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29 septembre : Paul Tracy effectue l’essai d’une Benetton-Ford F1 aux côtés de Michael Schumacher !

29 septembre : Paul Tracy effectue l’essai d’une Benetton-Ford F1 aux côtés de Michael Schumacher !

Mercredi 29 septembre 2021 par René Fagnan
Crédit photo: René Fagnan

Crédit photo: René Fagnan

Retour en arrière à la fin de l’été 1994. Michael Schumacher, au volant de sa Benetton-Ford, a remporté sept victoires, mais est sous le coup d’une interdiction de courir pour une durée de deux épreuves après l’incident du drapeau noir survenu à Silverstone. En série CART (IndyCar), le pilote ontarien Paul Tracy connaît une bonne saison avec l’écurie Penske, mais il commet encore de grosses erreurs de pilotage et de jugement.

En cette fin d’été, le grand argentier de la F1, Bernie Ecclestone, tente d’enlever du lustre à la série CART, car au cours des dernières années, la F1 a perdu quelques bons acteurs au profit de la série américaine : Nigel Mansell, Nelson Piquet, Emerson Fittipaldi, Stefan Johansson, Eddie Cheever, Teo Fabi et d’autres. Et que dire de cet essai d’une Penske IndyCar effectué par Ayrton Senna à la fin de la saison 1993 ?

Ecclestone est donc très intéressé à voler un bon pilote de la série CART pour le placer dans une écurie de F1. Le Britannique dresse une courte de liste de pilotes potentiels sur laquelle figure Paul Tracy qui a couru en Formule 2000 britannique à ses débuts et qui est une vedette de la série CART, mais qui n’a jamais piloté une monoplace de F1.

Tracy accepte l’offre faite par Ecclestone pour enfin essayer une voiture de F1. Cette offre arrive à un très bon moment, parce qu’il sent la soupe devenir chaude chez Penske. Ses nombreux accidents, ses frasques et son attitude rebelle ne plaisent plus vraiment à Roger Penske et à ses collaborateurs. Tracy, c’est tout ou rien. Il est capable de superbes victoires comme des plus grosses bévues.

Le Torontois a droit à deux journées d’essais sur les quatre prévues sur le circuit d’Estoril juste après la tenue du Grand Prix du Portugal auquel ne participe pas Schumacher, sous le coup d’une interdiction.  Cependant, l’Allemand est sur place pour ces essais afin de préparer la fin de la saison 1994 et tester de nouveaux pneus Goodyear ultra tendres.

Tracy se rend au Portugal, assiste au Grand Prix dans les garages de l’écurie Benetton et observe le travail des deux pilotes, JJ Lehto et Jos Verstappen (oui, Jos, le père de Max). Durant le week-end, le flamboyant Flavio Briatore, directeur de l’écurie de F1 Benetton, demande à rencontrer Tracy dans son motorhome. « Avant de conduire la voiture, tu dois signer ce contrat » annonce l’Italien à Tracy. Ce dernier n’est pas avocat, mais comprend vite que sa signature fait de Briatore son agent d’affaires pour le reste de sa carrière sportive. Et cela, avec un très bon pourcentage de ses gains…

Tout de suite après la course, Briatore retourne chez lui en Italie par avion. Le lundi, Tracy, qui a parlé à son père Tony resté à Toronto, l’appelle et lui déclare qu’il ne veut pas signer ce contrat de gérance. Briatore rétorque : « Eh bien tu ne t’assoiras pas dans la voiture ».

Ne sachant que faire, Tracy appelle Bernie Ecclestone et lui explique l’affaire. Bernie répond « Juste un instant », et Tracy entend clairement qu’Ecclestone contacte Briatore avec un autre téléphone. Bernie hurle « Fais-le rouler !! » Moins d’une heure plus tard, Tracy faisait mouler son siège dans le garage Benetton.

L’heure du verdict

Tracy découvre enfin le circuit d’Estoril aux commandes d’une Benetton B194 à moteur V8 Ford EC Zetec-R. Schumacher roule régulièrement et teste le pneus Goodyear tandis que Tracy et Verstappen roulent en alternance, surtout en pneus usés.

À la fin de la seconde journée, vient enfin le moment crucial où les pilotes effectuent une simulation de qualification avec un train de pneus neufs. Il faut toujours prendre avec un (gros) grain de sel les chronos rapportés par les pilotes dans ces circonstances. Tracy clame avoir réussi un temps qui non seulement aurait été plus rapide que celui de Verstappen, mais qui lui aurait aussi procuré la quatrième place sur la grille de départ du Grand Prix du dimanche précédent.

C’est alors que les patrons de l’écurie Benetton proposent un contrat de trois ans à Tracy. Il y a toutefois un hic, car il ne s’agit pas d’un contrat de pilote régulier aux côtés de Schumacher. Le document ne parle que d’essais privés et ne donne aucune garantie de disputer des Grands Prix. Tout cela pour assez peu d’argent. Tracy décline l’offre, reprend l’avion et revient chez lui à Toronto.

Avec l’aide de son père Tony, Paul Tracy parvient à rendre caduque son contrat avec Penske. Puis, il décline l’offre faite par Benetton et accepte la proposition que lui fait l’écurie Newman-Haas. Penske le payait un salaire ridiculement bas de 100 000$ par année tandis que Newman-Haas lui offre 1,5$ million pour la saison 1995 !

L’expérience du bouillant Tracy au volant de la Benetton F1 n’a duré que quelques dizaines de tours et, fait étonnant, elle n’a pas laissé un souvenir vraiment impérissable dans sa mémoire. À croire qu’une frêle monoplace de F1 n’était pas faite pour lui et son style de pilotage agressif et brutal.