L’ancien pilote de Formule 1 Johnny Herbert estime que les nouvelles réglementations techniques ont transformé la discipline au point de l’éloigner de son essence. Dans une entrevue accordée récemment au site Snabbare dans le cadre du Grand Prix d’Australie, le Britannique affirme que les monoplaces actuelles ne peuvent plus être considérées comme des « vraies voitures de F1 », dénonçant une technologie devenue trop envahissante et un défi de pilotage diminué.
Selon Herbert, le spectacle offert en piste peut certes fonctionner pour les spectateurs, mais cela ne suffit pas à justifier l’évolution actuelle. « Si le divertissement fonctionne pour les fans, je peux probablement l’accepter. Mais je ne l’accepte pas comme une vraie voiture de F1 » explique-t-il. L’ancien pilote Benetton, Sauber, Lotus, Tyrrell, Jaguar, Stewart et Ligier estime que la technologie devrait aider les pilotes, sans toutefois prendre le contrôle de la conduite.
Il pointe notamment certaines situations problématiques vues lors de ce début de saison, comme les départs où les pilotes se retrouvent avec peu d’énergie disponible dans la batterie après le tour de formation. Selon lui, ces contraintes techniques peuvent même créer des situations dangereuses sur la piste.
Une F1 qui perd son côté brut
Herbert considère que la Formule 1 a progressivement perdu l’un de ses éléments les plus spectaculaires : la capacité des pilotes à repousser les limites dans les virages à très haute vitesse. « La capacité d’un pilote comme Max Verstappen, Lewis Hamilton, Ayrton Senna, Alain Prost ou Michael Schumacher à contrôler une voiture dans des virages extrêmement rapides, c’est là que le pilote était vraiment mis à l’épreuve » souligne-t-il. Aujourd’hui, selon lui, cette dimension est en train de disparaître. La technologie, affirme le pilote aux 161 Grands Prix disputés entre 1989 et 2000, a probablement dépassé le point d’équilibre entre innovation et défi sportif.
Il compare également la situation actuelle à l’endurance. Dans son esprit, des courses comme les 24 Heures du Mans ont toujours été le laboratoire technologique du sport automobile. La Formule 1, elle, devrait avant tout mettre en valeur le talent du pilote. « Le facteur “wow” devrait venir du pilote qui franchit un virage à 320 km/h, pas de la technologie qui fait le travail pour lui » dit-il.
Herbert va plus loin en affirmant que la direction prise par la F1 pourrait finir par frustrer ses meilleurs pilotes, notamment le quadruple champion du monde Max Verstappen. Selon lui, la discipline doit faire attention à ne pas repousser ses vedettes avec des voitures qui les privent de plaisir de pilotage. « Les pilotes sont les rois du sport, pas les voitures » insiste-t-il.
Le Britannique rappelle que ces athlètes risquent leur vie à chaque course et qu’ils doivent sentir qu’ils relèvent un véritable défi. « Vont-ils continuer à mettre leur vie en jeu si le défi ne les intéresse plus ? Probablement pas » prévient-il. Herbert estime que la part d’automatisation et les nombreux réglages électroniques ont réduit l’importance du facteur humain dans la performance globale.
Verstappen pourrait chercher ailleurs l’adrénaline
Herbert croit que Verstappen, connu pour son approche très pure du pilotage, pourrait chercher ailleurs les sensations fortes qu’il ne trouve plus en F1. Il cite notamment les courses d’endurance comme les 24 Heures du Nürburgring, où la difficulté du circuit et les conditions de course exigent une implication maximale du pilote. « Max veut ressentir l’adrénaline de pousser une voiture à la limite. Aujourd’hui, les pilotes ne sont plus poussés à cette limite » estime-t-il.
Même si les voitures de F1 restent extrêmement rapides, Herbert considère que le plaisir de pilotage diminue lorsque la technologie empêche le pilote d’exploiter pleinement la machine et, dans l’un de ses commentaires les plus marquants, il critique le fait que certains virages mythiques ne représentent plus le même défi qu’autrefois avec les voitures cuvée 2026. « On ne veut pas de voitures où ma grand-mère pourrait passer Eau Rouge à fond ! » lance-t-il à propos du célèbre Raidillon de Spa-Francorchamps.
Pour lui, ces passages emblématiques devraient être franchis à la limite absolue, pas simplement à pleine accélération sans difficulté. C’est ce niveau de défi que recherchent les pilotes actuels, souligne-t-il.
Les difficultés d’Aston Martin
Herbert a également commenté la situation d’Aston Martin, estimant que les problèmes de l’équipe ne peuvent pas être réglés rapidement, même avec l’arrivée du célèbre ingénieur Adrian Newey. Selon lui, les difficultés proviennent principalement du moteur plutôt que du châssis. Il affirme que Honda traverse une période de transition interne qui a perturbé le développement du groupe motopropulseur.
Le Britannique juge que le redressement pourrait prendre plusieurs mois, voire plus longtemps. « Cette saison est probablement perdue pour l’équipe » conclut-il, ajoutant qu’aucune garantie n’existe pour que la situation soit totalement corrigée dès la saison suivante.
Pas de Grand Prix à Bahreïn ni en Arabie saoudite ?
Johnny Herbert, qui a aussi œuvré comme commissaire de certains Grands Prix et est resté proche des décideurs de la F1, se dit convaincu que les prochains Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite seront annulés. « Oui, les courses du Moyen-Orient prévues en avril seront annulées. Il se passe trop de choses là-bas. Surtout à Bahreïn. Le pays a été touché. Quand des drones et des missiles continuent d’être tirés dans la zone, la F1 ne devrait pas être là » souligne-t-il. « Et ce n’est pas seulement le fait de présenter la course. C’est aussi la question de pouvoir s’y rendre et en repartir en toute sécurité » conclut Johnny Herbert, lauréat de trois Grands Prix durant sa carrière de pilote de F1 et vainqueur des 24 Heures du Mans (avec Mazda) en 1991.
Johnny Herbert critique la direction technologique de la F1 et met en garde contre un départ de Verstappen
Mercredi 11 mars 2026 par Julie BouchardCrédit photo: Galeron







