L’année 2025 se termine. Avec elle, un souvenir d’il y a 30 ans : au volant d’une Ferrari arborant le numéro 27, Jean Alesi s'est imposé sur le circuit Gilles-Villeneuve pour une victoire hautement symbolique. Un succès unique dans la carrière d'un pilote pourtant très talentueux, parfois jugé trop agressif par certains, ou simplement trop malchanceux par d'autres.
Jean Alesi fait donc ses débuts dans la catégorie reine dans une saison 1989 déjà en cours. Il prend le volant de la Tyrrell 018 au Grand Prix de France sans expérience en F1. Mais malgré cela, il réussit l’exploit de terminer 4e alors qu’il s'élançait de la 16ᵉ position. En 1990, Jean Alesi poursuit avec Tyrrell, et prouve l’étendue de son talent. Malgré une monoplace bien moins performante, il arrive à se battre contre les meilleures écuries, notamment contre un certain Ayrton Senna au volant de sa McLaren.
Williams ou Ferrari ?
Ses bons résultats ne vont laisser personne indifférent et, pour la saison 1991, Ferrari et Williams souhaitent toutes deux s’octroyer les services du Français. Durant l’hiver 1989 - 1990, Jean Alesi signe un contrat de trois ans avec Williams. Mais ce contrat contient une clause, il doit être annoncé avant le Grand Prix de France. Les délais n’étant pas respectés par Frank Williams, Ferrari se joint alors à la course, et prépare au Français un contrat sur le champ. Jean Alesi retournera voir Frank Williams une dernière fois, le contrat de Ferrari en main, lui affirmant que s'il accepte de faire l’annonce, alors il roulera pour lui. Mais une nouvelle fois, le Britannique refuse, ce qui propulsera Jean Alesi chez Ferrari.
Ce choix était loin d’être une contrainte pour l'Avignonnais, qui comme tout pilote de Formule 1, a déjà rêvé de rouler pour Ferrari. Cependant, le rêve va vite se transformer en cauchemar. Pour sa première saison, la Ferrari n’est ni compétitive ni fiable. Alesi sera contraint à l'abandon huit fois, dont cinq dus à des bris mécaniques. La saison 1992 n’est guère mieux, la Ferrari est mauvaise, et Alesi sera encore victime de nombreuses pannes mécaniques. Il termine alors 7ᵉ du championnat pilote.
Les saisons d’après ne seront toujours pas celles attendues, Ferrari peine à rivaliser avec les écuries de tête que sont Williams et Benetton. Mais en 1994, Jean Todt prend la tête de Ferrari, et l’écurie retrouve rapidement le goût de la victoire grâce à Gerhard Berger. Peu à peu la pression monte, et les interrogations émergent quant à l'avenir de Jean Alesi.
Une victoire pleine de symboles
En ce début de saison 1995, Jean Alesi répond à la pression avec deux podiums en trois courses, preuve d'une Ferrari redevenue compétitive. Pour la sixième manche du championnat du monde, la Formule 1 fait escale à Montréal, sur le célèbre circuit Gilles-Villeneuve.
Lors des séances de qualifications, Ferrari est dans la bataille, Alesi se qualifie à la 5ᵉ place, juste derrière son coéquipier. Michael Schumacher (Benetton) s'élance de la pole position, devant les deux Williams de Damon Hill et David Coulthard.
Alesi prend un départ agressif. Comme à son habitude, il met la pression sur son coéquipier et bénéficie d’une erreur de David Coulthard qui le propulse à la 3ᵉ position. Au 17ᵉ tour, le pilote français plonge à l'intérieur, à l’épingle du casino, et se débarrasse de Hill. Désormais deuxième, Alesi doit refaire son retard sur Schumacher s'il souhaite monter sur la première marche du podium. Mais alors que le jeune prodige allemand domine, il est victime d’un problème électrique dans le 58ᵉ tour. Il doit ainsi céder la tête de la course pour rentrer aux puits. Avec 12 tours restants, Jean Alesi le sait, il n’a pas le droit à l’erreur.
À l'issue du 68ᵉ tour et avec 31" d’avance, le Français s’impose pour la première fois de sa carrière à Montréal, le jour de son anniversaire et dans une Ferrari arborant le prestigieux numéro 27 du regretté Gilles Villeneuve. Le public ne peut rester indifférent à ce clin d'œil chargé de sens, et scande son nom, alors assis sur le capot moteur de Schumacher, après que sa Ferrari soit tombée en panne d’essence dans le tour de décélération.
Cette victoire sera la seule de Jean Alesi en Formule 1 qui, malgré son immense talent, n’aura jamais été épargné par la malchance, ainsi que quelques erreurs coûteuses. Il laissera son siège à Schumacher à l'issue de la saison et rejoindra Benetton. Passé ensuite par Sauber puis Prost GP, l'Avignonnais termine sa carrière chez Jordan.
Revenant sur celle-ci dans les colonnes de la revue française Auto Hebdo, il a affirmé : « Peut-être n'ai-je pas le palmarès que j’aurais pu avoir, mais cette victoire-là en vaut des dizaines. Ma plus grande victoire, ce sont les fans ! »
Il y a 30 ans, Jean Alesi remportait la seule victoire de sa carrière en F1 à Montréal
Mercredi 31 décembre 2025 par Éric Keiniger JrCrédit photo: Galeron







