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26 février : Emerson Fittipaldi revient en course automobile au GP de Miami de la série IMSA, en 1984

26 février : Emerson Fittipaldi revient en course automobile au GP de Miami de la série IMSA, en 1984

Lundi 26 février 2024 par René Fagnan
Crédit photo: mclaren.com

Crédit photo: mclaren.com

Après une retraite du sport automobile qui a duré trois ans, le Brésilien Emerson Fittipaldi, deux fois Champion du monde de F1, a effectué un retour à la compétition dans le cadre du Grand Prix Budweiser de Miami de la série IMSA en 1984.

Si Fittipaldi a effectivement remporté deux championnats du monde en 1972 avec le Team Lotus et 1974 avec McLaren, la suite de sa carrière ne fut pas brillante. Il a passé cinq saisons en enfer au sein de l’écurie familiale, Copersucar/Fittipaldi Automotive. Condamné à faire de la figuration au volant d'une voiture médiocre, Fittipaldi a jeté l’éponge fin 1980 après Watkins Glen et a coupé les liens avec le sport.

De retour chez lui au Brésil, il s’amuse à courir en superkart à deux moteurs de 125cc. Il est toujours habité par de profond désir de gagner. Il a du mal à tourner le dos à la F1. Début 1984, il est contacté par John Wickham de l’écurie de F1 Spirit pour effectuer un éventuel retour en Grand Prix. Un pilote italien de Formule 2 totalement inconnu et d’une lenteur épouvantable en piste, Fulvio Ballabio, dit pouvoir intéresser Disney Italie à le commanditer pour piloter une des deux Spirit F1 n 1984.

Wickham confie à Fittipaldi avoir besoin de le faire rouler dans la voiture afin d’obtenir beaucoup de visibilité médiatique et ainsi convaincre Disney d’investir. Emerson pilote donc la Spirit à moteur Hart turbo sur le circuit de Rio lors des essais hivernaux. Mais la voiture est une catastrophe. Ballabio n’obtient pas de Super Licence et Disney n’investit pas un sou. Fittipaldi n’effectue donc pas de retour en F1.

À peine est-il de retour chez lui que le téléphone sonne. Emerson est contacté par Ralph Sanchez qui lui propose de piloter une March-Chevrolet lors du Grand Prix de Miami de la série IMSA qui aura lieu fin février.

Né à Cuba en 1948, Sanchez a quitté son pays natal à l’âge de 13 ans et rejoint un oncle et une tante à Miami. Ayant fait fortune dans le développement résidentiel, il s’est tourné vers la course automobile et est l’organisateur/promoteur du Grand Prix de Miami.

Fittipaldi se prend au jeu et s’amuse comme un fou

Sanchez est propriétaire d’une March 83G à moteur V8 Chevrolet de 600 chevaux conçue par Robin Herd, mais améliorée par un certain… Adrian Newey. Elle arbore le numéro 84 et porte le nom de “Spirit of Miami”. Fittipaldi accepte l’offre de Sanchez et conduira aux côtés d’un pilote local, Tony Garcia.

Les essais sont rondement menés, et Fittipaldi, âgé de 37 ans, s’occupe de qualifier la March. La séance est d’abord disputée sur piste mouillée, mais Emerson entre en action avec quelques minutes à faire quand la trajectoire est sèche. Il signe la pole position en 1’24”840 et devance la Ford Mustang GTP de Klaus Ludwig/Bobby Rahal (1’25”522) et la Momo AR3-Cosworth de Gianpiero Moretti/Oscar Larrauri (1’26” 096). L’équipe de Sanchez empoche ainsi une bourse de 15 000$.

La course pour les machines de la catégorie GTP est de trois heures sur ce circuit urbain de 2,977 km tracé dans Bicentennial Park. Il est décidé que Gracia prendrait le départ avant d’être relayé par Fittipaldi.

Le départ est donné devant une foule estimée à 75 000 spectateurs. Garcia est un pilote honnête, mais ce n’est pas un champion. Il perd immédiatement des places, mais parvient à trouver un rythme satisfaisant. Au bout d’une vingtaine de tours, ses chronos commencent à baisser. Fittipaldi croit qu’il connaît des ennuis mécaniques ou des freins inefficaces.

Il n’en est rien. Garcia est physiquement épuisé. Au bout de 31 tours, il s’arrête aux puits et laisse le volant à Fittipaldi qui devra conduire durant les deux heures et quart qui restent.

"Emmo" pilote comme au bon vieux temps. Il freine hyper tard, braque le volant avec assurance et maîtrise parfaitement les glissades du train arrière quand il accélère. Un style tout en douceur et ultra précis. Il gagne des places et remonte au classement. En 30 tours, il refait son retard sur les meneurs : la Jaguar XJR-5 du Group 44 de Bob Tullius pilotée par Brian Redman et Doc Bundy, et la Porsche Andial 935 de Bob Wollek et A.J. Foyt.

Au 90e passage, Fittipaldi n’est qu’à quelques secondes des bolides de tête quand l’arbre primaire de la boîte de vitesses casse net. Privée de motorisation, la March termine sa course dans une échappatoire et Fittipaldi s’extrait du cockpit.

Après la course, le Brésilien avoue d’être amusé comme un fou, qu’il a vite repris ses repères et qu’il s’est senti parfaitement à l’aise malgré les trois années passées loin des voitures de course.

Quelques semaines plus tard, Pat Patrick convainc Fittipaldi de venir courir en série IndyCar et d’oublier la F1. Emerson va disputer 13 saisons en série CART, va remporter 22 victoires, gagner l’Indy 500 à deux reprises (1989 et 1993) en plus de décrocher le titre de champion en 1989.