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27 août : Un premier Grand Prix F1 du Canada à Mosport perturbé par la pluie en 1967

27 août : Un premier Grand Prix F1 du Canada à Mosport perturbé par la pluie en 1967

Vendredi 27 août 2021 par René Fagnan
Crédit photo: Archives CTMP

Crédit photo: Archives CTMP

L’année 1967 fut celle des célébrations du centenaire du Canada et des événements commémoratifs furent organisés partout au pays. Il y a eu l’Expo 67 à Montréal. Les amateurs de Formule 1 eurent la joie et le plaisir d’assister au premier Grand Prix organisé sur notre territoire.

Au milieu des années 60, le circuit de Mosport Park, situé à une centaine de kilomètres à l’est de Toronto, existe déjà et un groupe de passionnés de sport automobile juge qu’il serait mémorable d’y tenir un premier Grand Prix pour y célébrer le 100e anniversaire du Canada.

Le groupe prépare un document de présentation et rencontre les dirigeants de la FIA. Deux problèmes se posent alors : le choix d’une date dans un calendrier déjà bien rempli et décider qui paiera les frais de déplacement des monoplaces entre l’Europe et le continent américain.

Pour la date, ça sera le 27 août, entre la présentation des Grands Prix d’Allemagne et d’Italie. Pour la facture, le Canadian Racing Drivers’ Association et Imperial Tobacco, commanditaire de l’événement, se chargeront de la payer.

Deux pilotes ontariens, Al Pease et Eppie Wietzes, parviennent à louer des voitures pour participer à l’épreuve. Avec le soutien financier de Castrol, Pease loue une Eagle T1F-Climax tandis que Wietzes, qui n’a rien piloté de plus puissant qu’une Ford GT40, obtient la troisième Lotus 49-Ford du Team Lotus.

Enfin sur place, les 19 pilotes inscrits découvrent le circuit de Mosport, un tracé rapide planté sur un vaste terrain vallonné. Avec ses virages aveugles et parfois en dévers, il requiert une bonne dose de courage, surtout qu’à cette époque, il offrait vraiment peu de dégagement et n’était bordé que des glissières simples.

Les deux Lotus officielles de Jim Clark et de Graham Hill semblent être très à l’aise sur le circuit ontarien et figurent parmi les plus rapides durant les essais libres. Clark inscrit ensuite la pole position, sa 30e en carrière, avec un temps de 1’22”4. Il devance son coéquipier, Graham Hill, la Brabham BT24-Repco de Denny Hulme, la Ferrari 312/67 de Chris Amon et l’EagleT1G Weslake de Dan Gurney.

Pease se qualifie en 16e place juste devant Wietzes. Les deux Canadiens sont plus lents de huit secondes que Clark ! Mais que dire de l’Américain Tom Jones (non, pas le chanteur…) qui, à bord de sa Cooper-Climax privée, n’a pu faire mieux qu’un chrono de 1’51”9, soit 29”5 secondes plus lent que Clark. Il faut préciser que la Cooper de Jones n’a presque pas roulé à cause d’ennuis électriques.

Mosport Park possède son propre microclimat, difficile à prévoir. Dimanche, jour de la course, des nuages noirs encerclent le circuit et déversent une succession d’averses.

Le drapeau du Canada est agité et le peloton se met en branle sur une piste rendue glissante comme une savonnette. Les pilotes n’y voient rien, aveuglés par un énorme nuage d’eau soulevé par les gros pneus arrière des F1. Clark boucle le premier tour en tête et la pluie s’intensifie.

Au quatrième tour, Hulme parvient à trouver l’ouverture et double Clark pour prendre la tête. Plus tard, Brabham double Hill pour la troisième place et commence à rattraper Clark. Entre temps, Bruce McLaren, qui a connu un très mauvais départ, double ses rivaux les uns après les autres. Il double Brabham, puis Clark pour occuper la seconde place au 22e tour.

Hulme est toujours en tête et la pluie cesse, La trajectoire sèche et McLaren perd une place, puis une autre, et une autre. Clark pilote comme un damné. Il comble son retard sur Hulme et le double au 28e tour. Sur la photo ci-dessus, on aperçoit Clark qui roule devant Hulme. C’est à ce moment que la pluie recommence à tomber.

Plusieurs concurrents effectuent des excursions dans le gazon sans trop de conséquences et reprennent la piste. Il pleut vraiment fort et au 67e passage, le moteur Cosworth DFV de la Lotus de Clark coupe soudainement, victime d’infiltration d’eau dans le circuit électrique. Clark s’arrête sur le circuit et tente de sécher l'allumage. Il repart, mais son moteur s’éteindra pour de bon quelques tours plus tard.

Jack Brabham double finalement Hulme pour la première place et l’écurie Brabham signe un doublé devant Dan Gurney qui termine avec un tour de retard.

Graham Hill se classe quatrième (à deux tours du vainqueur) devant Mike Spence (BRM) et Chris Amon, tous deux avec trois tours de retard. Victime de problèmes divers, Al Pease n’a pas couvert suffisamment de tours pour être classé. Son compatriote Eppie Wietzes occupait la 13e et dernière place quand son moteur Cosworth a stoppé net, noyé par l’eau. Il fut disqualifié pour avoir reçu de l’aide extérieure.

Ce premier Grand Prix du Canada ne devait être au départ qu’un événement unique pour célébrer le centenaire du Canada. La FIA n’avait pas l’intention de l’inclure au calendrier de la saison 1968. Mais les choses furent différentes, et les monoplaces de F1 revinrent au pays en 68, cette fois sur le circuit du Mont-Tremblant au Québec.