Aston Martin a connu des essais présaison 2026 catastrophiques à Barcelone puis à Bahreïn début février. De quoi inquiéter même les plus optimistes et craindre que Fernando Alonso comme Lance Stroll ne se retrouvent encore en queue de peloton cette saison en Formule 1.
Le moteur Honda a démontré des faiblesses majeures : manque de puissance, consommation excessive, fiabilité incertaine, soucis de batterie et pénurie de pièces de rechange. Au cumul des deux sessions d’essais à Bahreïn, Aston Martin n’a complété que 399 tours contre 1216 pour Mercedes. Le meilleur chrono enregistré par l’équipe accusait quatre secondes de retard sur la Ferrari de Charles Leclerc. Résultat : très peu de données exploitables pour progresser vers le groupe de tête.
La responsabilité de ce désastre revient principalement à Honda, qui traverse sa troisième crise de performance récente en F1 (2008, 2015, 2026), mais pas seulement... Remontons à 2008, alors qu’Honda décida d’abolir son équipe en fin de saison, stoppant le développement du châssis et du moteur. L’écurie termine la saison 9ᵉ sur 11 avec seulement 14 points. L’équipe est finalement cédée à Ross Brawn, accompagnée d’un budget pour assurer les salaires 2009. Brawn se tourne vers Mercedes pour le moteur et remporte en 2009 tous les titres avec Brawn GP : pilotes (Jenson Button) et constructeurs. Mercedes rachète ensuite l’écurie et lance une dynastie qui culminera entre 2014 et 2021 avec huit titres constructeurs et sept titres pilotes, notamment avec Lewis Hamilton.
En 2015, avec l’arrivée des moteurs turbo hybrides, Honda revient aux côtés de McLaren. Le moteur RA615H, développé tardivement, manque cruellement de puissance. S’ensuivent quatre saisons très difficiles pour McLaren et Fernando Alonso. En 2015, la meilleure performance reste une cinquième place en Hongrie. McLaren-Honda termine neuvième du championnat avec 27 points. Il faudra des années de reconstruction — séparation avec Honda, moteur Renault, restructuration autour de Zak Brown et Andrea Stella — pour revoir McLaren au sommet, jusqu’aux titres de 2024 et 2025.
Nous voici en 2026 avec Honda de nouveau en difficulté, dans une F1 encore plus complexe. Les déboires de l’Aston Martin AMR26 et du moteur Honda sont nombreuses :
* L’équipe a manqué de roulage et de tours rapides, limitant la collecte de données essentielles.
* Fernando Alonso a perdu une journée d’essais à cause d’un problème de batterie hybride.
* Lance Stroll n’a effectué que six tours lors de la dernière journée, sans chrono représentatif.
* Le programme d’essais a été réduit par une pénurie de pièces moteur.
* Des doutes subsistent sur la capacité de la voiture à couvrir une distance de course avec une puissance compétitive sans manquer de carburant.
* Honda a admis sa responsabilité, reconnaissant des performances et une fiabilité insuffisante.
* La boîte de vitesses conçue en interne n’a pas semblé à la hauteur lors des tours rapides.
* L’écurie, censée surprendre en 2026 avec l’arrivée d’Adrian Newey, est désormais en crise technique avant même le GP d’Australie, ce week-end à Melbourne, au point que certains observateurs prédisent que ses deux voitures pourraient ne pas entrer dans la limite des 107% en qualification et ainsi devoir recevoir une permission spéciale pour voir Alonso et Stroll disputer la course !
* Honda envisage d’utiliser une disposition réglementaire autorisant deux évolutions moteur en saison pour tenter de combler l’écart.
À cela s’ajoute une erreur stratégique majeure : avoir confié des responsabilités de directeur général à Adrian Newey au moment où le défi technique est maximal, diluant potentiellement l’impact du meilleur directeur technique de la F1.
L’histoire montre toutefois qu’un redressement est possible. McLaren s’est reconstruite après l’échec Honda. Honda a aussi propulsé Red Bull vers des titres mondiaux avant son retrait officiel. Mais ces renaissances ont pris du temps; près d’une décennie pour McLaren. Pour Aston Martin, l’avenir immédiat semble sombre : une course vraisemblablement difficile en Australie, un retard potentiel au championnat et une dynamique négative en début de saison.
Cependant, Lawrence Stroll dispose de ressources financières considérables et Adrian Newey possède l’expertise technique et l’autorité nécessaires pour imposer sa vision. Honda, malgré ses erreurs, dispose aujourd’hui de bases techniques plus solides qu’en 2015. Enfin, la réinitialisation réglementaire pourrait redistribuer les cartes d’ici la fin de la saison. En bref, le début 2026 d’Aston Martin risque fort de rappeler celui de McLaren en 2015. Reste à savoir si l’équipe saura écrire une suite différente... et plus rapide.
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Aston Martin F1 dans la panade profonde : Peut-on espérer des progrès en ce début de saison ?
Lundi 2 mars 2026 par Marc CantinCrédit photo: Galeron






