Peu de pilotes automobiles peuvent s’enorgueillir de posséder un palmarès aussi riche que Graham Hill. Ce sympathique pince-sans-rire à la fine moustache bien taillée avait conservé le look d’un militaire britannique de la Seconde guerre mondiale.
Né en 1929, Graham Hill a étudié l'ingénierie puis a joint la Royal Navy comme artificier de salle des machines sur le croiseur léger HMS Swiftsure. De retour à la vie civile, il travaille pour l’entreprise Smiths Instruments. En 1953, il découvre qu’il peut essayer une monoplace de Formule 3 sur le circuit de Brands Hatch pour cinq shillings (l’équivalent aujourd’hui de 6£ ou 11$ canadiens). C’est une révélation. Il achète une voiture en piètre état et obtient son permis de conduire (qu’il n’avait pas !) Sa farouche détermination, son entregent et sa bonne humeur vont grandement faciliter son entrée dans le sport.
Il hante les circuits automobiles et rencontre Colin Chapman de Lotus. Hill parle de sa nouvelle passion et le charme opère. Chapman l’engage d’abord comme mécanicien, puis Hill commence à piloter et dispute deux saisons en F2 en 1956 et 1957.
Il grimpe en F1 en 1958, mais les petites Lotus-Climax sont terriblement fragiles. Il fait face à la même situation en 1959. Il quitte Lotus pour BRM et décroche sa première victoire aux Pays-Bas en 1962 à bord d’une BRM P57. Il gagne ensuite en Allemagne, en Italie et en Afrique du Sud pour décrocher le titre de champion du monde devant Jim Clark.
Hill remporte 10 de ses 14 victoires en F1 avec BRM avant de retourner chez Lotus en 1967. À cette époque, la plupart des pilotes étaient des touche-à-tout. On les voyait courir en F1, mais aussi en F2, en Endurance, en série USAC/IndyCar et même parfois en rallye. Hill est extrêmement doué et polyvalent. En 1966, il s’attaque aux ovales américains et remporte les 500 Milles d’Indianapolis, un an après Jim Clark.
Son retour en F1 chez Lotus est assez frustrant. Bien qu’étant souvent aux avant-postes, il abandonne régulièrement, sa Lotus étant victime de tous les ennuis mécaniques possibles. Mais en 1968, il remporte trois victoires et décroche un deuxième titre mondial devant Jackie Stewart et Dennis Hulme.
Un triplé historique
En 1969, Hill est battu au classement par son coéquipier Jochen Rindt, mais il décroche sa cinquième et dernière victoire à Monaco. Sa saison se termine toutefois de très mauvaise façon quand sa Lotus-Ford 49B quitte la piste à Watkins Glen à suite de l’explosion d’un pneu à 240 km/h. N’ayant pas correctement rattaché ses ceintures de sécurité après avoir calé sur la grille de départ, Hill est éjecté et se fracture les deux jambes. On croit sa carrière terminée. Obstiné, il stupéfie les médecins en récupérant à la vitesse de l’éclair et parvient même à marquer un point lors de son retour à la compétition !
En 1972, Graham Hill démontre encore une fois son immense talent en remportant les 24 Heures du Mans en compagnie d’Henri Pescarolo sur une Matra Simca MS 670, devenant ainsi le premier pilote de l’histoire à réaliser le triplé F1-Indy-Le Mans.
Alors âgé de 43 ans, Hill refuse de prendre sa retraite. En 1973, avec l’aide du cigarettier Embassy, il achète une Shadow DN1-Cosworth et fonde sa propre écurie de F1. Il ne marque aucun point.
La saison suivante, il fait fabriquer une nouvelle voiture par Lola, une T370-Cosworth DFV, et arrache son seul et unique point de la saison en Suède. Hill, maintenant âgé de 46 ans, s’obstine et fait concevoir sa voiture, la GH1-Cosworth, par Andy Smallman qui a quitté Lola. La GH-1 effectue ses débuts à Monaco et le pauvre Graham Hill ne parvient même pas à se qualifier, relégué à trois secondes de la pole position.
Après avoir disputé 175 Grands Prix, il met finalement un terme à sa carrière et confie la GH1 à un jeune pilote de talent, Tony Brise, qui réalise des exploits à son volant. Malheureusement, au retour d’une séance d’essais effectuée sur le circuit Paul-Ricard en France, l'avion Piper-Aztek piloté par Hill, qui n'avait pas renouvelé sa licence de pilote, s’écrase dans un brouillard épais près d’Elstree en Angleterre, à quelques kilomètres de son domicile. Hill, Brise et plusieurs mécanos de l’équipe perdent la vie dans cette tragédie, le 29 novembre 1975, soit il y a presque 50 ans jour pour jour.
Son jeune fils Damon, alors âgé de 15 ans, est très affecté par la mort tragique de son père. Bien qu’attiré par la musique rock et les motos, il va lui aussi courir en F1 et même devenir Champion du monde en 1996.
Graham Hill: De mécanicien à champion de F1 et vainqueur de l’Indy 500 et des 24 Heures du Mans
Mercredi 26 novembre 2025 par René FagnanCrédit photo: Galeron







