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Création du “Volant québécois” en 1975, ancêtre des autres séries monotypes canadiennes en circuit routier

Création du “Volant québécois” en 1975, ancêtre des autres séries monotypes canadiennes en circuit routier

Vendredi 20 août 2021 par René Fagnan
Crédit photo: Archives Richard Tétreault

Crédit photo: Archives Richard Tétreault

La Coupe Nissan Sentra, qui a débuté cette année en remplacement de la Coupe Nissan Micra, est d'une certaine manière l’héritière de la première série réservée à des voitures identiques organisée au Canada il y a près de 45 ans de cela.

Avant le milieu des années 70, la course automobile canadienne en circuit routier était, soyons honnêtes, l’affaire de gens riches, souvent des anglophones de Montréal, Ottawa et Toronto qui couraient surtout pour se faire plaisir. Les catégories ratissant très larges, les courses n’étaient pas toujours gagnées par les pilotes les plus talentueux, mais pas ceux qui disposaient de beaucoup d’argent et pouvaient s’acheter les meilleures voitures propulsées par les moteurs les plus puissants.

C’est à ce même moment qu’un jeune pilote de Berthierville, Gilles Villeneuve, commençait à faire parler de lui avec ses succès en courses de motoneiges, en Formule Ford et en Formule Atlantique. La Formule 1 et Ferrari n’étaient pas encore d’actualité, mais Villeneuve démontrait qu’avec beaucoup de talent et de détermination, on pouvait aller loin.

À cette époque, le sport automobile amateur traverse une période difficile. Le coûts de participation deviennent assez élevés, les grilles de départ fondent comme neige au soleil et les voitures de course ne sont plus très récentes et sont de performances très inégales. Il faut vite donner un coup de barre à notre sport favori afin d’intéresser les spectateurs à venir assister aux événements et aider à trouver le prochain Gilles Villeneuve.

L’idée de créer un championnat monotype, c’est-à-dire mettant en vedette des voitures identiques, jonglait dans l’esprit de plusieurs passionnés, mais il pour passer du rêve à la réalité, il fallait y mettre des efforts. Beaucoup d’efforts…

Retour en 1975 quand deux personnages majeurs de l’ACAM, l’Association des coureurs automobiles de Montréal, Michel Guilbault et Steve Pelletier, décident de prendre les choses en main et prévoient effectuer un sondage en octobre auprès des coureurs pour juger de leur intérêt envers une série monotype au Québec où tous les participants seraient sur un pied d’égalité.

Les choses s’accélèrent en août lors d’une course organisée sur le circuit de Mosport en Ontario. Gilles Bourcier, journaliste au journal "Montréal-Matin" et qui revient d’Europe où il a assisté à des courses, et Steve Pelletier se sont réfugiés à l'intérieur d'une camionnette à l'abri d'une pluie intense. Ils discutent d'un tel projet de série monotype et décident de s’en occuper. Bourcier a vu la Coupe Renault 5 en action en France et a été séduit par le concept.

En septembre, un comité organisateur est créé, dirigé par Bourcier, Guilbault et Pelletier. Le groupe signale à la Fédération Auto-Québec et aux clubs affiliés son intention de créer une série monotype appelée “Le Volant québécois” dès 1976. Puis, un sondage est envoyé à quelque 750 licenciés de sports mécaniques. Soixante-quinze pourcent les répondants indiquent être favorables à un tel championnat.

Quelle voiture choisir ?

Débute un travail titanesque pour les organisateurs. Il faut rédiger un document de présentation et un appel d’offres qui sera envoyé à 11 manufacturiers automobiles représentés au pays pour l’utilisation de 17 modèles différents de voitures. Puis, c’est la chasse aux commanditaires et fournisseurs, l’élaboration d’un calendrier et aussi les négociations avec la fédération, les clubs et les circuits.

Les organisateurs désirent attirer des compétiteurs de plusieurs disciplines afin que le Volant québécois consacre, en quelque sorte, le meilleur pilote toutes catégories confondues. Ainsi, les meilleurs pilotes de circuit routier, motoneige, accélération, stock-car, courses sur glace, rallye et solo sont invités à participer.

Le 30 janvier 1976, Canadian Honda Motor Ltée est choisi pour fournir des Civic aux compétiteurs. Il faut ici mentionner le lobbying effectué par Kuno Wittmer père auprès des responsables du marketing de Honda Canada, Ralph Luciw et Ross Robinson. La petit Civic venait d’arriver sur le marché canadien et possédait déjà une solide réputation au niveau de la solidité et de la fiabilité.

Honda Canada s'engageait à fournir au moins une centaine de voitures pour les saisons sportives de 1976 et 1977. Les voitures étaient offertes à rabais pour les compétiteurs et étaient préparées dans les ateliers d'un concessionnaire. Les Civic n'étaient remises aux compétiteurs qu'après la pose des scellés sur les principaux organes de la voiture.

Les Civic devaient être chaussées de pneus de même marque, de même type et de même dimension. L’échappement devait aussi être monotype. Les compétiteurs étaient libres d’identifier les commanditaires aux endroits prescrits, de choisir la couleur de la voiture, le volant, l'agencement du pédalier, d’ajouter des jauges et des cadrans, d’ajuster l'angle du levier de vitesses et quelques autres détails. Les pilotes dont le poids était inférieur à la moyenne de 160 livres devaient ajouter du lest dans la voiture, mais sans préciser où.

Honda allait aussi offrir des prix et bourses totalisant plus de 7000$ en fin de saison, soit 3250$ à partager entre les trois premiers, et trois motocyclettes aux trois premiers pilotes novices. De plus, la compagnie allait offrir des bourses à l'occasion de plusieurs courses durant la saison.

Les pilotes étaient divisés en deux groupes déterminés en fonction de leur expérience en course automobile. Ainsi la classe "Élite" regroupait les vétérans de la compétition, les athlètes de pointe et les compétiteurs des différentes classes alors que la classe "Espoir" accueillait les recrues, amateurs de course automobile et passionnés.

Le lancement de la série fut effectué le 11 mars 1976 à l’hôtel Bonaventure à Montréal. Le calendrier initial du Volant québécois prévoyait sept épreuves présentées sur des circuits routiers en plus d’essais en rallye, solo, course de côte et mini stock-car, mais cela changea avant le début de la saison inaugurale.

La première course du Volant québécois fut une épreuve hors-championnat disputée le 23 mai 1976 sur le circuit Mont-Tremblant. C’est Jacques Villeneuve, le frère de Gilles, qui remporta la victoire au bout de 15 tours devant Robert Joy, Richard Spénard, le Dr Marc Dancose, Patrik Wittmer et Jean Beaulieu, parti de la pole position.

Après avoir vécue durant deux saisons sous l’appellation Volant québécois, la série s’est ensuite appelée Honda BFGoodrich. Puis, Michelin a pris le relais et ce premier championnat canadien pour voitures compactes monotypes a existé jusqu’en 2006.

Un grand merci à Junior Tétrault, le fils de Richard Tétrault, un des concurrents du Volant québécois, pour la documentation et les photos d’époque.

Crédit photo: Archives Richard Tétreault