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28 mai : Jacques Villeneuve raconte sa victoire historique au Indy 500 en 1995

28 mai : Jacques Villeneuve raconte sa victoire historique au Indy 500 en 1995

Vendredi 28 mai 2021 par René Fagnan
Crédit photo: Indianapolis Motor Speedway

Crédit photo: Indianapolis Motor Speedway

Tous les amateurs de sport automobile au pays, ou presque, savent que Jacques Villeneuve, le fils de Gilles, a remporté la victoire aux 500 milles d’Indianapolis en 1995.

Il faut toutefois savoir que cette victoire n’a pas été facilement acquise par "Villeneuve junior". Cette course éprouvante a été beaucoup plus qu’une simple balade pour le jeune homme de 24 ans qui n’avait piloté que des monoplaces de Formule 3 et de Formule Atlantique auparavant.

Villeneuve aimait les super ovales négociés à très haute vitesse avec peu d’appui aérodynamique. En 1994, à sa première saison en série IndyCar, il s’était classé deuxième aux 500 milles d’Indianapolis derrière l’intouchable Penske-Mercedes d’Al Unser Jr.

En 1995, Jacques pilote une Reynard 95I à moteur Ford Cosworth pour l’équipe Player’s des frères Barry et Kim Green. Malgré les conséquences d’un gros crash survenu avant les qualifications, Villeneuve réalise le cinquième temps, ce qui lui fait prendre le départ depuis le milieu de la seconde rangée.

Son ingénieur de piste, Tony Cicale, et Ken Deagle, son ingénieur motoriste Ford Cosworth, lui font faire une première partie de la course en mode économie de carburant. Il évite habilement les accidents et l’écurie décide de ne pas le faire ravitailler lors d’une neutralisation survenue au 38ème tour, ce qui le place en première position.

La voiture de tête prend la piste lors de ce jaune, mais il semble que l’officiel qui occupe le siège de droite ne donne pas des instructions claires à Villeneuve. Ce dernier, dans la confusion, hésite et double la voiture de tête non pas à une, mais à deux reprises. Les officiels lui infligent une pénalité de deux tours.

Jacques nous a raconté sa course à l’occasion d’une rencontre lors d’un Grand Prix de F1. « À ce moment-là, lors du drapeau jaune, la situation était assez chaotique, car personne ne savait vraiment qui menait la course. Ça m’a rendu furieux. J’étais réellement enragé, car il s’agissait d’une erreur stupide qui aurait pu être facilement évitable. Le conducteur de la voiture de tête ne m’a jamais empêché de le doubler. C’était inimaginable de foutre en l’air un Indy 500 de cette façon » de dire Villeneuve.

Villeneuve a donc écopé de cette dure pénalité, mais il restait quelque chose comme 140 tours à parcourir. « Personne n’a paniqué dans l’équipe. Tout le monde est demeuré calme. Barry [Green| et Tony [Cicale] ont rappelé par radio à l’équipe que c’était une très longue course et que tout pouvait arriver. J’avais une confiance absolue en eux. Et c’est pour cette raison que j’ai commencé à prendre des risques. Ma course tranquille s’est transformée en des séries de tours de qualification; un truc que l’on ne fait jamais à Indy. Chaque cinq ou dix tours, je regardais la colonne qui affiche les positions et je constatais que je remontais le peloton » ajoute-t-il.

« Pour la course, Goodyear [le manufacturier de pneus, pas le pilote canadien...] avait apporté des pneus expérimentaux qui n’avaient pas été essayés auparavant. Nous devions les utiliser en fin de course, mais à cause de la pénalité, nous avons changé nos plans. Nous les avons fait monter sur la voiture dès que j’ai eu la pénalité. Ils étaient aussi adhérents que des pneus de qualification ! Ils avaient un grip incroyable qui me permettait de rouler très près des autres dans le trafic. L’équilibre de la voiture était toujours parfait, même si je roulais à plus de 225 m/h. Aujourd’hui, vous ne verriez jamais un manufacturier de pneus permettre à une voiture de rouler avec des pneus jamais testés, et surtout pas à Indianapolis ! »

« Mon autre avantage était de consommer peu de carburant. Chacun de mes relais était plus long de deux ou trois tours que mes rivaux. J’avais aussi un sixième rapport que j’utilisais quand je prenais l’aspiration d’autres voitures afin d’économiser du carburant et être moins dur sur le moteur. Je ne voulais surtout pas qu’il explose à cinq tours de la fin... Régulièrement, je demandais à Ken [Deagle] si ma consommation d’essence était bonne et il me répondait "Oui, ok, parfaite" »

Au 156ème tour, Jacques réussit à reprendre la tête de la course. Au 163ème tour, il commence à emprunter la ligne des puits, mais les feux jaunes s’illuminent en même temps. Il a le réflexe de revenir en piste et vite ainsi d’entrer dans les puits qui se ferment à ce moment, ce qui lui aurait valu une autre pénalité.

Un sac de plastique aurait pu lui coûter la victoire

Jacques a aussi connu deux moments, disons, palpitants. « À un moment, mes pneus étaient usés à la corde. J’ai perdu le contrôle de ma voiture dans le virage 2. Elle a dérapé de côté et elle s’en allait directement vers le mur de béton à près de 200 milles à l’heure. J’ai conservé la même pression sur l’accélérateur et j’ai tourné le volant dans tous les sens et la voiture s’est remise en ligne droite à environ 30 cm du mur. J’ai bien cru que ma course s’arrêtait là. Disons que ça m’a calmé un peu... »

« Plus tard durant la course, un sac de plastique s’est enroulé autour de l’antenne radio juste devant mes yeux. C’était pas mal énervant. J’ai profité d’une neutralisation pour tenter de l’enlever, mais mes bras étaient trop courts. J’ai alors desserré mon harnais de sécurité pour pouvoir me pencher vers l’avant. En m’avançant, je me suis soudainement souvenu que j’avais coupé un bon bout de mes ceintures pour éviter qu’elles battent au vent à haute vitesse. J’ai retiré le sac et constaté qu’il ne restait qu’un pouce (deux centimètres) de ceinture encore dans la boucle. Si j’avais tiré juste un petit peu plus, le brin de la ceinture serait sorti de la boucle et j’aurais dû m’arrêter aux puits pour tout faire remettre en place...»

Une dernière neutralisation survient au 184ème tour sur 200. Sous les jaunes, Scott Goodyear [le pilote canadien cette fois...] occupe en tête devant Villeneuve. Ce dernier va alors jouer de psychologie pour énerver son rival.

« Je me suis dit "Bon, ok. Je vais terminer deuxième une seconde fois en deux ans. C’est pas mal". Et puis soudainement j’ai changé d’idée » relate Villeneuve. « Je savais que Goodyear était nettement plus rapide que moi [grâce à son moteur Honda], mais j’ai décidé de lui mettre une pression intense. Je me suis mis à l’agacer. Tandis que nous roulions derrière la voiture de sécurité, je me suis porté à sa hauteur, puis j’ai beaucoup ralenti, puis accéléré de nouveau. Je me pointais à sa droite, puis à sa gauche. Puis, les feux de la voiture de sécurité se sont éteints, mais elle roulait toujours sur la piste. Goodyear a accéléré comme une fusée et a doublé la voiture de sécurité. Moi, j’ai sauté sur les freins. Je ne voulais surtout pas me faire prendre une autre fois... Le règlement est très clair : ne jamais doubler la voiture de sécurité. Si les officiels m’avaient pénalisé pour l’avoir fait, j’espérais qu’ils allaient aussi le faire dans son cas. Et ç’a fonctionné. J’ai joué gros et j’ai gagné. Ce fut une course très difficile et cela rendit la victoire encore plus belle.»

Scott Goodyear fut en effet pénalisé et les officiels lui montrèrent le drapeau noir l’intimant de rentrer aux puits. Devant son refus d’obtempérer, la direction de course décida de ne plus l’inscrire au tableau des positions, propulsant du fait Jacques Villeneuve en première place. Le Québécois remporta ainsi les 505 milles d’Indianapolis !