Même s'il ne fait plus partie du groupe de propriétaires du Canadian Tire Motorsport Park (CTMP), Ron Fellows demeure l'une des figures les plus marquantes du mythique circuit ontarien, encore connu sous le nom de Mosport. Copropriétaire du site de 2011 à 2025, il a notamment contribué à la modernisation des installations et à l'arrivée de Canadian Tire comme commanditaire principal du complexe en 2012.
Présent au Chevrolet Grand Prix, seule manche canadienne du championnat IMSA WeatherTech SportsCar, il y a 8 jours puis à Calabogie le week-end dernier alors qu’il est le spotter (éclaireur) de son fils Sam qui roule en NASCAR Canada, Ron Fellows demeure très présent dans le monde du sport automobile. « J'ai eu énormément de chance de bénéficier d'un contrat avec GM Canada et GM États-Unis depuis maintenant 32 ans, d'abord comme pilote, puis comme ambassadeur lorsque j'ai mis fin à ma carrière à temps plein » rappelle-t-il. Retraité de la compétition depuis 2008 même s’il prend encore le volant d’une voiture de course de temps à autre, il ajoute : « J'étais au CTMP pour célébrer le record du circuit pour une voiture de série que nous avons établi en septembre dernier avec une Corvette ZR1. Chevrolet fait un travail remarquable avec les Corvette Corrals et c'est toujours un plaisir de rencontrer les propriétaires de Corvette ».
Ron Fellows fait partie des pilotes fondateurs de Corvette Racing, créée en 1999. Au cours de sa carrière, il a remporté trois titres consécutifs en catégorie GTS de l'American Le Mans Series (2002 à 2004), quatre victoires de catégorie aux 12 Heures de Sebring, deux aux 24 Heures du Mans ainsi que les 24 Heures de Daytona au classement général en 2001. « Mais les courses GT d’aujourd’hui sont très différentes de celles que j'ai connues » explique-t-il. « De la fin des années 1990 jusqu'aux années 2010, la majorité des constructeurs investissaient en GT plutôt qu'en prototypes, et il s'agissait principalement d'équipes d'usine. Aujourd'hui, les constructeurs produisent surtout des voitures destinées à leurs équipes clientes » précise-t-il.
Malgré cette évolution, il estime que la discipline se porte mieux que jamais : « Les championnats d’Endurance se portent globalement très bien. Il y a aujourd'hui plus de constructeurs impliqués que jamais. À l'époque où je courais, les ingénieurs disposaient d'une plus grande liberté et les voitures étaient nettement plus puissantes. On constate aujourd'hui à quel point les voitures de course contribuent à l'évolution des modèles de série ». Il souligne d'ailleurs un contraste frappant entre les voitures de course et les modèles routiers actuels : « **À l'heure actuelle, la Corvette Z06 GT3.R développe à peu près la même puissance que la Corvette de base, tandis que quatre modèles de Corvette offrent une puissance largement supérieure à celle des voitures de course. C'est la réalité du sport automobile moderne ».
Depuis la fin de sa carrière, Fellows est demeuré très actif grâce à la Ron Fellows Performance Driving School, fondée en 2009 lors du lancement de la Corvette ZR1 de génération C6. « À l'époque, Chevrolet lançait la Corvette la plus puissante jamais produite, avec 630 chevaux. Les dirigeants se sont dit qu'il serait judicieux d'offrir une formation de conduite haute performance dans le cadre de l'expérience d'achat. Ils m'ont demandé si je voulais participer au projet et j'ai accepté. Après avoir étudié différentes possibilités, Spring Mountain au Nevada est devenu le siège de ce qui est aujourd'hui la Ron Fellows Performance Driving School. Au départ, chaque acheteur d'une ZR1 recevait une formation de deux jours, et cette tradition s'est poursuivie avec les septième puis huitième générations de Corvette ».
Le circuit, niché dans les montagnes au nord de Las Vegas, est un outil de première classe. « Nous avons pu développer considérablement les installations de Spring Mountain et nous accueillons maintenant environ 6 000 propriétaires de Corvette par année » souligne Fellows. « C'est un privilège de faire partie de cette aventure. Cela me permet aussi de rester en contact avec les ingénieurs responsables du développement des Corvette de série et de participer occasionnellement à certains essais » ajoute-t-il.
Avec son épouse Lynda, Ron Fellows a également longtemps organisé un championnat de karting destiné à favoriser l'émergence de jeunes talents canadiens. Il suit aujourd'hui avec attention la carrière de pilotes comme Robert Wickens et Roman De Angelis. « Je connais Robbie depuis qu'il est enfant, et j'ai aussi vu Roman gravir les échelons en Porsche GT3 Cup. Robert Wickens avait d'ailleurs participé à notre championnat de karting au début des années 2000. Son retour au plus haut niveau est tout simplement extraordinaire » confie Ron.
S'il reconnaît que la Formule 1 attire tous les jeunes pilotes, il continue de croire que l'endurance offre davantage de possibilités de carrière. « La Formule 1 connaît une popularité phénoménale et tous les jeunes Canadiens rêvent de devenir le prochain pilote de F1 du pays — moi le premier, il y a cinquante ans ! » dit-il en riant. « Mais je leur rappelle toujours que les courses de voitures de sport constituent une excellente façon de gagner sa vie. Les formules de promotion étaient hors de portée pour moi sur le plan financier. Harvey Hudes, à Mosport, m'avait dit : "Ron, tu devrais te tourner vers les voitures de sport. C'est là que les constructeurs investissent. Si tu es suffisamment bon, ils t'embaucheront » explique-t-il.
Et Fellows, qui sera de nouveau au Grand Prix de Trois-Rivières en août prochain (toujours dans le cadre de l’engagement de son fils Sam en NASCAR Canada), de conclure avec une conviction forgée par plusieurs décennies au plus haut niveau : « On peut vivre longtemps de ce métier lorsqu'on le fait bien ».
Ron Fellows, toujours au cœur du sport automobile canadien
Mardi 21 juillet 2026 par Julie BouchardCrédit photo: Didier Schraenen







