À la fin des années 1970, le grand patron de la Formule 1, Bernie Ecclestone, a cherché à séduire le public américain amateur de sport automobile et a tenté de recruter l’étoile montante de la série CART, Rick Mears.
Plus de 45 ans plus tard, une démarche similaire concerne la nouvelle écurie de F1 Cadillac qui a embauché, pour ses débuts, un Mexicain et un Finlandais, mais qui vise à employer bientôt l’Américain Colton Herta qu’elle fait rouler en Formule 2 et qui a pris le volant d’une MAC-26 lors des premiers essais libres de vendredi en Espagne le week-end dernier.
Retour en 1980 quand Rick Mears, pilote américain en pleine ascension et vainqueur des 500 Milles d’Indianapolis l’année précédente, est courtisé par Bernie Ecclestone qui est aussi propriétaire de l’écurie de F1 Brabham.
Né en 1951 au Kansas, mais qui a grandi en Californie, Rick Mears a effectué ses débuts en sport automobile en catégorie off-road. De bons contacts lui font disputer quelques courses en série USAC, l’ancien nom de l’IndyCar. Il décroche de beaux résultats en 1977 à bord d’une McLaren M16C/D de l’écurie Theodore Racing.
Il impressionne tellement Roger Penske que ce dernier l’engage. Mears dispute 11 courses en 1978 et récolte trois victoires ! Un an plus tard, on assiste à la scission entre USAC et les propriétaires d’écuries qui fondent la série CART. Mears gagne l’Indy 500 sanctionné par UASC et devient champion de la nouvelle série CART avec trois victoires. À ce moment-là, Mears est une méga vedette aux États-Unis. Avec ses cheveux longs et son visage bronzé, il est le coureur automobile à la mode. Tout lui réussit.
Bernie Ecclestone, qui manipule toutes les ficelles de la F1, voit en Mears une chance unique de vraiment populariser la F1 aux États-Unis. Il lui lance une invitation pour essayer une Brabham BT49-Ford sur le circuit Paul-Ricard dans le sud de la France. Le test a lieu le jeudi 13 décembre 1979.
Mears a expliqué sa motivation à l’excellent journaliste Gordon Kirby. « Je ne savais pas si la série CART était une affaire vraiment solide. J’ai voulu protéger mes arrières avec cette possibilité de courir en F1 » de dire Mears.
« La F1 est une voiture légère et qui est très agile. J’ai d’abord piloté la Brabham comme s’il s’agissait d’une voiture Indy. J’étais à deux secondes des temps de Nelson Piquet [le pilote Brabham]. Cela m’a mis en colère et j’ai commencé à brusquer la voiture, à la jeter dans les virages et à escalader les bordures avec agressivité » d’ajouter Mears.
Il termine la journée avec un chrono à seulement 0”5 de celui de Piquet. Ecclestone est réellement impressionné par la performance du Californien, d’autant que Herbie Blash, le responsable de l’écurie, n’a que des éloges pour Mears qui ne se prend pas pour une vedette, est ultra facile à vivre, poli et s’entend super bien avec Piquet.
Un dilemme pour Mears
Quelques mois plus tard, en mars 1980, Ecclestone décide d’offrir un autre test à Mears et de lui proposer un contrat de pilote. Du 24 au 26 mars, soit quelques jours avant le Grand Prix des États-Unis ouest à Long Beach, l’écurie Brabham s’installe sur le circuit de Riverside en Californie (modifié avec deux chicanes sur la ligne droite) pour effectuer des essais approfondis de la nouvelle boîte de vitesses transversale Weismann qui doit remplacer la traditionnelle Hewland.
Le 26, Mears s’installe dans le baquet de la Brabham et complète 30 tours du circuit et signe un chrono qui, dit-on, est plus rapide que celui de Piquet. Ecclestone tente alors d’inscrire une troisième Brabham pour Mears à Long Beach, mais la FIA refuse, argumentant que la demande aurait dû être faite trois mois auparavant.
Mears a confirmé à Kirby avoir bien reçu une offre. « Bernie et moi nous sommes mis d'accord sur un contrat. Il ne me restait plus qu'à décider si je voulais vraiment aller en F1 ou pas. » Au grand désarroi d’Ecclestone, Mears n’a pas signé le contrat et est resté fidèle à Roger Penske.
Pourquoi ? Mears l’a expliqué à Kirby. Premièrement, Mears a constaté que CART était une organisation solide et sérieuse. Il a aimé le fait que CART organise des courses sur quatre types de tracés différents (super ovales, petits ovales, circuits routiers permanents et urbains) alors que la F1 ne visite que des circuits routiers. Selon lui, un pilote doit être plus polyvalent pour exceller en série CART.
Mears a ajouté qu’il recherchait à se faire plaisir en sport automobile et que la F1, un milieu infesté de requins, n’était probablement pas fait pour lui. Il a admis qu’il lui aurait été difficile de renoncer à tout ce qu’il avait chez Penske. Il avait une confiance absolue en Roger Penske et son l’équipe. Il avait aussi droit à un excellent salaire, ce qu’il n’aurait pas eu chez Brabham. En plus de cela, il n’était pas prêt à résider en Europe et à effectuer des nombreux voyages pour participer aux essais privés et aux courses.
On peut affirmer qu’il a pris la bonne décision. En restant chez Penske, Mears a gagné l’Indy 500 à trois autre reprises (1984, 1988 et 1989) et a été couronné deux autres fois champion de la série en 1981 et 1982.
Rétro F1: La F1 cherchait déjà un pilote américain en 1980, et ça aurait pu être Rick Mears
Vendredi 12 juin 2026 par René FagnanCrédit photo: Grand Racers FB page/Photographe inconnu







