Pascal Wehrlein est champion du monde de Formule E 2025-2026. Mais il aura fallu attendre les derniers tours d'une finale londonienne totalement imprévisible pour que le pilote Porsche décroche sa deuxième couronne, au terme d'une course où le titre a virtuellement changé de mains à plusieurs reprises. Taylor Barnard en a profité pour signer sa première victoire en Formule E, tandis que Jaguar s'adjuge le championnat des équipes.
Après une première course samedi dominée par Pascal Wehrlein mais marquée par les tactiques collectives de Porsche, la finale de Londres promettait une bataille où les équipiers pourraient peser autant que les prétendants au titre eux-mêmes. C'est exactement ce qui s'est produit. Mais dans des proportions que personne n'aurait probablement osé imaginer.
Au bout de 35 tours, Wehrlein n'est en effet que 14e, hors des points. Jake Dennis, son principal adversaire, termine encore plus loin. Mitch Evans échoue au pied du podium. Et pourtant, c'est bien Wehrlein qui devient champion. L'Allemand rejoint ainsi Jean-Éric Vergne dans le cercle extrêmement fermé des doubles champions de Formule E, après son premier sacre obtenu lors de la saison 2023-2024.
Après sa victoire samedi, Wehrlein abordait la finale avec cinq points d'avance sur Jake Dennis. Mitch Evans conservait également une possibilité, beaucoup plus ténue. Les qualifications semblaient avoir considérablement simplifié l'équation.
Nyck de Vries plaçait sa Mahindra en pole devant son équipier Edoardo Mortara, mais Wehrlein obtenait une excellente troisième position. Nico Müller, son équipier Porsche, était quatrième et constituait une protection supplémentaire. Evans partait cinquième. Dennis, lui, seulement 16e. Pour Wehrlein, le plan semblait alors évident : éviter les problèmes et contrôler ses adversaires.
Au départ, Porsche reprend d'ailleurs la recette utilisée la veille. Müller protège son leader et tente de contenir Evans tandis que De Vries conserve les commandes devant Mortara. Mais cette fois, Jaguar a parfaitement compris la partie qui se joue. Et Antonio Felix da Costa va devenir l'un des personnages centraux de cette finale.
Müller ralentit Evans. Jaguar fait alors remonter da Costa pour tenter de briser le verrou Porsche. Les activations successives du mode Attaque bouleversent continuellement les positions tandis que la gestion de l'énergie devient déterminante.
À mi-course, pourtant, Wehrlein paraît toujours solidement installé dans une situation de champion. Il évolue aux alentours de la cinquième position tandis qu'Evans peine davantage et que Dennis reste très loin des points. Puis tout bascule. Evans active son mode Attaque et, au 26e tour, dépasse simultanément da Costa et Wehrlein. Le geste de son équipier n'est pas innocent : da Costa facilite la progression de la Jaguar sœur avant de s'employer à compliquer considérablement la vie du pilote Porsche.
La veille, Mitch Evans avait qualifié les tactiques de Porsche de « plus extrêmes » qu'il ne l'imaginait. Cette fois, Jaguar rend la monnaie de sa pièce à Porsche. Au 27e tour, da Costa emmène Wehrlein vers l'extérieur au virage 19. Plusieurs voitures s'engouffrent dans l'ouverture et l'Allemand dégringole jusqu'à la 11e place. En quelques secondes, le championnat vient de changer de visage.
Jake Dennis, que l'on croyait pratiquement éliminé après ses qualifications catastrophiques, est revenu dans les points. Puis il dépasse Joel Eriksson. Pendant quelques instants, le pilote Andretti devient virtuellement champion du monde pour un seul point.
Tout est alors possible. Wehrlein tente de remonter. Dennis doit gérer son deuxième mode Attaque. Evans, lui, se retrouve désormais dans une position où la victoire pourrait lui offrir un incroyable retournement de situation.
La tension atteint son maximum à trois tours de l'arrivée. Et c'est là que survient l'incident qui alimentera probablement encore longtemps les discussions autour de cette finale. Au 32e tour, Wehrlein attaque pour récupérer une position qui pourrait devenir décisive. Dans la lutte impliquant Dennis et Joel Eriksson, le pilote Porsche touche l'Envision. Eriksson part en tête-à-queue et l'incident bloque également Wehrlein et Dennis.
Les deux principaux prétendants au championnat plongent hors des points. Dennis perd alors ses dernières chances de titre. Wehrlein n'est cependant pas encore totalement tranquille : une éventuelle pénalité pourrait toujours peser sur l'issue du championnat. Et surtout, il reste Mitch Evans. Le Néo-Zélandais est désormais quatrième. Mais son équation est sans ambiguïté : il doit gagner. Devant lui, l'écart est trop important. Le miracle n'aura pas lieu.
Pendant que les prétendants au championnat se déchirent, Taylor Barnard construit une course remarquable. Le pilote DS Penske exploite parfaitement son dernier mode Attaque et prend les commandes dans les derniers tours pour aller chercher sa première victoire en Formule E. Il devance Nyck de Vries et Edoardo Mortara, offrant ainsi à Mahindra deux voitures sur le podium.
Evans termine quatrième. Une place insuffisante pour renverser Wehrlein mais qui permet néanmoins à Jaguar de repartir de Londres avec le titre des équipes. Sébastien Buemi termine cinquième pour sa dernière course en Formule E, devant Nick Cassidy et Jean-Éric Vergne. Pepe Martí, Oliver Rowland et Norman Nato complètent le top 10.
La manière dont ce titre a été acquis ne manquera probablement pas de susciter des commentaires. Wehrlein avait lui-même ouvert le débat vendredi en s'inquiétant de possibles tactiques destinées à « manipuler » la finale. Samedi, Porsche avait utilisé Müller — et plus largement son collectif — pour maximiser les chances de son pilote. Mais réduire le deuxième titre de Wehrlein à cette seule polémique serait également oublier son week-end : troisième du championnat en arrivant à Londres, l'Allemand a décroché la pole et remporté magistralement la première course avant de se qualifier troisième dimanche. Lorsque tout s'est ensuite effondré autour de lui, il lui restait juste assez d'avance pour survivre au chaos. Quant à la Formule E, elle pouvait difficilement offrir meilleure démonstration de son imprévisibilité pour conclure l'ère Gen3.5. Pour le classement complet de cette course, cliquez ici.
Formule E à Londres : Pascal Wehrlein champion au bout du chaos, Taylor Barnard gagne une finale complètement folle
Dimanche 16 août 2026 par André CahuzacCrédit photo: Simon Galloway/LAT Images








