En 1982, Mario Andretti, 42 ans, court en série CART/IndyCar en Amérique du Nord pour le compte de l’écurie de Pat Patrick. À la fin de l’été, le téléphone de sa résidence à Nazareth en Pennsylvanie sonne. C’est la secrétaire d’Enzo Ferrari.
La prestigieuse Scuderia Ferrari est en pleine déroute. C’est la catastrophe. Gilles Villeneuve s’est tué à Zolder en Belgique et Didier Pironi s’est fracassé les deux jambes dans un épouvantable accident à Hockenheim. Ferrari a recruté Patrick Tambay pour succéder à Villeneuve, mais le Français souffre parfois d’une terrible hernie discale qui l’empêche de piloter une F1. Enzo Ferrari désire que son écurie termine la saison sur une note positive. D’autant que les organisateurs du Grand Prix d’Italie s’inquiètent de la baisse de la vente de billets. Il faut un électrochoc.
Andretti discute donc avec Enzo Ferrari au téléphone et conclut un accord facilité par le fait que le Grand Prix d’Italie, avant-dernière manche de la saison, n’entre pas en conflit de date avec une course de la série CART. Cependant, Andretti exige d’effectuer suffisamment d’essais avant la course, puisqu’il n’a jamais piloté une voiture de Formule 1 à effet de sol munie d’un puissant moteur turbo, car il a pris sa retraite de la F1 un an auparavant.
« Est-ce que j'ai accepté cette proposition pour rendre service à M. Ferrari ? Eh bien, oui, dans une certaine mesure. Mais c'était surtout pour me faire plaisir à moi ! Bon sang, qui pourrait bien dire non à Ferrari à Monza ? » de dire Andretti.
Dix jours avant la course, Andretti arrive à l’aéroport de Milan en provenance de New York sur un vol d’Alitalia. C’est une arrivée très méditisée, car Ferrari et les organisateurs de la course désirent créer un engouement sans précédent. Pour les tifosi, Andretti est un peu un enfant du pays. Il est né à Montona, parle italien, a disputé 17 Grands Prix avec Ferrari en 1971 et 1972 et a décroché la pole position lors de sa première course avec Ferrari ! Sachant que plusieurs journalistes et photographes l’attendent, Mario porte un chapeau Ferrari rouge à sa sortie de l’avion.
Andretti est traité en star et un chauffeur le conduit au circuit de Fiorano où l’attend Enzo Ferrari pour un repas de bienvenue. L’Américain fait ensuite mouler son siège dans ce qui sera sa Ferrari 126C2 à moteur V6 turbo. Il parcourt ensuite 87 tours du circuit d’essais de Fiorano avec à la clé, semble-t-il, un record du tour. La nouvelle est rendue publique et la vente de billets pour assister à la course à Monza s’emballe.
De plus en plus vite
Vendredi 10 septembre, Andretti réalise le 10e meilleur chrono lors de la première séance d’essais libres. Pour la première de deux séances de qualification, Andretti va découvrir en après-midi les pneus de qualification Goodyear, bon pour un seul tour à fond, et la pression maximale de suralimentation du moteur qui résulte en une puissance démentielle. Un peu gêné par le trafic, Mario signe le sixième meilleur temps tandis que son coéquipier, Patrick Tambay, place son nom en haut des feuilles de chronométrage.
Samedi matin, Andretti poursuit son travail de mise au point. Plutôt habitué à tourner uniquement à gauche sur les ovales depuis qu’il a quitté la F1 un an auparavant, il doit se réhabituer à tourner dans les deux directions sur ce circuit ultra rapide qui nécessite un bonne dose de courage.
La piste est plus rapide samedi après-midi et tout le monde sait que la grille de départ sera déterminée par les chronos de cette séance. Les concurrents utilisent leur premier train de pneus ultra tendres, sans que cela ne crée de grands bouleversements dans le classement. Puis, avec son second train de pneus, Tambay signe un temps de 1’28”830 qui le place en première position. Nelson Piquet s’élance et signe un chrono de 1’28’508 à bord de sa Brabham-BMW turbo. Riccardo Patrese, le coéquipier de Piquet, puis René Arnoux et Alain Prost, à bord de leurs Renault turbo, ne sont pas dans le coup.
Andretti, sanglé dans sa monoplace, attend qu’il y ait moins de voitures en piste. Avec seulement dix minutes à faire, l’ancien Champion du monde s’élance en piste avec la pression de suralimentation du moteur réglée au maximum et un train de pneus neufs.
La Ferrari rouge No. 28 vole sur la piste et ses échappements rendus oranges par la chaleur crachent du feu. Andretti négocie le deuxième virage Lesmo à fond. La Ferrari avale le long virage rapide Parabolica à une vitesse folle, franchit la ligne de chronométrage et le temps s’affiche : 1’28”473, un tour réalisé à la vitesse moyenne de 236,004 km/h. Andretti vient de signer la pole position. L'Autodromo di Monza entre en ébullition et réserve une ovation monstre à Andretti, véritable héros national.
« La voiture était incroyable. C'était comme être assis sur une caisse de dynamite. Elle produisait une puissance fantastique » avait affirmé Andretti après son exploit.
Au départ de la course dimanche, Andretti démarre bien, mais son moteur touche presque immédiatement le rupteur, ce qui lui fait perdre trois places. Il se bute ensuite à des soucis d’accélérateur. Il parvient à croiser l’arrivée en troisième position derrière Arnoux, le vainqueur, et Tambay, son équipier. Mario Andretti a parfaitement rempli son contrat.
11 septembre: Mario Andretti effectue une pige pour Ferrari et décroche la pole position à Monza !
Vendredi 11 septembre 2026 par René FagnanCrédit photo: Galeron






