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12 juin: Ayrton Senna gagne le GP du Canada, de retour au calendrier en 1988

12 juin: Ayrton Senna gagne le GP du Canada, de retour au calendrier en 1988

Vendredi 12 juin 2026 par René Fagnan
Crédit photo: Galeron

Crédit photo: Galeron

L’édition 1988 du Grand Prix du Canada a marqué le retour de la course de Formule 1 canadienne du calendrier de la FIA ainsi que la deuxième victoire de la saison pour le nouveau pilote de l’écurie McLaren, Ayrton Senna.

Le Grand Prix du Canada avait été retiré du calendrier l’année précédente à cause d’un conflit entre les brasseries Labatt et Molson pour la commandite de l’événement. Cependant, Normand Legault, qui a longtemps été le directeur général du Grand Prix, nous a expliqué l’an dernier que c’est plutôt Bernie Ecclestone qui a joué le trouble-fête. « Labatt détenait encore les droits du Grand Prix, mais ce contrat allait bientôt se terminer. Bernie [Ecclestone] a alors signé un contrat avec Jack Long [qui était alors le promoteur du GP], et la FIA a accordé un contrat à Long et Molson » explique-t-il.

« Pierre Desjardins [de Labatt] était un homme de principes et a refusé de céder les droits que détenait Labatt grâce à son entente avec la FCSA [Fédération canadienne du sport automobile]. Les avocats de Labatt ont démontré que l’entreprise avait négocié en toute bonne foi avec la FCSA qui était alors le représentant de la FIA au pays. Le jugement confirmait donc que le contrat de Labatt était valide et que toute autre entente ne l’était pas » nous a-t-il précisé.

D’importants travaux, d’une valeur de plus de six millions de dollars, sont entrepris afin de modifier le circuit, déplacer la ligne de départ/arrivée et construire un véritable bâtiment permanent afin d’y loger les garages des équipes. La piste est nivelée aux endroits les plus bosselés, mais il reste encore quelques zones délicates à négocier.

Le Britannique Derek Warwick le découvre samedi après-midi quand sa Arrows A10B-Megatron turbo dérape à l’entrée de la chicane sur du sable et de l’herbe répandus par une voiture qui le précédait. L’arrière de la monoplace percute le muret en béton à 180 km/h. Le souffle coupé et souffrant de vives douleurs au bassin, Warwick est pris en charge par les sauveteurs guidés par Nigel Mansell qui s’est arrêté sur place. Derek n’est pas blessé, mais a terriblement mal au bas du dos, ce qui ne l’empêchera pas de disputer la course de 69 tours le lendemain.

La balade des McLaren

Ayrton Senna, qui dispute sa première saison chez McLaren après avoir quitté le Team Lotus, signe la pole position en 1’21”681, sa 21e en carrière (en 68 Grands Prix), devant son coéquipier et frère ennemi, Alain Prost (1’21”863). Derrière les deux McLaren MP4/4-Honda turbo on retrouve les Ferrari F187/88C de Gerhard Berger et Michele Alboreto, la Benetton B188-Ford d’Alessandro Nannini et la Lotus 100T-Honda de Nelson Piquet.

La course, présentée sur le circuit Gilles-Villeneuve, est terriblement dure sur les freins et la consommation de carburant. Les pilotes devront suivre à la lettre les indications de consommation d’essence de leurs ordinateurs qui ne sont pas d’une grande précision.

Senna, pourtant en pole positon, doit démarrer du côté sale de la piste dimanche 12 juin. Prost prend évidemment un meilleur départ et double le Brésilien dès le premier virage. Rapidement, un train de trois voitures s’éloigne des autres. Prost mène devant Senna et Berger.

Les deux McLaren, motorisées par le moteur V6 Honda, puissant et relativement économe en carburant, s’éloignent progressivement de la Ferrari de Berger.

Senna roule dans le sillage de la voiture de Prost, ce qui fait grimper la température d’eau de son moteur. Le Brésilien doit donc tout faire pour doubler son équipier. Cela survient au 19e tour quand Prost est gêné par la présence d’un retardataire et hésite un moment.

Le Brésilien se construit une avance qui oscille entre quatre et cinq secondes sur Prost. La centrale de gestion électronique du moteur turbo de la Ferrari de Berger se dérègle, ce qui cause l’abandon de l’Autrichien.

Senna mène devant Prost, le Belge Thierry Boutsen sur une Benetton et Alboreto. La course de se dernier se termine au 34e passage quand une pierre crève un radiateur de la Ferrari. À la mi-course, Piquet et sa Lotus figurent en quatrième place derrière Boutsen, mais déjà à un tour du meneur !

À 10 tours de l’arrivée, Senna dispose d’une confortable avance de plus de 11 secondes sur Prost. Le Brésilien lève le pied, car il est un peu inquiet de sa consommation d’essence.

La drapeau à damier salue sa victoire. Senna s’arrête immédiatement après, car l’écran de son ordinateur lui indique “0” et craint de tomber en panne d’essence durant son tour d’honneur. Prost termine au deuxième rang, signant un troisième doublé pour McLaren cette saison.

Thierry Boutsen se classe troisième au volant de sa Benetton à moteur V8 atmosphérique Ford Cosworth DFR. Nelson Piquet est quatrième à un tour et termine devant Ivan Capelli sur une March-Judd et le courageux Derek Warwick qui a souffert de martyre tant son dos lui a fait mal durant une heure et quarante minutes.