C’est par un temps frais, gris et brumeux que Sir Jackie Stewart a remporté la victoire au Grand Prix du Canada de 1972 présenté sur le circuit ontarien de Mosport Park près de Toronto.
Normalement, cette course aurait dû être présentée au circuit du Mont-Tremblant, car depuis sa création en 1967, notre Grand Prix national était tenu en alternance entre Mosport et Mont-Tremblant. Cependant, les pilotes ont jugé que le tracé des Laurentides n’était plus suffisamment sécuritaire pour accueillir les bolides de F1. De plus, une dispute avec les autorités sportives locales a planté le dernier clou dans le cercueil du Mont-Tremblant. Désormais, la F1 n’ira qu’à Mosport Park.
En ce week-end du 24 septembre, les amateurs canadiens sont un peu déçus, car la lutte au championnat du monde s’est réglée lors de la course précédente en Italie. Emerson Fittipaldi a gagné l’épreuve au volant de sa Lotus 72D-Ford et est devenu le plus jeune Champion du monde à 25 ans et huit mois. La bataille pour la place de vice-champion va se jouer entre Denny Hulme (McLaren, 31 points), Jackie Stewart (Tyrrell, 27 points) et Jacky Ickx (Ferrari, 25 points). Par contre, les spectateurs pourront encourager un pilote local, Bill Brack, qui est inscrit aux commandes d’une BRM P180 à moteur V12 de trois litres.
Comme ce fut le cas l’année précédente, la météo refuse de collaborer. Les averses se succèdent et transforment les campings situés autour de la piste de 3,957 km en des bourbiers peu hospitaliers. Les qualifications sont dominées par les McLaren M19C-Ford de Peter Revson et Denny Hulme. Ces deux pilotes connaissent bien le tracé de Mosport puisqu’ils y ont réalisé le doublé en série Can-Am l’année précédente.
Ronnie Peterson installe sa March 721G-Ford en troisième place sur la grille devant la Lotus de Fittipaldi et la Tyrrell 005-Ford de Stewart et la 006 de François Cevert. Bill Brack, qui a disputé le Grand Prix du Canada en 1968 et 1969 et qui connaît le tracé de Mosport Park comme le fond de sa poche, ne peut faire mieux qu’un temps de 1’17”9, à 4”3 de la pole position, ce qui lui donne la 23e place au départ sur 25 participants.
Le fameux micro-climat de Mosport
Dimanche, jour de la course prévue sur 80 tours, le temps est frais, le ciel est très gris et un épais brouillard enveloppe le circuit situé près du lac Ontario. Face à ces conditions, les organisateurs retardent l’heure du départ. Le brouillard se dissipe un peu et le drapeau donnant le signal du départ est agité à 16 heures.
Les McLaren démarrent lentement, surtout Hulme à cause d'une défaillance de son accélérateur. Peterson en profite pour les doubler et attaquer le virage 1 en première position, pourchassé par Stewart qui a lui aussi doublé les McLaren.
À la fin du premier tour, Peterson mène devant Stewart, Revson, Ickx et Fittipaldi. Durant le quatrième tour, Peterson rate quelque peu son freinage au virage 5A au bout du circuit, ce qui permet à Stewart de s’insérer à l’intérieur du virage 5B et de passer en tête. Pendant ce temps, Hulme est 12e et Brack occupe la 18e position.
Stewart maîtrise la situation et s’éloigne progressivement de ses rivaux. Sur la photo ci-dessus, on aperçoit Peter Revson, au volant de la McLaren No. 19, qui roule en quatrième position devant la Lotus de Fittipaldi.
Au 12e tour, Stewart possède déjà dix secondes d’avance sur Peterson, puis suivent Ickx et Revson. Soudain, il y a de l’agitation autour du circuit. Un jeune Niki Lauda, qui dispute son 12e Grand Prix en carrière, a immobilisé sa March 721G en panne en bordure de la piste. Max Mosley, patron de March, envoie des mécaniciens à son secours ; une assistance illégale. Une fois le problème résolu, Lauda reprend la piste, mais sera plus tard disqualifié par le drapeau noir.
Au 21e passage, Brack perd le contrôle de sa BRM qui échoue dans un bac à sable mou. L’Ontarien, qui roulait encore en 18e place, doit abandonner. En tête avec une priorité de 22 secondes sur Peterson, Stewart n’est pas inquiété et conserve un rythme stable.
Aux environs de la mi-course, Sir Jackie est toujours en tête avec plus d’une vingtaine de secondes d’avance sur Peterson, esseulé, puis vient un petit groupe formé de Revson, Fittipaldi et de Clay Regazzoni sur une Ferrari.
Au 55e tour, Peterson s’accroche avec la Brabham de Graham Hill qui accuse un tour de retard. Hill poursuit sa route, mais Peterson abandonne. Peu après, Revson et Fittipaldi (qui connaît des ennuis avec sa boîte de vitesses) se touchent, ce qui arrache un volet avant de la Lotus, forçant Fittipaldi à s’arrêter à son puits.
Stewart mène désormais devant Revson, Carlos Reutemann (Brabham BT37-Ford) et Hulme qui a effectué toute une remontée depuis la 13e place. Le moteur Cosworth DFV de la voiture de Reutemann coupe, car il n’y a presque plus d’essence dans le réservoir. Désirant à tout prix terminer la course, il lève le pied et accepte de se faire doubler par Hulme.
Jackie Stewart coupe l’arrivée bon premier avec une avance de 48 secondes sur Revson et 54 secondes sur Hulme. Sur un podium rudimentaire en bois, Stewart savoure sa 21e victoire en F1 en 85 Grands Prix disputés et accepte avec plaisir les 25 000$ offerts au gagnant.
24 septembre: Jackie Stewart gagne le GP du Canada en 1972, l’Ontarien Bill Brack, sur une BRM, abandonne
Jeudi 24 septembre 2026 par René FagnanCrédit photo: Galeron






