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Rétro 1991: La modification d’un seul mot qui a sauvé le début de carrière de Michael Schumacher

Rétro 1991: La modification d’un seul mot qui a sauvé le début de carrière de Michael Schumacher

Jeudi 19 février 2026 par René Fagnan
Crédit photo: Wikimedia Commons/Photographe inconnu

Crédit photo: Wikimedia Commons/Photographe inconnu

L’histoire du premier Grand Prix de Formule 1 qu’a disputé Michael Schumacher avec l’écurie Jordan en Belgique en 1991 est très bien documenté. Ce qui est moins connu est l’imbroglio qui a entouré son premier contrat avec Eddie Jordan.

À quelques jours de la tenue du Grand Prix de Belgique à Spa-Francorchamps prévu le 25 août 1991, Bertrand Gachot, pilote de l’écurie Jordan F1, est incarcéré pour avoir vaporisé du poivre de cayenne au visage d’un chauffeur de taxi. Son employeur, Eddie Jordan, doit vite trouver un pilote de remplacement et songe d’abord à Stefan Johansson. À ce moment-là, Michael Schumacher est un pilote officiel Mercedes en Championnat du monde d’Endurance. Son agent est un riche hôtelier allemand, Willi Weber. Ce dernier apprend que Jordan cherche un pilote et il l’appelle pour lui suggérer de prendre Michael.

Jordan accepter de louer le volant de sa monoplace pour cette course en échange de la somme de 300 000$ canadiens. Weber contacte le patron de Schumacher chez Mercedes, Jochen Neerpasch, qui, sans le dire, hésite un peu, car il est déjà en contact très discret avec l’écurie de F1 Benetton. Mercedes accepte tout de même de payer la somme exigée, mais l’entreprise allemande le fera par l’intermédiaire de l’équipe F1 de Peter Sauber.

Mardi 20 août, Schumacher effectue l’essai d’une Jordan 191-Ford à Silverstone. Il impressionne grandement tous les observateurs... Jeudi 22 août dans le paddock du circuit de Spa, Eddie Jordan exige que Michael Schumacher signe un contrat à long terme avec lui. L’Allemand faxe le contrat à Neerpasch qui lui retourne en ayant changé un mot de deux lettres. On peut voir ce contrat ci-dessous... Dimanche 25 août, Schumacher participe à la course, mais abandonne après avoir parcouru 300 mètres, embrayage hors d’usage.

Le petit mot qui change tout

Après la course, Jordan s’envole vers le Japon afin de discuter de la fourniture de moteurs V12 Yamaha gratuits pour la saison 1992, une affaire ficelée par Bernie Ecclestone qui désire aider son ami Eddie. Lors d’un nouvel essai en piste d’une Jordan le jeudi 29 août, Schumacher et Weber entendent parler de l’arrivée chez Jordan de ce lourd moteur Yamaha qu’ils savent anémique et fragile.

Lundi 2 septembre, Neerpasch se présente à l’usine Jordan avec Julian Jakobi de la firme d’affaires légales IMG pour rencontrer Ian Phillips, le directeur commercial de Jordan. Jakobi présente un nouveau contrat contenant des clauses totalement inacceptables pour Phillips qui refuse de signer. D’autant que Jordan exige que Mercedes paie la somme de 3,5$ millions pour que Schumacher pilote une de ses voitures durant la saison… Le soir même, Neerpasch contacte Tom Walkinshaw, patron de l’écurie Benetton, pour lui signifier ne pas être parvenu à une entente avec l’écurie Jordan. Selon Neerpasch, Michael Schumacher est donc libre et disponible.

Mardi 3 septembre à 10 heures, Schumacher envoie un fax d’une ligne à Jordan, disant « Je suis désolé, mais je ne piloterai pas pour vous ». Walkinshaw et Eddie Jordan se rencontrent en après-midi, sans parvenir à un accord. Jordan décide alors de faire valider sa lettre d’intention signée par Schumacher avant Spa par la Haute cour de Londres. Vous savez, cette fameuse lettre où un mot a été changé…

La phrase « I will sign the driver agreement (Je signerai le contrat de pilote) a été remplacée par « I will sign a driver agreement (Je signerai un contrat de pilote). Deux lettres qui changent tout, car écrire "un contrat" fait référence à un nouveau contrat à venir plus tard. Sans le remplacement de "le contrat" par "un contrat", Schumacher aurait été contraint de respecter cette entente avec Jordan. Neerpasch a donc changé le texte afin de ne pas lier contractuellement son pilote à Eddie Jordan, une petite écurie sans grands moyens techniques et financiers à ses débuts.

Dans une interview accordée à Motorsport News en 2005, Weber a confirmé que lui, Neerpasch et Schumacher avaient appris que Jordan aller disposer de moteurs Yamaha pour 1992, « ce n'était pas vraiment ce à quoi nous nous attendions ». Ce tout petit changement a permis à Michael Schumacher d'éviter de se retrouver au volant d’une monoplace à moteur Yamaha médiocre pour sa première saison complète en F1.

Lors du Grand Prix suivant, celui d’Italie à Monza le 8 septembre, Michael Schumacher a qualifié sa nouvelle monture, une Benetton B191-Ford, devant celle de son illustre coéquipier, Nelson Piquet, et a terminé la course en cinquième position, devant Piquet encore une fois ! Sa carrière était lancée.

Crédit photo: Internet/Photographe inconnu