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Ce Grand Prix d’Afrique du Sud qui ne figure pas dans les annales de la F1

Ce Grand Prix d’Afrique du Sud qui ne figure pas dans les annales de la F1

Vendredi 25 juin 2021 par René Fagnan
Crédit photo: WRI2

Crédit photo: WRI2

Il existe un autre Grand Prix n’a jamais compté au Championnat du monde de Formule 1 : celui d’Afrique du Sud 1981, remporté par Carlos Reutemann aux commandes d’une Williams FW07C-Ford.

Nous avons récemment relaté l’histoire du Grand Prix d’Espagne 1980 qui avait été organisé sous une sanction locale, celle de l’organisme RACE et non pas la FIA ou la FISA, ce qui avait mené à son exclusion des livres d’Histoire de la F1.

Quelques mois après la course espagnole, l’avenir politico-commercial de la F1 était encore soumis à des graves tensions mettant aux prises l’impitoyable Bernie Ecclestone, patron de la FOCA (l’association des constructeurs) et le colérique Jean-Marie Balestre, président de la FIA et la FISA.

Le nœud du problème concernait toujours cet affrontement entre les écuries britanniques et les équipes des grands constructeurs automobiles. Les écuries privées anglaises tenaient à ce que la F1 demeure accessible à tous. C’est pour cette raison qu’elles s’opposaient à l’arrivée des nouveaux et très coûteux moteurs turbo. Pour demeurer compétitives, elles tenaient à faire rouler leurs monoplaces à moteurs Ford Cosworth DFV avec des jupes coulissantes augmentant l’effet de sol.

L’autre clan, celui des écuries "légalistes" qui soutenaient la FIA, n’avait aucun problème à engloutir des sommes d’argent faramineuses en F1 tout en imposant le surpuissant moteur turbo.

Avant le début de la saison 1981, la question se pose : faut-il autoriser ou interdire les jupes coulissantes ? Les discussions s’éternisent et certaines épreuves sont menacées. La FIA annonce d’abord l’annulation du Grand Prix d’Argentine, puis elle repousse la date du Grand Prix d’Afrique du Sud. Les organisateurs ayant déjà réservé la date, fait des investissements et vendu les billets s’opposent farouchement à ce changement de date. Ecclestone joue un coup de poker en affirmant alors que la F1 n’a pas besoin des écuries “légalistes” pour offrir un bon spectacle.

Ainsi, les équipes Ferrari, Alfa Romeo, Renault, Ligier et Osella décident de ne pas se rendre en Afrique du Sud. Le statut de la course est changé et est réservé à des monoplaces de “Formule Libre” qui, comme par hasard, possèdent des moteurs Cosworth et des jupes coulissantes...

Une autre course réservée aux “Formules Ford”

Les écuries FOCA - Brabham, Williams, Fittipaldi, McLaren, Lotus, Arrows, ATS, Tyrrell, Ensign, March et Theodore - effectuent le déplacement au circuit de Kyalami pour y disputer cette course très spéciale le 7 février.

Goodyear ne voulant pas être impliqué dans cette épreuve en fournissant des pneus, c’est une compagnie privée d’Ecclestone qui prend le relais et transporte des Goodyear G50 de “production” à gomme dure jusqu’au circuit sud-africain.

Nelson Piquet, aux commandes de sa Brabham BT49C, réalise le meilleur chrono des qualifications, battant Carlos Reutemann et Alan Jones (Williams FW07C), Keke Rosberg (Fittipaldi F8C), Elio de Angelis (Lotus 81B) et Riccardo Patrese (Arrows A3).

Le départ est donné sous une pluie fine qui cesse rapidement. Le tarmac sèche, forçant les pilotes à s’arrêter pour faire monter des pneus lisses. Après 77 tours, Reutemann croise l’arrivée bon premier devant Piquet et de Angelis.

Quelques semaines plus tard, après plusieurs réunions, la raison l'emporte finalement. Ecclestone se rend compte que le nom Ferrari est magique et que la F1 a besoin de la fameuse Scuderia. Les deux clans lâchent du lest et les écuries britanniques de la FOCA réalisent qu’elles peuvent survivre avec un accord négocié pour protéger leurs intérêts commerciaux, même si cela signifie l’interdiction des fameuses jupes coulissantes.

Cet accord, négocié et accepté par toutes les écuries, est signé dans les bureaux de la FIA situés Place de la Concorde à Paris. Le document final prend donc le nom des Accords Concorde ; ce document confidentiel qui lie encore toutes les écuries de F1.