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Une pilote féminine a-t-elle déjà été championne du monde ? Oui, elle s'appelle Susanna Raganelli !

Une pilote féminine a-t-elle déjà été championne du monde ? Oui, elle s'appelle Susanna Raganelli !

Samedi 26 novembre 2022 par Philippe Brasseur
Crédit photo: Archives Alfa Romeo Media

Crédit photo: Archives Alfa Romeo Media

On entend souvent dire que les femmes n’ont jamais remporté de titre mondial en sport automobile. Mais est-ce une croyance populaire ou la vérité ? Les fans de rallye se rappellent sans doute des exploits de Michèle Mouton, une pilote exceptionnelle qui devint vice-championne du monde des Rallyes au temps des célèbres Audi Quattro, au début des années 1980. Pour le reste, les statistiques s’arrêtent souvent là.

Pourtant, une pilote féminine a un jour été championne du monde en sport automobile. Étrangement, ceux qui cherchent tant à médiatiser les performances des femmes derrière le volant avec la création de séries plus ou moins sérieuses depuis quelques temps, n’ont jamais relevé cet élément. Alors, profitons de la tenue ce week-end du Championnat du monde de karting (au Portugal) pour rendre hommage à… Susanna Raganelli, championne du monde de karting en 1966 !

Née le 21 février 1946 à Rome, Susanna Raganelli a été élevée dans la passion de l’automobile, dans l’immédiate après Seconde Guerre mondiale d’une Italie en plein redressement économique. Son père, Cesare Raganelli, était un important concessionnaire Alfa Romeo et "Suzy" prit très tôt les commandes de toutes sortes d’automobiles avant de découvrir le karting.

À l’époque, le matériel était beaucoup plus rudimentaire qu’aujourd’hui mais différentes catégories internationales existaient déjà. De plus, les instances dirigeantes de la discipline avaient déjà pour habitude de présenter le Championnat du monde sous forme d’un seul événement, un long week-end de compétition où les pilotes doivent se qualifier au-travers différentes courses éliminatoires pour arriver à la grande finale.

Disposant de matériel Tecno (pour les châssis) et Parilla (pour les moteurs), Susanna Raganelli brilla en Italie au début des années 1960. Après avoir été championne d’Italie en 1965 (classe Super 100cc), c’est le 25 septembre 1966 qu’elle allait conquérir le titre mondial, dans la catégorie Formule K classe A 100cc (l’ancêtre de la Formule Super A ou un peu l’équivalent des compétitions de classe Rotax Senior de nos jours).

Le Championnat du monde a lieu cette année-là sur le circuit d’Amager, dans la banlieue sud de Copenhague (Danemark). La piste, qui n’existe plus depuis les années 1980, faisait 655 mètres de long et, pour se hisser en finale, les pilotes devaient disputer trois manches qualificatives. Selon les statistiques de l’époque, il apparaît que Raganelli gagna les trois courses et se retrouva en pole position de la finale, réunissant 18 pilotes.

Elle n’est pourtant pas favorite au départ, les observateurs privilégiant deux jeunes suédois : Ronnie Peterson (futur pilote de Formule 1 avec March, Tyrrell et Lotus, notamment) et Leif Engström. Mais Raganelli sait comment résister à la pression et elle parvient à fermer la porte à Peterson au fil des tours, à tel point que Ronnie, déjà battu 4 mois plus tôt par la pilote italienne dans une épreuve de Championnat d’Europe en Suisse, perd patience et concède une autre position, au profit d’Engström.  

Susanna Raganelli devient ainsi championne du monde, Engström finissant 2ème et Peterson 3ème (photo ci-dessus). Des trois, c’est évidemment Ronnie Peterson qui allait connaître la plus grande carrière en sport automobile, prenant part à 123 Grands Prix de F1 entre 1970 et 1978, récoltant 10 victoires avant de perdre la vie des suites d’une erreur médicale consécutive à un carambolage qui lui avait brisé les deux jambes au départ du GP d’Italie à Monza, en septembre 1978.

Raganelli, qui pour son titre avait reçu en cadeau d’Alfa Romeo une voiture sport - la 33 (photo ci-dessous, avec la pilote assise dans l’auto lors de la cérémonie de remise des clés)-, poursuivit sa carrière en karting pour encore une saison. En 1967, les autorités internationales (la CIK FIA de l’époque) décidèrent que le Championnat du monde serait présenté en plusieurs événements, copiant le principe du circuit routier. Susanna Raganelli remporta la première manche, sur le circuit de Vevey (Suisse), là où elle avait battu une première fois Peterson l’année précédente, mais elle se fractura une clavicule lors d’un Enduro en France peu après et elle ne parvint pas à retrouver son meilleur niveau lors des deux épreuves suivantes, qui complétaient la saison mondiale. Elle arrêta la compétition fin 1967 pour tenter sa chance en circuit routier, dans les séries GT, sans succès.

Elle épousa ensuite Giancarlo Naddeo, un pilote italien de 5 ans son aîné, qui allait réaliser une fort belle et longue carrière dans les séries nationales. Naddeo fut notamment champion d'Italie de Formule 3 (1971) et de la série Peugeot-Talbot (1985), deuxième des 6 Heures de Vallelunga (1991) ou encore troisième du championnat d'Italie de Supertourisme (1989). Il disputa aussi des épreuves du Championnat du monde d’Endurance, sur prototypes Alpine A441 puis Lola T298, et du Championnat d’Europe des Voitures de Tourisme (plusieurs participations aux 24 Heures de Spa sur Alfa Romeo et BMW). Des succès auxquels Susanna Raganelli était directement associée puisqu’elle était aussi la gérante d’affaires de son mari !

Giancarlo Naddeo est décédé le 14 décembre 2021 à Rome, à l’âge de 72 ans. Quant à Susanna Raganelli, elle n’a plus été vue en public depuis plusieurs années mais elle réside toujours à Rome. Elle a présentement 76 ans.

Crédit photo: Archives Alfa Romeo Media