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Rétro le Mans: Une autre voiture à turbine à gaz tente de s’imposer en 1963

Rétro le Mans: Une autre voiture à turbine à gaz tente de s’imposer en 1963

Jeudi 21 mai 2026 par René Fagnan
Crédit photo: Hagerty UK

Crédit photo: Hagerty UK

Le sport automobile des années 1960 a été marqué par la participation de plusieurs voitures propulsées par des turbines à gaz. On peut mentionner la Lotus 56, la STP-Paxton et la Howmet TX.

Les ingénieurs de cette époque étaient intéressés à utiliser une turbine, car elle était d’une grande simplicité. Pas de pistons, pas de vilebrequin, pas de soupapes, bref peu de pièces en mouvement qui peuvent facilement casser.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le constructeur automobile britannique Rover expérimente la propulsion à gaz pour motoriser des voitures de série. Ses ingénieurs apprennent beaucoup sur cette technologie innovatrice dans le monde de l’automobile.

Pour l’édition de 1963 des prestigieuses 24 Heures du Mans, les organisateurs de l’Automobile club de l’ouest décident d’offrir un prix spécial de 25 000 francs suisses (soit l’équivalent à 100 000$ canadiens) à la première voiture à turbine à gaz qui parcourrait 3600 km en 24 heures à la vitesse moyenne de 150 km/h. Ces bolides à turbine courraient dans une classe à part destinée aux véhicules expérimentaux.

Les dirigeants de Rover sont évidemment très intéressés à faire la promotion de leurs produits. Cependant, s’ils maîtrisent la turbine, il leur manque une autre composante essentielle : un châssis. Rover s’associe donc à BRM, British Racing Motors, une entreprise déjà bien impliquée en Formule 1.

Le directeur technique de BRM, Tony Rudd, récupère le châssis tubulaire en acier de la voiture accidentée de Richie Ginther lors du Grand Prix de Monaco de 1962. Rudd dessine une carrosserie ouverte qui est ensuite fabriquée en aluminium. La turbine à gaz Rover 2S/150/R de conception classique possède un seul compresseur centrifuge, une seule chambre de combustion et une turbine libre entraînant l'arbre primaire, le tout développant une puissance nominale de 150 chevaux.

Les suspensions sont indépendantes et reliées à des combinés ressorts/amortisseurs. Chacun des deux réservoirs de carburant possède une contenance de 110 litres, les quatre disques sont en acier, les pneus sont des Dunlop et la voiture affiche un poids de 823 kilos.

Une solide performance dès sa première course

Owen Racing Organisation prend en charge la logistique du roulage de la voiture qui sera menée par les deux pilotes de BRM en F1, Graham Hill et Richie Ginther.

La Rover-BRM à turbine est inscrite aux 24 Heures de 1963 avec le numéro “00”, car il s’agit d’un bolide expérimental. Les officiels annoncent que le moteur à turbine possède une cylindrée équivalente à deux litres d’un moteur conventionnel et qu’elle pourra profiter d’une allocation de kérosène deux fois supérieure à la normale, soit 220 litres, lors de ses ravitaillements.

Dès les premiers essais, la Rover-BRM fascine. La turbine m’émet presque aucun son, simplement le sifflement caractéristique d’un moteur d’avion. « Vous êtes assis dans ce truc que vous pourriez qualifier de voiture, et l'instant d'après, on dirait qu'un 707 est juste derrière vous, prêt à vous aspirer et à vous dévorer comme un énorme monstre » avait alors dit Graham Hill.

Le bolide n’est pas parfait. Il consomme 40 litres de carburant aux 100 km, il est un peu trop lourd, ses reprises en sortie de virages manquent de punch et l’absence de frein moteur pénalise ses freins à disques, car il déboule à 250 km/h sur la ligne droite.

Peu importe les chronos inscrits durant les essais et les qualifications, la Rover-BRM, de son statut spécial, doit prendre le départ en dernière place. La course se déroule de belle façon pour Hill et Ginther. La voiture parcourt 310 tours en 24 heures, soit 4172,91 km à la vitesse moyenne de plus de 173 km/h. Si elle n’avait pas été hors concours, la Rover-BRM aurait été classée en septième position !

Pour la tentative de 1964, la turbine à gaz est désormais munie d’une paire de régénérateurs rotatifs en céramique destinés transférer la chaleur des gaz d’échappement brûlants vers l’air ambiant qui est aspiré. La carrosserie est totalement modifiée, mais la voiture est, semble-t-il, endommagée lors de son transport et l’équipe retire son inscription.

En 1965, la Rover-BRM n’est plus une voiture expérimentale et arbore le numéro 31. Toutefois, elle doit se contenter de la même allocation de carburant que les voitures à moteurs à combustion interne. En course, Graham Hill sort de piste et échoue dans le sable, ce qui endommage les pales de la turbine. Puis, avec Jackie Stewart au volant, une pale se brise et provoque une explosion. La turbine endommagée continue de fonctionner plus ou moins correctement et la voiture se classe en 10e position au classement général après avoir complété 284 tours de piste.

Cette course a mis un terme à l’aventure et la Rover-BRM n’est pas réapparue en compétition.