L’avenir du sport automobile passe aussi par les universités. C’est le constat qui a mené l’International Motor Sports Association (IMSA) et les Collegiate Racing Series (CRS) à créer conjointement le National Advisory Board for Motorsports Education (NABME), une initiative destinée à rapprocher la formation universitaire des besoins réels de l’industrie.
L’annonce a été faite le week-end dernier dans le cadre de la présence du championnat IMSA WeatherTech SportsCar au Virginia International Raceway. Sur place, deux voitures Mazda MX-5 engagées dans le programme CRS, représentant Virginia Tech et l’Université du Tennessee, étaient exposées dans le paddock. Elles illustrent parfaitement l’approche privilégiée par les organisateurs : apprendre le sport automobile en le pratiquant.
Le CRS, qui se présente aux États-Unis comme le « championnat national des sports motorisés universitaires », regroupe actuellement plus de 80 collèges et universités américaines. Les étudiants y acquièrent une expérience concrète en participant à la conception, la préparation, l’exploitation et la gestion de programmes de course. Parmi les établissements engagés figurent notamment UCLA, l’Université de Floride, North Carolina State, Purdue, Rutgers, South Carolina et Texas A&M.
Le nouveau NABME doit maintenant aller plus loin en faisant dialoguer directement les universités et les différents secteurs de l’industrie : ingénierie, opérations de course, fabrication, sécurité, marketing et gestion. « Le sport automobile continue d’évoluer à une vitesse incroyable et former la prochaine génération de professionnels est essentiel pour soutenir cette croissance » souligne John Doonan, président de l’IMSA. Selon lui, le programme doit permettre de réduire l’écart entre les connaissances acquises en classe et les exigences du monde professionnel, tout en faisant découvrir aux étudiants la grande diversité des carrières offertes par le sport automobile.
De la salle de classe au paddock
L’initiative ne se limitera toutefois pas à des discussions sur les programmes scolaires. L’IMSA offrira notamment des stages en ingénierie et en marketing de partenariat à des étudiants admissibles, selon ses besoins et ses politiques internes. Les premiers bénéficiaires seront dévoilés lors du bilan annuel de l’IMSA, le 1ᵉʳ octobre prochain.
Pour le CRS, l’objectif est également de créer de véritables passerelles vers l’emploi. « Les étudiants ont besoin d’expérience pratique, de connaissances du milieu professionnel et de contacts dans l’industrie » explique son président Jack Hobbs.
Le NABME travaillera ainsi sur plusieurs fronts : adaptation des programmes universitaires, identification des compétences recherchées par l’industrie, meilleures pratiques en matière d’apprentissage pratique, conseils liés à l’accréditation et développement de parcours menant directement à des emplois dans le sport automobile. Dans une industrie où les décisions doivent souvent être prises en quelques secondes, la formation ne peut se limiter aux connaissances théoriques. Les futurs ingénieurs, mécaniciens, gestionnaires ou spécialistes du marketing doivent comprendre le fonctionnement d’une équipe, les règlements, les impératifs de sécurité et les réalités d’un environnement de compétition.
Et au Canada ?
L’initiative américaine met en lumière un contraste assez frappant avec le Canada. Malgré une industrie du sport automobile tout de même bien implantée, des équipes professionnelles, des championnats nationaux et une longue tradition de pilotes et de techniciens aux qualités reconnues internationalement, il n’existe pas au pays de programme universitaire d’une ampleur comparable permettant aux étudiants de bâtir une expérience aussi directement liée à la compétition automobile.
Quelques établissements canadiens proposent évidemment des formations en ingénierie, en mécanique ou dans des domaines connexes, et des étudiants peuvent participer à des projets de type Formula Student/Formula SAE. Mais l’approche demeure fragmentée et ne bénéficie pas d’un réseau national réunissant universités, séries professionnelles et industrie autour d’un même objectif.
C’est précisément cette lacune que l’expérience américaine pourrait contribuer à mettre en évidence. Avec le NABME, l’IMSA et le CRS veulent que les universités ne forment pas seulement des diplômés possédant de solides connaissances techniques, mais des professionnels déjà familiarisés avec les réalités du sport automobile.
Le comité directeur du NABME réunira les dirigeants de l’IMSA et du CRS, avec des évaluations trimestrielles et une planification annuelle. L’objectif est ambitieux : faire de l’université un véritable point d’entrée vers une carrière dans l’industrie des sports motorisés.
Pour les États-Unis, c’est une façon de préparer dès aujourd’hui la main-d’œuvre qui fera fonctionner le sport automobile de demain. Pour le Canada, c’est aussi une occasion de constater qu’il reste beaucoup de travail à accomplir et qu’il serait peut-être temps que certains décideurs politiques voient ce que le sport automobile peut apporter aux étudiants et à la société plutôt que de le percevoir comme une nuisance.
L’IMSA veut rapprocher les universités et l’industrie du sport automobile
Jeudi 27 août 2026 par Julie BouchardCrédit photo: IMSA






