Gagner une course avec deux dixièmes de seconde d’avance, c’est très bien. Triompher avec deux secondes de priorité, c’est aussi très bien. S'imposer avec deux minutes d’avance, c’est exceptionnel. Alors imaginez gagner avec… deux tours d’avance !
C’est l’exploit qu’à réussi l’Écossais Jackie Stewart à l’occasion du Grand Prix d’Espagne tenu en 1969. À cette occasion, Stewart est aux commandes d’une superbe Matra MS80 à moteur V8 Ford Cosworth DFV engagée par l’équipe de Ken Tyrrell.
Lors de la première manche de la saison, présentée en Afrique du Sud, Stewart, au volant d’une Matra MS10, avait démarré de la quatrième place sur la grille pour s’imposer au terme des 80 tours du circuit de Kyalami.
La deuxième étape est organisée sur le circuit urbain 3,79 kilomètres tracé dans le parc de Montjuïc en banlieue de Barcelone. Ce circuit est divisé en deux sections, l’une lente et sinueuse et l’autre rapide avec des montées, des descentes et des bosses qui font faire des sauts aux monoplaces de Formule 1. Inutile de préciser que les freins, les boîtes de vitesses et les suspensions sont mis à rude épreuve.
Cette fois, Stewart et son coéquipier, le Français Jean-Pierre Beltoise, sont aux commandes de la nouvelle MS80 dessinée par Gérard Ducarouge et Bernard Boyer, deux transfuges du département d’aéronautique de Matra.
Les voitures de plusieurs écuries arborent les fameux ailerons arrière très hauts perchés et destinés à accroître la force verticale appliquée sur les gros pneus arrière afin de gagner en motricité. Cependant, ces ailerons sont souvent fixés en place par des tubes de petite dimension qui semblent être assez fragiles.
Stewart se qualifie en quatrième place, peu satisfait de la tenue de route de sa nouvelle monture. C’est Jochen Rindt qui signe la pole position à bord de sa Lotus 49B-Ford devant Chris Amon sur une Ferrari 312/69, Graham Hill sur l’autre Lotus et Stewart. À noter que seulement 15 pilotes sont inscrits à cette course.
Au baisser du drapeau, Rindt s’élance en tête et mène le premier tour devant Amon, l’éternel malchanceux. Après huit tours, Rindt possède déjà quatre secondes d’avance sur Amon.
Grosse frayeur pour Rindt
Un premier drame survient un tour plus tard. L’aileron arrière de la Lotus de Hill s’affaisse soudainement, ce qui déstabilise le bolide qui se fracasse contre les rails de sécurité. Hill n’est pas blessé, mais il inspecte son épave pour vérifier ce qui a cassé. Il court alors vers les puits pour avertir son patron, Colin Chapman, que le même problème structurel peut se produire sur la Lotus de Rindt.
Et c’est justement ce qui survient au 20e passage. L’aileron arrière de la voiture de Rindt s’effondre. La Lotus devient un obus incontrôlable qui percute les rails avec violence et glisse sur près de 80 mètres avant de frapper la Lotus abandonnée de Hill.
Rindt, qui porte un casque couvert, saigne abondamment. Il a été coupé au visage et il souffre d’une fracture du nez et d’une fracture du crâne. L’Autrichien est conscient et est évacué sur une civière. Amon est propulsé au premier rang, 24 secondes devant Jo Siffert et Stewart. Par contre, le moteur V12 à plat de la Ferrari d’Amon bafouille. Au 31e tour, la pompe à huile du moteur Cosworth de la Lotus privée de Siffert rend l’âme, ce qui fait remonter Stewart au deuxième rang à 47 secondes d’Amon.
Amon est encore une fois malchanceux. Au 56e tour, le moteur Ferrari sonne faux et explose. Voilà donc Stewart en tête de la course, 36 secondes devant la Brabham de Jacky Ickx. L’aileron arrière de la voiture de ce dernier montre d’évidents signes de faiblesse, ce qui rend son pilotage difficile et imprévisible. Le Belge décide de s’arrêter. Les mécaniciens découvrent rapidement qu’une rotule de suspension a lâché.
Jackie Stewart n’est plus inquiété. Il baisse le rythme et termine le 90e et dernier tour en tête, récoltant ainsi sa deuxième victoire de la saison et sa septième en carrière. Son avance sur ses rivaux est tout simplement stupéfiante.
Bruce McLaren, sur une McLaren M7C-Ford arrive en deuxième place à deux tours du vainqueur. Beltoise se classe en troisième place à trois tours de son coéquipier de Stewart. John Surtees, sur une BRM, est sixième, mais à six tours du gagnant !
Rindt passe quelques jours à l’hôpital pour soigner ses blessures. Il commence à douter des Lotus que lui confie Chapman. Il se demande pourquoi son patron est si obsédé par le poids plume de ses créations, ce qui compromet leur sécurité. Des tensions naissent entre les deux hommes.
Comble de malheur, Rindt va perdre la vie deux ans plus tard quand sa Lotus 72 sera détruite dans un accident à Monza en Italie à la suite d’un bris mécanique.
4 mai: Jackie Stewart gagne un GP d’Espagne marqué par plusieurs accidents
Lundi 4 mai 2026 par René FagnanCrédit photo: Galeron







