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31 mai: Un autre grave accident survient en rallye mondial et sonne définitivement le glas des bolides du Groupe B, en 1986

31 mai: Un autre grave accident survient en rallye mondial et sonne définitivement le glas des bolides du Groupe B, en 1986

Dimanche 31 mai 2026 par René Fagnan
Crédit photo: supercarnostalgia/Photographe inconnu

Crédit photo: supercarnostalgia/Photographe inconnu

Les années 1980 ont vu apparaître des bolides monstrueux en Championnat du monde des rallyes ; les voitures terrifiantes du Groupe B dont la réglementation technique était un peu trop débridée. C’est l’époque des spectaculaires Peugeot 205 Turbo 16 E2, Audi Quattro Sport S1, Lancia Delta S4 et Ford RS200. C’étaient des voitures sophistiquées, légères, à rouage intégral, mais surtout surpuissantes et malcommodes à maîtriser. Et que dire que la sécurité des spectateurs sur les spéciales ? Une foule impressionnante se massait sur les routes et ne s’écartait qu’au tout dernier moment pour ne laisser qu’un étroit passage aux voitures. Des gens tapaient même sur le toit des bolides lors de leurs passages.

La saison 1986 fut marquée par plusieurs alertes. Au Rallye du Portugal en mars, Joaquim Santos perd le contrôle de sa Ford RS200 qui, en quittant la route, tue trois spectateurs et en blesse une trentaine.

Au Tour de Corse tenu début mai, Henri Toivonen et Sergio Cresto se tuent quand leur Lancia Delta sort de la route et plonge dans un ravin. Le réservoir d’essence est perforé et la voiture explose. Un autre drame survient quelques semaines plus tard, le 31 mai.

Le pilote suisse Marc Surer, qui court habituellement en Formule 1, a découvert les joies du rallye. Surer n’a pas eu la vie facile en F1. Champion d’Europe de Formule 2 avec le soutien de BMW en 1979, il monte en F1 avec la petite écurie ATS. Il se fracture les deux chevilles lors d’un accident survenu en Afrique du Sud en 1980. Deux ans plus tard, il se détruit les chevilles une autre fois au volant d’une Arrows sur le même circuit.

Se faire plaisir en rallye

Frustré de ne pas conduire pour une écurie de pointe en F1, il court en Endurance et participe à des rallyes. Il commence en rallye au volant d’une Talbot, puis passe à une Renault 5 Turbo en compagnie de son ami et copilote, le Suisse Michel Wyder.

Le duo s’inscrit au Rallye Hessen ADAC organisé en Allemagne à la fin de ce funeste mois de mai 1986. Pour cette manche du championnat d’Europe des rallyes, Surer est aux commandes d’une Ford RS200. Cette voiture du Groupe B a été conçue par Tony Southgate, un ancien ingénieur de F1, et John Wheeler de Ford. Elle est propulsée par un moteur en position centrale d’une cylindrée de 1,8 litre, gavé par un turbo et qui développe la puissance maximale de 450 chevaux à près de 8000 tours/minute pour un poids de 1050 kilos. Si la RS200 est bien équilibrée, elle demeure difficile à maîtriser.

Le Rallye Hessen tourne vite en une lutte mettant aux prises Surer à la grande Dame des rallyes, la Française Michèle Mouton qui pilote une redoutable Peugeot 205 T16.

C’est lors de la 16ᵉ spéciale de la deuxième étape que le drame survient. Cette spéciale, nommée RK Schottenring 1, est présentée sur un ancien petit circuit asphalté qui est parcouru à quatre reprises pour une distance totale de 55,2 kilomètres.

À la sortie d’un virage rapide vers la droite, la Ford de Surer part soudainement en travers, puis file perpendiculairement à la route sans vraiment perdre de vitesse. Elle quitte l’asphalte, glisse sur l’herbe et percute deux arbres avec une grande violence. Sous la force de l’impact, la voiture est brisée en deux et le réservoir d’essence est crevé. En une fraction de seconde, l’épave se transforme en une effroyable boule de feu. « J’ai très chaud et je vois de l’herbe devant moi » raconte Surer dans le podcast "Beyond the grid". « Je détache mes ceintures et tente de me lever, mais je n’y arrive pas, car j’ai trop mal. Je roule vers l’avant et un commissaire arrive sur place et me tire dans un petit ruisseau. Lors du choc, l’essence a arrosé ma combinaison et elle brûlait. Il est ensuite retourné vers l’épave de la voiture et les secours sont enfin arrivés ».

Surer a passé trois semaines dans le coma à l’hôpital, et à son réveil il a demandé des nouvelles de son ami Michel Wyder. L’équipe médicale ne lui a rien dit, et ce n’est que beaucoup plus tard que la nouvelle de sa mort lui fut annoncée. « La voiture a tapé les arbres de mon côté et c’est lui qui n’a pas survécu. C’est dur à accepter, car à titre de pilote, l’accident était de ma faute » ajoute Surer.

Pirelli, le fournisseur de pneus, a confirmé que le pneu arrière gauche de la Ford avait été abîmé juste avant l’accident. Un spectateur avait d’ailleurs écrit à Surer pour lui signifier que sa Ford avait percuté un trottoir trois virages auparavant. Le pneu s’est donc dégonflé et n’a pu encaisser la force latérale induite dans le virage. « Je souffrais de 14 factures au bassin et aux jambes » ajoute Surer. « J’ai aussi été brûlé au visage, au cou et aux mains. Ma convalescence a duré une année. Je savais que ma carrière était terminée ».

Ce fut aussi la fin pour les monstres du Groupe B en WRC, mais ces voitures ont toutefois continué à être utilisées, avec une puissance moindre, dans d’autres championnats et d’autres catégories, comme le Rallycross.