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Histoire du circuit de St. Eugene, premier circuit routier “québécois”

Histoire du circuit de St. Eugene, premier circuit routier “québécois”

Mardi 11 janvier 2022 par René Fagnan
Crédit photo: Archives Canadian Motorsport Hall of Fame

Crédit photo: Archives Canadian Motorsport Hall of Fame

Nous poursuivons notre série d’articles qui traitent de l’histoire des circuits automobiles au Québec. Après les tracés de Trois-Rivières, du Mont-Tremblant, de Sanair, de Ste-Croix et du circuit Gilles-Villeneuve, voici celui de St. Eugene. Bien que physiquement situé en Ontario, le circuit de St. Eugene (et non pas St-Eugène) était considéré comme québécois par plusieurs coureurs à cause de sa proximité.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, plusieurs aérodromes militaires ont été construits à travers le monde. Soutenant la Grande-Bretagne dans son combat, le Canada, membre du Commonwealth britannique, n’échappa pas à cette règle et des dizaines d’aérodromes ont été érigés sur des terrains plats et faciles à repérer du haut des airs.

Un de ces aérodromes fut construit en 1940 tout près de St. Eugene, un village ontarien situé à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Rigaud. La frontière qui délimite l’Ontario du Québec n’était située qu’à un peu plus d’un kilomètre des pistes. Cet aérodrome était le “Elementary Flying Training School Number 13” (Centre d’entraînement de vol élémentaire No. 13) de l’armée canadienne. Puis, à la fin de la guerre, l’aérodrome fut renommé Connor Airport du nom du propriétaire du terrain, Doug Connor. Puis, en 1946, il fut déclassé comme installation de la Royal Air Force.

Au cours des années qui suivent, le sport automobile devient de plus en plus populaire au Québec et en Ontario. Plusieurs ingénieurs, spécialistes et usineurs de la société Canadair, basée à Cartierville au nord de Montréal, possèdent de belles voitures sport. Des professionnels de la région d’Ottawa, eux-aussi amateurs de belles voitures, cherchent un endroit pour y disputer des courses.

Une idée est lancée de tracer un circuit sur les pistes de l’aéroport de Cartierville, mais des tensions naissent rapidement à propos de ce projet. D’autres projets de circuits, notamment sur l’île Ste-Hélène et à St-Lambert, sont aussi refusés.

C’est alors que quelqu’un suggère - on voudrait bien savoir qui ! - d’imiter ce qui se fait en Grande-Bretagne et de transformer l’aérodrome de St. Eugene en circuit automobile. Au Royaume-Uni, au moins 42 anciens aérodromes militaires ont été convertis en circuits automobiles, les plus connus étant Silverstone, Thruxton, Snetterton et Goodwood.

Transformer l’aérodrome en circuit automobile était relativement facile et peu cher pour les organisateurs. Il suffisait d’installer quelques barils remplis de sable et des bottes de foin pour dessiner des virages et des chicanes, et ce, sans endommager le tarmac.

Le premier événement à y être présenté était prévu pour l’été 1957. Il s’agit de la première course automobile organisée par un club du Québec, le Laurentian Autosport Club de Montréal, qui fut fondé en 1953.

Au fur et à mesure que la date de l’événement approche (le 29 juin 1957), la météo devient maussade à cause de l’arrivée de l’ouragan “Audrey” qui s’apprête à balayer le Québec et l’Ontario. En dépit de la pluie et des vents forts, une foule estimée à 4000 personnes se rend à St. Eugene pour assister aux courses.

Le premier tracé, long de 2,09 km (1,3 mille) en forme de triangle, est d’une simplicité désarmante. Des clôtures à neige sont installées afin de retenir les spectateurs dans les zones désignées. Il pleut durant la journée de samedi et plusieurs compétiteurs effectuent des tête-à-queue sur les pistes glissantes.

Dimanche, la pluie a cessé et Stan McRoberts de Montréal, aux commandes d’une Jaguar XKSS, remporte l’épreuve réservée aux voitures sport de course de plus de 1500cc avec une avance de 47 secondes sur Dick Hamilton sur une MGA. Fait intéressant, c’est en fait le Torontois Hugh Sutherland qui a croisé l’arrivée en seconde place, mais qui fut pénalisé pour ne pas avoir respecté la procédure du départ de style “Le Mans”.

L’arrivée la plus serrée de la journée survient quand les MGA de Ross de St. Croix et de Frank Little ne sont séparée que d’une longueur de voiture.

Jerry Polivka de Toronto remporte la course de voitures sport de course de moins de 1500cc à bord de sa Lotus Mk IX, H. Hogan gagne la course de voitures sport de production sur une AC Ace, Francis Bradley domine la course des voitures de tourisme production et modifiées tandis que Hugh Sutherland prend sa revanche en gagnant la course de Formules Libres et Canada Class aux commandes de sa Austin-Healey.

La photo ci-dessus montre Jacques Couture en action à St. Eugene aux commandes de sa Witton Special à moteur Chevrolet construite à Roxboro. Plus tard, Couture est devenu l'instrcteur en chef de l'école de pilotage Jim Russell du Mont-Tremblant.

Quelques mois plus tard, lors du week-end de la fête du Travail, une seconde épreuve est tenue sur l’aéroport Connor et cette fois, la piste accueille 63 voitures de compétition et plus de 5000 spectateurs !

Au fil des ans, le tracé fut modifié, mais les infrastructures commencèrent à dépérir. Pire que tout, l’asphalte des pistes s’est mis à craqueler et à partir en morceaux. Des investissements majeurs étaient requis et les clubs n’avaient pas du tout l’argent nécessaire.

La construction du circuit du Mont-Tremblant à St-Jovite signala la fermeture définitive du circuit de St. Eugene au début de l’année 1964.

Il ne reste plus rien de cet aérodrome. La nature a repris ses droits. Des arbres matures y trônent et on ne trouve plus que quelques débris d’asphalte à certains endroits qui peuvent témoigner des courses enlevantes qui y furent tenues il n’y a pas si longtemps de cela.

Crédit photo: Dominic St-Jean / Archives Autocourse.ca