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Rencontre Steven Hubert, directeur de course du GP3R : « Dans la tour de contrôle, on voit des histoires, des efforts, des passions »

Rencontre Steven Hubert, directeur de course du GP3R : « Dans la tour de contrôle, on voit des histoires, des efforts, des passions »

Jeudi 13 août 2026 par Charlie-Anne Laporte
Crédit photo: Stéphane Gagné

Crédit photo: Stéphane Gagné

Le Grand Prix de Trois‑Rivières 2026 a offert un spectacle intense, mais au-dessus de la piste, la tour de contrôle a vécu un week‑end tout aussi chargé. Steven Hubert, le directeur de course, a accepté de nous expliquer les défis d’une édition particulièrement mouvementée. Il raconte son week‑end comme on raconte une histoire. « Mon travail de directeur de course, c’est de coordonner le travail de toutes les équipes » dit‑il simplement, comme si cette imposante charge n’était qu’un détail. Pourtant, derrière cette phrase se cache trois jours de vigilance constante, de coordination serrée et de sang‑froid absolu. Et malgré tout, malgré la pression, malgré les heures, il raconte le GP3R avec affection, celle d’un petit garçon de Trois‑Rivières qui a grandi en regardant Gilles Villeneuve et qui aujourd’hui contribue à faire vivre l’événement au cours duquel sa passion est née.

Avec Steven, nous avons abordé les enjeux majeurs de l’édition 2026 : sécurité, particularités du circuit, expérience personnelle. « Je suis directeur de course en français, qui renferme deux fonctions précises : directeur de course et Clerk of the course. En fin de semaine dernière, j’avais donc les deux charges. Le directeur de course prend des décisions sportives, notamment les pénalités. […] On doit gérer aussi tout l’aspect en direct, la gestion du temps, […]. Alors que le Clerk of the course, c’est vraiment l’aiguilleur de terrain ».

Qui peut travailler dans la tour de contrôle ?

Tous ceux qui ont l’expertise de leur poste. Par exemple, on a deux médecins. Oui tout le monde pourrait s’asseoir comme médecin, mais c’est d’avoir la compréhension des particularités d’une intervention médicale durant un processus de course. Mes deux communicateurs au niveau de la sécurité, donc ceux qui sont occupés à ouvrir et fermer les portes entre les courses, gérer les spectateurs. Cela prend des gens qui ont une grosse capacité à gérer la pression, de la flexibilité. Tu peux avoir quelqu’un de super calme, mais super rigide et la situation change tout le temps. Ça prend de l’endurance. Au niveau concentration ça prend des gens qui sont capables de faire ça plusieurs heures et plusieurs jours de suite. Mon équipe est en poste toute la journée et à chaque course, donc généralement ce qui va se passer c’est que le directeur de course de la série va se présenter avec un commissaire. Dans le cas de NASCAR par exemple, en plus de tous les dirigeants du Canada, il y avait plusieurs dirigeants américains qui étaient là aussi. Ceux-là c’est un roulement, ils font leur course et quitte la tour.

Quels sont les défis d’avoir une aussi grande équipe à gérer ?

J’ai pris la place de Jacques Veilleux, qui est maintenant décédé il y a un peu plus qu’un an. Jacques avait sa façon de voir l’équipe avec des gens en place. Moi j’arrive et je veux développer la relève. L’un des défis, c’est d’avoir une équipe mixte dans la tour. Je pense qu’une équipe uniquement d’hommes ou uniquement de femmes manquerait de sensibilité, de perception ou de vision des choses. Aussi, dans mon oreille droite, j’ai les signaleurs qui font de l’intervention. Dans mon oreille gauche, j’ai les signaleurs qui font les drapeaux. Ensuite, j’ai quatre écrans autour de moi, sur lesquels je prends des informations. J’ai les directeurs de série devant moi qui me parlent et tous les communicateurs de sécurité, de remorquage à qui je dois communiquer. Le défi, c’est que j’ai du monde à 180 degrés devant moi et je suis toujours à l’affût de savoir ce dont ils ont besoin, ou communiquer ce que moi je veux qu’ils communiquent avec leur personnel en bord de piste.  Il faut toujours prendre la bonne décision, essayer de profiter du meilleur temps possible.

Lors d’une situation à gérer, comment se déroule la communication entre les équipes de travail ?

Ça se déroule généralement bien parce que mon équipe sait y faire. L’exemple que je donnerais, c’est quand la voiture de Sam Fellows a pris feu. Dans un premier temps, c’est le médical qui va être appelé, après ce seront les remorqueurs, ensuite l’entretien de la piste et au travers de ça, il y a les signaleurs. Alors c’est de m’assurer que les gens soient sous contrôle et qu’ils soient réceptifs à écouter. Nous avons développé des petits trucs à force de travailler ensemble. Même si cela est rare, quand surviennent des situations spéciales, les gens veulent bien faire, parfois dans la nervosité. Mais moi je ne peux pas me permettre d’avoir la tête ailleurs, il faut absolument que je garde la tête froide, parce que si je ne le fais pas, qui va le faire ? L’important c’est vraiment de demeurer calme, on n’a pas le choix.

Quels outils technologiques ont grandement amélioré votre travail à la tour ?

À Trois-Rivières, je dirais que ce qui a fait une bonne différence, c’est un système de contrôle des lumières au départ et d’ouverture/fermeture des puits. Quand on se présente pour une relance ou un départ et qu’il y a beaucoup de voitures, tous les pilotes ne voient pas nécessairement les lumières à la ligne de départ/arrivée, parce qu’ils sont trop loin. On a installé une lumière au virage 10 synchronisée avec le départ et les signaleurs donnent le départ au 10. C’est un élément sportif, mais ça permet aux équipes et aux séries de savoir le moment où je donne le départ à la ligne d’arrivée, même si les voitures sont dans le virage, parce qu’on s’est adapté au niveau de l’équipement. Dans le cas de Trois-Rivières, on a encore du travail à faire au niveau des outils. Si je compare par exemple à des évènements que j’ai vus cette année, on s’en vient avec des nouveautés dans les prochaines années.

Quels sont les temps moyens de prise de décision ?

Ça dépend toujours de la rapidité à laquelle on reçoit les informations. Ça peut être, de même pas une seconde, à un 15-20 secondes. Tout dépend de la situation en piste, Pour l’exemple, on a eu plusieurs drapeaux jaunes en fin de semaine dernière, en Légendes et en Challenge Canada notamment. Dans cette dernière, une voiture a frappé le mur au virage 1, la voiture est encore en train de reculer du mur après l’impact, mais déjà mon appel était fait. En CVQ, une voiture a fait un tête-à-queue près de la porte Duplessis et j’ai attendu un bon 30 secondes car le pilote a réussi à repartir et on n’a jamais donné de drapeau jaune, donc ça dépend toujours de la situation. Il faut toujours être prêt à réagir le plus vite possible.

Si tu devais choisir un moment précis dans la tour de contrôle, qu’aimerais-tu que le public voie ou sache ?

C’est une bonne question, il faut que les gens comprennent que nous, on fait des courses de 30 minutes, à quelques exceptions, ce qui fait qu’un délai de remorquage de 5 à 7 minutes, c’est très bon. Je considère que cette année, sauf exception, nos interventions en piste ont été vraiment meilleures que celles de l’édition 2025. Si y’a une chose que j’aimerais que les spectateurs voient, c’est justement toutes les décisions qui sont prises. La communication entre les équipes, puis voir qu’on travaille vraiment pour que ça soit fait le plus vite possible.

Après toutes ces années, ressens-tu toujours l’adrénaline dans ce travail ?

Adrénaline à 100%, mais un petit garçon de la place qui peut devenir directeur de course à Trois-Rivières, pour moi c’est "the next best thing" ! À défaut de pas pouvoir être sur la piste, j’y participe et c’est de contribuer à la réussite d’un événement, comme le GP3R l’est pour les Trifluviens. Il y a de la satisfaction aussi à dire qu’on a un évènement de cette ampleur à Trois-Rivières, et que ce n’est pas tout le monde qui peut le faire.

À quel moment considères-tu que l’événement est réussi ?

Lorsque je vois les gens dans les estrades : ce sont eux qui nous permettent de revenir année après année, puis quand ils nous disent : « j’ai aimé ça, je prends mon billet pour l’année prochaine », pour moi, c’est ça le signe de la réussite. Dans la tour de contrôle, on ne voit pas seulement des voitures : on voit des histoires, des efforts, des passions. Et c’est ce qui fait du GP3R un événement unique.

 
* Retrouvez l’entrevue complète de Steven Hubert dans la prochaine édition de Pole-Position Magazine.