent moins parler et se concentrer davantage sur leur travail ». Cela contrastait avec ses félicitations envers l’équipe Ferrari AF Corse en WEC, qui a non seulement remporté les deux titres mondiaux cette année mais aussi, pour la 3ᵉ fois de suite, les 24 Heures du Mans en juin dernier avec ses prototypes 499P.

Pour beaucoup, les propos d’Elkann envers Charles Leclerc et, surtout, Lewis Hamilton étaient déplacés. Interrogé par le site britannique BetVictor Casino, Jacques Villeneuve indique : « On ne devrait pas être surpris, souvenez-vous comment ça s’est terminé avec Prost, avec Mansell, avec Alonso, avec Vettel. Cela semble être une tendance chez Ferrari. Ferrari passe en premier. Et Ferrari protégera toujours Ferrari. Mais je n’ai pas vu de commentaires nuisibles à l’équipe venant des pilotes. Donc c’est le président qui a fait ça, mais c’est arrivé juste après les titres en WEC. J’imagine qu’il voulait souligner à quel point l’équipe de WEC avait été incroyable, comparée à celle de F1. Mais c’est un championnat complètement différent ».

Le champion du monde 1997 poursuit : « C’était un peu choquant, mais c'est la manière Ferrari quand on regarde le passé. La plupart des pilotes s’y sont cassé les dents, surtout ceux avec de la personnalité. C’est un environnement étrange. Le Brésil s’est mal passé, non pas par manque de rythme ou parce que les pilotes ont mal fait. Je pense que c’était un peu sorti de nulle part, uniquement lié au message de félicitations pour les titres en WEC ». Jacques souligne encore : « Un pilote n’est pas un employé de l’équipe, c’est un indépendant. Et c’est un être humain, donc vous prenez aussi une personnalité, des pilotes capables de réfléchir, qui peuvent aider à faire avancer l’équipe. Ce ne sont pas de petits robots que vous placez quelque part pour faire exactement ce que vous voulez au moindre geste. C’est la nature du sport. Il y a des émotions, de l’énergie, et ça va dans les deux sens. Et je suis sûr que c’est ce qui s’est passé avec le président aussi. L’émotion de gagner, puis un mauvais week-end au Brésil. Les deux ensemble ont créé une grosse réaction ».

Pour la presse italienne, le fait qu’Hamilton n’arrive pas à s’intégrer au sein de la Scuderia le rend coupable de bien des maux. Le nom d’Oliver Bearman, qui vient d’inscrire 4 fois de suite des points avec sa modeste Haas motorisée par Ferrari, est revenu souvent dans les médias italiens depuis quelques jours, pour remplacer le trop coûteux Hamilton qui gagne l’équivalent de 2,5 millions de $ par Grand Prix.« Nous vivons dans une époque où tout est amplifié, que ce soit sur les réseaux sociaux ou par la suranalyse. Mais je ne vois pas en quoi ces commentaires peuvent être utiles, surtout pour créer un état d’esprit positif, car Leclerc et Hamilton ont toujours semblé assez unis avec leur équipe. Les deux semblaient utiliser leurs réseaux sociaux pour appeler à l’unité » souligne Jacques Villeneuve. « Évidemment, l’énergie chez Ferrari n’est pas bonne, ce qui n’est pas surprenant. Cela fait des années qu’ils ne gagnent plus. Les espoirs étaient grands cette année, donc c’est une grosse déception. Forcément, les émotions montent. Le problème, c’est que quand ça sort dans les médias, ça devient sale et ce n’est jamais bon. Ensuite, ça devient plus gros que ça ne l’est et ça peut devenir incontrôlable, surtout avec les fans et les médias » ajoute-t-il.

« Il faut vraiment faire attention, car c’est un terrain glissant. J’espère que ça s’arrêtera là car on a vu ce qui est arrivé avec Prost, Mansell, presque tous les pilotes avec une forte personnalité qui sont passés par Ferrari. Ce serait dommage que ça recommence » précise encore Villeneuve.

Pour plusieurs en Italie, Ferrari est la maison de Leclerc, mais il doit encore prouver qu’il peut gagner un titre, tandis que Ferrari serait la maison... de retrait d’Hamilton ! « Leclerc est arrivé en F1 avec Sauber et Alfa Romeo, mais c’était en fait déjà Ferrari. Il a été formé par Ferrari. Et il n’y a pas tant de sièges disponibles ailleurs. C’est vrai qu’il doit encore prouver qu’il peut gagner un championnat. Il a prouvé qu’il était rapide. Il doit encore prouver qu’il peut gagner des titres. Peut-être qu’il n’a pas eu l’outil pour cela. Qui sait ? » confie Jacques.

Ferrari et Hamilton doivent-ils encore s’adapter l’un à l’autre ? Au vu des résultats de cette année, le septuple champion échoue à façonner l’équipe à ses méthodes, c’est une évidence. Mais qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? « Je n’ai jamais été dans l’équipe. Je ne sais pas comment ils travaillent. Et c’est facile de juger de l’extérieur quand on ne sait pas ce qui se passe. Lewis Hamilton a été habitué au même environnement pendant si longtemps que sauter dans un environnement opposé est très compliqué. Il doit y avoir des ajustements des deux côtés. L’équipe doit aussi regarder ce qui a été bien fait ailleurs, et inversement. On ne peut pas rester bloqué dans sa manière de travailler si elle n’a pas fait ses preuves » déclare Villeneuve.

Les changements réglementaires 2026 seront un nouveau départ et les deux pilotes pourront alors pousser Ferrari dans la même direction. Pour beaucoup, 2026 est l’ultime chance de succès avec Ferrari pour Leclerc et plus encore Hamilton. « En 2026, tout le monde repartira de zéro. Personne ne sait qui aura la bonne voiture, qui aura le bon moteur. C’est la grande question, car les changements sont énormes. Le moteur et la voiture. Normalement, c’est soit le moteur, soit la voiture. Là, c’est un changement massif. Tout le monde dit que Mercedes sera bon parce que lors du nouveau moteur ils étaient incroyables dans la nouvelle ère. Mais ce n’est pas une nouvelle ère. C’est une évolution, un grand changement. C’est toujours basé sur l’hybride, et tout le monde a compris les hybrides maintenant, donc je ne m’attends pas à un si gros écart sur cet aspect » explique le Québécois.

Il conclut : « Tout ce dont Hamilton a besoin, c’est d’une carotte pour gagner un autre championnat, comme Alonso. Le pilote est toujours là. Et la carotte pour Alonso, c’est quoi ? Adrian Newey ? On dirait bien. De son côté, est-ce qu’Ollie Bearman peut piloter pour Ferrari à l’avenir ? Définitivement, car il a montré de la vitesse. Quand il est monté dans la Ferrari l’an dernier, c’était surprenant. Il a eu un bon résultat, mais il manquait encore quelques dixièmes. Ce n’était pas apparent parce qu’il était dans une bonne voiture, mais pour une première course, c’était très impressionnant, avec un très bon sens de la course et du placement. Et c’est ce qu’on voit de lui cette année aussi, avec la Haas. Ça a bien commencé, puis il y a eu un creux. Mais il y a eu un gros rebond. On ne peut le comparer qu’à sa voiture, et il a surperformé sa voiture et son coéquipier. Bearman a un grand potentiel. Il ne semble pas trop s’inquiéter de la pression. Et il fait partie de la famille Ferrari. Il sait qu’ils ne vont pas continuer cinq ans comme ça, un siège se libérera à un moment donné, que ce soit celui de Leclerc ou celui de Lewis ».