Une figure marquante de l’histoire des courses américaines disparaît. Gordon Johncock, double vainqueur des 500 milles d’Indianapolis et champion IndyCar en 1976, est décédé hier à l’âge de 90 ans, de causes naturelles, à son domicile de South Branch, au Michigan.
Né le 5 août 1936 à Hastings, au Michigan, Johncock a disputé une carrière exceptionnelle de 25 saisons en monoplace, avec 262 départs, 25 victoires et 20 pole positions. Mais son nom demeure surtout associé à deux éditions radicalement différentes de l’Indy 500, remportées en 1973 et 1982, chaque fois au volant d’une voiture de Patrick Racing.
Sa première victoire à Indianapolis, en 1973, fut l'une des plus particulières de l'histoire de l'épreuve. Johncock s'était élancé de la 11ᵉ position et avait pris la tête pour la première fois au 40ᵉ tour. Il allait mener 64 tours, mais l'édition fut marquée par la pluie et plusieurs accidents dramatiques, notamment ceux impliquant son équipier Swede Savage et le membre d'équipe Armando Teran.
Après plusieurs interruptions, la pluie mit finalement un terme à la course au 133ᵉ des 200 tours prévus et alors que les différents reports avaient amené les concurrents jusqu’au mercredi ! Johncock devançait alors Bill Vukovich II, deuxième et seul autre pilote dans le même tour. La traditionnelle célébration fut elle aussi particulière : le banquet des vainqueurs ayant été annulé, Johncock et son équipe se retrouvèrent dans un banal restaurant après être allés voir Savage (qui décèdera 50 jours plus tard de ses blessures) à l'hôpital.
Neuf ans plus tard, Johncock allait connaître une victoire beaucoup plus spectaculaire et agréable alors que l'édition 1982 demeure l'une des arrivées les plus serrées de l'histoire de l'Indy 500. Cette fois, Johncock dut résister aux assauts de Rick Mears dans les derniers tours. Le pilote de Californie, vainqueur de l'épreuve en 1979, tenta notamment une dernière attaque dans le premier virage lors du dernier tour. Johncock conserva son avantage et franchit la ligne avec seulement 0,16 seconde d'avance, un record à l'époque et encore aujourd'hui l'une des arrivées les plus serrées de l'histoire de l'épreuve. Johncock reconnaîtra plus tard avoir failli perdre cette course dans le dernier tour lorsqu'une bosse inhabituelle dans la partie basse du troisième virage poussa sa voiture vers le haut de la piste, donnant à Mears une dernière occasion de revenir.
Gordon Johncock avait fait ses débuts dans les grandes courses américaines en 1964 et avait rapidement démontré son potentiel. Dès son premier Indy 500, en 1965, il termina cinquième au volant d'une voiture à moteur avant, un résultat historique puisque ce fut le dernier Top 5 obtenu par une voiture de type roadster à Indianapolis. Il remporta sa première course de championnat quelques mois plus tard à Milwaukee et signa également sa première pole position cette même année. En 1967, il devint propriétaire-pilote, rejoignant A.J. Foyt parmi les rares concurrents à assumer simultanément les deux rôles. Il remporta six courses durant cette période.
Johncock aurait pu ajouter plusieurs victoires à Indianapolis à son palmarès. Il termina notamment quatrième en 1966 et 1974, troisième en 1976 et 1978. En 1977, il semblait en voie de décrocher une troisième victoire lorsqu'une rupture de vilebrequin survint alors qu'il menait avec seulement 16 tours à parcourir. Il avait alors dominé pendant 129 tours. A.J. Foyt allait finalement remporter cette édition.
Sa saison 1976 fut néanmoins couronnée par le championnat national USAC (IndyCar). Cette année-là, Johncock ne termina qu'à deux reprises en dehors du podium et s'imposa comme l'un des pilotes dominants de son époque.
Il effectua une première retraite en 1985, mais revint à Indianapolis en 1987 pour remplacer Jim Crawford, blessé. Il reprit encore une fois le volant en 1991, à la demande de l'équipe Hemelgarn Racing. Parti de la 33ᵉ position, il réalisa alors une remarquable remontée jusqu'à la sixième place, à l'âge de 54 ans.
Son dernier Indy 500 survint en 1992. Une panne moteur mit fin à sa course après 60 tours, alors qu'il avait 55 ans. Au total, il a pris le départ de 24 éditions des 500 milles, un total qui le place parmi les pilotes les plus expérimentés de l'histoire de l'épreuve. Il a mené 339 tours à Indianapolis. Johncock a également évolué en NASCAR, participant à 21 courses de la première division, dont trois Daytona 500. Une 4ᵉ place à Daytona en 1973 reste son meilleur classement.
Après sa retraite définitive, le Michigan occupa de nouveau une place centrale dans sa vie. Johncock se consacra notamment à l'agriculture et à son entreprise forestière, menant une existence discrète loin du monde des courses. Il disait simplement de sa carrière : « C'était un travail que j'avais avant. Maintenant, j'ai un autre travail ».
Son héritage a toutefois été officiellement reconnu par plusieurs institutions. Johncock a été intronisé au Michigan Sports Hall of Fame, au Indianapolis Motor Speedway Hall of Fame, à l'International Motorsports Hall of Fame, au Motorsports Hall of Fame of America et au USAC Hall of Fame.
Gordon Johncock laisse dans le deuil son épouse Sue, ses cinq enfants, sa belle-fille ainsi que 12 petits-enfants, 17 arrière-petits-enfants et un arrière-arrière-petit-enfant.
Gordon Johncock, double vainqueur de l’Indy 500, s’éteint à 90 ans
Mardi 29 septembre 2026 par Julie BouchardCrédit photo: IMS / Penske Entertainment






