Il y a exactement un demi-siècle, Niki Lauda aurait dû mourir. Le champion du monde en titre venait d’être extrait d’une Ferrari 312 T2 en flammes, grièvement brûlé et intoxiqué par les fumées. Quelques semaines plus tard, il était de retour au volant d’une Formule 1. Et cette histoire, déjà extraordinaire, allait encore s’enrichir de deux autres titres mondiaux.
À l’été 1976, Lauda est au sommet. Champion du monde avec Ferrari en 1975, l’Autrichien domine à nouveau la saison. Après sa victoire au Grand Prix de Grande-Bretagne, il possède une avance considérable sur son principal rival, James Hunt. Le duel entre le méthodique Lauda et le flamboyant Britannique est superbe.
Mais le prochain rendez-vous est le Nürburgring, qui intègre la mythique Nordschleife de plus de 22 kilomètres. Un circuit que Lauda juge alors beaucoup trop dangereux pour la Formule 1. Malgré les travaux de sécurité réalisés quelques années auparavant, les installations demeurent insuffisantes pour intervenir rapidement sur un tracé aussi long. Les conditions météorologiques ajoutent aux inquiétudes.
Lauda tente de convaincre ses collègues de ne pas courir. La majorité refuse. La course aura lieu. Le 1ᵉʳ août 1976, départ du Grand Prix d’Allemagne, la 10ᵉ manche de la saison et le 274ᵉ Grand Prix de l’histoire du Championnat du monde de F1. Lauda s’élance de la deuxième position, derrière Hunt. La pluie a rendu les conditions incertaines et, après le premier tour, plusieurs pilotes, dont Lauda, rentrent aux puits pour monter des pneus lisses. Hunt conserve la tête.
Au deuxième passage, alors qu’il cherche à revenir aux avant-postes, Lauda perd le contrôle de sa Ferrari dans la portion rapide précédant Bergwerk. La voiture quitte la piste, heurte un talus et revient violemment au milieu de la trajectoire. La Ferrari est percutée et s’embrase.
Lauda est prisonnier de l’habitacle. Son casque a été arraché dans le choc. Son visage et son corps sont gravement brûlés, tandis qu’il inhale des fumées toxiques. La scène est chaotique et les secours tardent à arriver. Quatre pilotes, Arturo Merzario, Brett Lunger, Guy Edwards et Harald Ertl, abandonnent leur propre voiture pour tenter de sortir l’Autrichien du brasier.
Merzario, au prix d’un effort qui lui brûlera les mains, réussit finalement à extraire Lauda de l’épave. Transporté à l’hôpital d’Adenau, Lauda est dans un état critique. Ses blessures sont si graves qu’un prêtre est appelé pour lui administrer les derniers sacrements. Mais Lauda refuse de mourir.
Sa récupération dépasse tout ce que l’on pouvait imaginer. Brûlures profondes au visage, poumons sévèrement endommagés, multiples interventions médicales : le champion doit littéralement réapprendre à vivre. Et pourtant, le 12 septembre, seulement 42 jours après l’accident, Lauda est à Monza pour le Grand Prix d’Italie. Son visage porte encore les marques du drame et son état physique est loin d’être normal. Il se qualifie cinquième et termine la course au quatrième rang.
Pendant son absence, James Hunt a transformé le championnat. Lauda reprend néanmoins la tête du classement à l’approche de la finale japonaise, à Fuji. Sous une pluie diluvienne et dans une visibilité exécrable, il prend une décision qui résume parfaitement le personnage : il abandonne après quelques tours, estimant que les conditions sont trop dangereuses. Hunt termine troisième et remporte le championnat par un seul point.
Lauda venait de perdre un titre, au grand dam d’Enzo Ferrari qui ne lui pardonna jamais son renoncement, qu’il semblait destiné à conquérir. Mais il avait gagné quelque chose de beaucoup plus important : une seconde vie.
L’accident du Nürburgring n’a pas mis fin à la carrière de Lauda. Il l’a transformée. En 1977, il poursuit avec Ferrari dans une ambiance pourrie, mais remporte son deuxième championnat du monde, confirmant que son retour n’était pas simplement celui d’un survivant, mais bien celui d’un champion toujours au sommet.
Après des saisons plus difficiles chez Brabham, Lauda quitte la F1 en 1979. Il se consacre notamment à l’aviation avec Lauda Air. Mais, fidèle à son caractère, il n’en reste pas là. En 1982, il revient en Formule 1 avec McLaren. Deux ans plus tard, face à Alain Prost, il conquiert un troisième titre mondial, avec seulement un demi-point d’avance, au terme du Grand Prix du Portugal à Estoril.
Lauda s’est retiré définitivement de la F1 et du pilotage à la fin de 1985. Il deviendra ensuite entrepreneur, consultant et figure incontournable du paddock, notamment au sein de Mercedes, où son intelligence et son franc-parler contribueront au développement de l’équipe qui dominera la F1 à partir de 2014. Il est décédé en 2019.
Mais dans la mémoire collective, Niki Lauda restera toujours associé à ce dimanche d’août 1976. Le Nürburgring fut cette journée-là le théâtre d’un accident qui devint aussi le point de départ d’une deuxième carrière, d’une deuxième vie et d’une transformation profonde de la sécurité en Formule 1. Cinquante ans plus tard, l’image de la Ferrari rouge en flammes demeure l’une des plus terribles de l’histoire de la F1. Mais l’image qui devrait lui survivre est celle d’un homme qui, 42 jours après avoir reçu les derniers sacrements, reprit le volant et remporta deux autres titres en F1.
Il y a 50 ans : L’accident de Niki Lauda au Nürburgring, le 1er août 1976
Samedi 1er août 2026 par Julie BouchardCrédit photo: Galeron







