Sur papier, ça devait être une voiture de course quasiment imbattable. Mais en réalité, ce fut une voiture “correcte”, sans plus.
Un ingénieur britannique, Ben Bowlby, qui, comme Adrian Newey, réfléchit aux problèmes de façon vraiment peu orthodoxe a fait ses armes chez le constructeur britannique Lola avant de devenir le directeur technique de l’écurie Chip Ganassi Racing en série IndyCar.
Lorsque la série IndyCar désire adopter une nouvelle monoplace monotype pour la saison 2012, Bowlby entre en action et se demande qu’est-ce qui pénalise le plus une voiture de course ? C’est sa traînée aérodynamique. Il lui faut donc éliminer tout ce qui génère de la traînée et des turbulences, donc les ailerons et les énormes pneus. Bowlby dessine donc une voiture en forme de triangle dépourvue d’ailerons. Un prototype est dévoilé au salon de l’auto de Chicago en 2010. Il ne fait pas sauter de joie les dirigeants de la série IndyCar et le projet tombe à l’eau.
C’est le patron de la série ALMS (American Le Mans Series), Don Panoz, qui contacte Bowlby afin de lui faire modifier son projet afin d’en faire une voiture d’Endurance. Avec son coefficient de traînée de seulement 0,24, ce bolide futuriste devrait être hyper rapide sur la ligne droite des Hunaudières au Mans, se dit-il.
Bowlby se met donc à modifier son dessin afin de respecter la règlementation technique de l’Endurance de l’ACO (Automobile club de l’ouest). L’objectif de Panoz est de créer une voiture révolutionnaire qui participerait aux 24 Heures du Mans en 2012 sous la bannière “Garage 56” réservée aux bolides expérimentaux.
Cette voiture, nommée Deltawing, est conçue pour générer le moins de traînée possible. La monocoque doit être étroite à l’avant et plus large vers l’arrière. Au lieu de faire construire un châssis tout neuf, Bowlby en récupère un de la défunte LMP1 Aston Martin AMR-ONE qui traîne chez Prodrive. Sa forme est parfaite.
Bowlby crée une voiture très étroite à l’avant - 76 centimètres - dotée de deux petites roues rapprochées et cachées sous la carrosserie. Le train arrière est large pour y loger le moteur et la transmission, mais aussi pour y greffer un plancher qui devrait générer 76% de l’appui aérodynamique. Cette partie de la voiture représente 72,5% du poids total du bolide. Avec un poids de seulement 475 kilos et un coefficient de traînée de 0,35, Bowlby estime qu’un moteur de 300 chevaux sera capable de propulser le bolide à plus de 300 km/h.
Des pneus bons pour une moto à l’avant
Le moteur est un quatre cylindres turbo de 1,6 litre à injection directe conçu et assemblé par Ray Mallock Engineering. Bowlby a calculé qu’une voiture aussi légère consommera beaucoup moins d’essence que les bolides de classe LMP1 et pourra disposer d’un réservoir de petite contenance.
Michelin produit des pneus spéciaux pour la Deltawing. Ce sont des petits 10/58-15 à l’avant (large de 10 centimètres !) et des 31/62-15 à l’arrière, soit à peu près la taille des pneus de machines LMP2. Pour éliminer le sous-virage caractéristique d’un train avant aussi étroit, l’ingénieur conçoit une suspension et des réglages inédits qui répartissent les forces de façon égale sur les deux petites roues. Après sept mois de gestation, les essais sont effectués en piste à Buttonwillow et à Sebring. Nissan s’implique dans le projet et promet de fournir un nouveau moteur turbo d’un poids de seulement 70 kilos.
La voiture est expédiée au Mans où les officiels exigent que la Deltawing dispose de rétroviseurs et non pas juste d’une caméra arrière, ce qui ajoute soudainement 8% de traînée… Sur la piste, elle atteint une vitesse maximale de 306,9 km/h. En course un pilote Toyota ne voit pas la Deltawing tout près et l’expédie hors-piste. Plus tard à l’automne et munie d’un moteur Nissan, la Deltawing dispute le Petit Le Mans et termine en cinquième place.
En 2013, la voiture adopte un châssis Élan et un moteur Élan 1,9 litre construit sur la base d’un Mazda MZR et qui développe 345 chevaux pour rouler en classe LMP1 de la série ALMS. La Deltawing abandonne souvent, mais termine deux fois au troisième rang.
La voiture triangulaire va continuer à courir en IMSA SportsCar en 2014, 2015 et 2016, ne récolant qu’une quatrième place au Petit Le Mans en 2014 comme meilleur résultat. Lors des autres épreuves, elle termine généralement entre la sixième et la huitième place.
Le changement de règlementation technique imposé pour la saison 2017 signifie que la Deltawing n’est plus éligible pour courir et doit être mise à la retraite.
Insolite: La fameuse Deltawing aux formes bizarres et qui n’a jamais donné les résultats espérés
Lundi 22 juin 2026 par René FagnanCrédit photo: René Fagnan







