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18 mai: Maria Teresa De Filippis dispute un premier week-end de Grand Prix de F1 à Monaco en 1958

18 mai: Maria Teresa De Filippis dispute un premier week-end de Grand Prix de F1 à Monaco en 1958

Lundi 18 mai 2026 par René Fagnan
Crédit photo: Internet/Photographe inconnu

Crédit photo: Internet/Photographe inconnu

La comtesse Maria Teresa de Filippis a écrit une importante page de l’Histoire de la Formule 1 en devenant à Monaco en 1958 la première femme à disputer un week-end de Grand Prix de F1.

Jusqu’alors le sport automobile, et pas juste la F1, était strictement réservé aux hommes, car presque personne ne croyait qu’une femme possédait la force et l’endurance pour maîtriser ces engins puissants. Déterminée, Maria Teresa allait prouver le contraire.

Née le 11 novembre 1926 à Naples en Italie d’un père comte italien et d’une mère espagnole, la jeune fille grandit dans un climat serein au sein d’une famille bien nantie. Elle pratique de nombreux sports et ce qu’elle recherche surtout, fait rare à cette époque pour une femme, ce sont les sensations fortes et les violentes poussées d’adrénaline.

Elle commence à conduire des voitures et elle ressent rapidement le besoin de rouler vite. Elle découvre le sport automobile à 22 ans à cause d’un pari que lui lancent ses deux frères, Giuseppe et Antonio, convaincus qu’elle est incapable de rouler aussi vite qu’un homme. Elle décide de participer à la course de côte de Salerno-Cava dei Tirreni, longue de 10 kilomètres. Contre toute attente, et au désespoir de ses frères, non seulement elle roule vite au volant de sa petite Fiat 500, mais elle décroche la victoire dans sa catégorie et termine deuxième au classement général !

Après avoir disputé ses premières courses en circuits, elle ressent vite le besoin de passer à des bolides plus puissants. En 1954, elle termine deuxième au championnat italien de voitures de sport. Elle tisse des liens avec le constructeur Maserati, car elle apprécie que ses dirigeants ne lui dictent pas quoi faire. Elle est libre et désire rester en contrôle de sa carrière.

Au fil des ans, elle affronte des pilotes confirmés tels que Juan Manuel Fangio, Alberto Ascari et Tazio Nuvolari. En 1958, elle conduit sa Maserati 250F privée (pilotée précédemment par Fangio) à la cinquième place au Grand Prix de Syracuse, une épreuve hors-championnat disputée le 16 avril. À cette occasion, la jeune femme s'était qualifiée en huitième position et avait terminé cinquième, à quatre tours du vainqueur, Luigi Musso à bord d’une Ferrari Dino 246.

Maria Teresa tente sa chance en Formule 1

Elle décide d’essayer de se qualifier pour le prestigieux Grand Prix de Monaco, deuxième manche du Championnat du monde, qui est prévu un mois plus tard. Elle et 10 autres collègues sont aux commandes de Maserati 250F privées. La 250F à moteur six cylindres en ligne de 2,5 litres, crée par les ingénieurs Gioacchino Colombo, Alberto Massimino et Vittorio Bellentani à la fin de l’année 1953, accuse son âge et sa conception est désormais dépassée. Elle ne peut plus rivaliser contre les Vanwall VW5, Ferrari Dino 246 et surtout les petites et agiles Cooper T45.

Fangio, qui a quitté la F1, a beaucoup de respect pour Maria Teresa et lui prodigue de nombreux conseils, car le circuit urbain de Monaco est rempli de pièges, de virages difficiles, de montées et de descentes tout en offrant assez peu de protection. Il lui répète qu’elle roule trop vite et prend trop de risques, mais elle réplique qu’elle n’a pas peur.

Lors de la première séance d’essais qualificatifs, elle inscrit le 23e meilleur temps sur les 30 inscrits. Le problème est que seuls les 16 plus rapides prendront le départ de la course de dimanche.

Elle vise évidemment de mieux faire le lendemain, mais sa Maserati souffre d’un bris mécanique lors des essais libres et sa petite équipe ne dispose pas des pièces de rechange pour effectuer la réparation. Elle ne participe donc pas la deuxième séance de qualification et son temps reste inchangé. Elle n’est donc pas qualifiée.

Elle peut toutefois se consoler en constatant que seuls deux pilotes de Maserati 250F comme la sienne sont parvenus à se qualifier, de justesse. Il s’agit de Giorgio Scarlatti en 14e position (à 4”9 de la pole position) et Jo Bonnier, 16e et dernier qualifié, à 5”2 de la pole. Tous les autres concurrents qui étaient aux commandes de 250F ne se sont pas qualifiés, incluant Horace Gould, 27e meilleur temps, à 14”2 de la pole… Même si elle n’a pas disputé la course, elle a positivement influencé bien des amateurs et des experts.

Maria Teresa a continué à courir, mais elle a été grandement affectée par la mort tragique de plusieurs de ses amis pilotes. Trop c’est trop et elle a finalement décidé d’abandonner la course automobile après le décès de son ami Jean Behra qui s’est tué lors d’une course en Allemagne quand sa Porsche 718 RSK a dérapé sous la pluie et percuté un pylône de plein fouet.

La comtesse a défriché le chemin menant les femmes vers le sport automobile. Elle nous a quitté le 9 janvier 2016 à Bergame à l’âge de 89 ans.