Pour plusieurs, Cuba représente les “tout inclus”, les plages de sable blanc fin, la mer turquoise, les vieilles voitures américaines et les révolutionnaires Fidel Castro et Ernesto Che Guevara. Depuis un peu plus d'un mois toutefois, les choses ont dramatiquement changées à cause du blocus pétrolier imposé par les États-Unis.
Autrefois, cette île des Caraïbes a présenté quelques éditions d’une course automobile pompeusement qualifiée de Grand Prix. La première a eu lieu en 1905 à La Havane et a été remportée par Ernesto Carricaburu au volant d’une Mercedes 90HP. Une deuxième course s’est déroulée un an plus tard et vit la victoire de Victor Demogeot aux commandes d’une Darracq 80HP.
Cette course n’a plus été disputé par la suite jusqu’à son retour en 1957. Cette nouvelle épreuve, présentée sur un circuit urbain de 5,591 km tracé sur le front de mer de Malecón à La Havane, fut remportée par Juan Manuel Fangio dans une Maserati 300S devant Carroll Shelby sur une Ferrari 410 et Alfonso de Portago sur une Ferrari 860.
Fangio était extrêmement connu et populaire à Cuba et c’est ce qui nous amène à la course de 1958. Une guérilla, dirigée par Castro, tente alors de prendre le pouvoir. Afin d’attirer tous les projecteurs de la planète sur le sort de Cuba, la guérilla, nommée “Mouvement du 26 juillet”, enlève Fangio qui vient d'inscrire la pole position. L'enlèvement a eu lieu au palace Hotel Lincoln le dimanche 23 février. Les kidnappeurs ne font aucun mal à Fangio. Au contraire, ils le traitent très bien traité et avec respect.
Le président de Cuba, Fulgencio Batista, refuse de céder aux exigences de Castro et ordonne que le Grand Prix ait lieu comme prévu le lendemain, le 24.
De grands noms y prennent part, incluant Maurice Trintignant et Carroll Shelby (Maserati 450S), Phil Hill (Ferrari 355 Sport), Wolfgang von Trips (Ferrari 315 Sport), Jo Bonnier (Maserati 200S), Jean Behra (Maserati 300S), Stirling Moss (Ferrari 335 S) et Masten Gregory (Ferrari 410 Sport).
Le départ est donné devant une foule impressionnante estimée à plus de 100 000 spectateurs, mais il est évident que le dispositif de sécurité est déficient. Des amateurs se tiennent beaucoup trop près de la piste et certains n’hésitent pas à tenter de toucher les bolides en action ! Stirling Moss et Masten Gregory mènent la course et creusent rapidement un écart avec le reste du peloton.
Une catastrophe presque prévisible
L’épreuve est vieille de 13 minutes quand un drame survient durant le sixième tour. La Porsche 1.6 de Roberto Mières est victime de la rupture d’une conduite d’huile et déverse son liquide visqueux sur la piste surchauffée.
Plusieurs pilotes se font surprendre par la présence d’huile, mais parviennent tant bien que mal à conserver un certain contrôle de leurs bolides. Ce n’est pas le cas d’un pilote cubain, Armando Garcia Cifuentes âgé de 26 ans et qui pilote une Ferrari 500 Testa Rossa de l’écurie Cuba Racing Team.
Dans un virage rendu glissant par la présence d’huile, il perd le contrôle de sa voiture qui roule à près de 160 km/h. La Ferrari danse, dérape et fonce directement dans la foule. Des corps volent dans les airs, percutés par la Ferrari en perdition qui s’immobilise enfin quand elle frappe un véhicule lourd stationné par des employés de construction.
Par manque de communications, la direction de course, basée à l’autre bout du circuit, n’a aucune idée du drame qui vient de se produire. Constatant qu’il manque des voitures, les officiels déploient enfin le drapeau rouge, mais selon les règles du moment, il n’est montré qu’au départ/arrivée et pas tout autour du circuit. Moss, qui ne voit évidemment aucun drapeau rouge, continue sa course et double Gregory pour finalement stopper à la fin du tour.
La sortie de piste de la Ferrari et la chute d'une structure en bois ont fait sept morts et une quarantaine de blessés, dont certains en état grave. Cifuentes est lui aussi blessé et doit être conduit à l’hôpital où il y passera quelques jours.
Une fois les opérations d’évacuation des morts et des blessés terminée, les officiels déclarent que le résultat final de la course sera celui du début du sixième tour. Stirling Moss est donc déclaré vainqueur de la course devant Masten Gregory.
Quelques heures plus tard, Fangio, qui a suivi le déroulement de la course grâce à une radio, est libéré en soirée après avoir passé 26 heures en captivité.
24 février: Une sortie de piste tragique marque le Grand Prix de Cuba en 1958
Mardi 24 février 2026 par René FagnanCrédit photo: Wikimedia Commons/Photographe inconnu







