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9 octobre : Victoire de la Wolf WR1 canadienne au GP du Canada à Mosport !

9 octobre : Victoire de la Wolf WR1 canadienne au GP du Canada à Mosport !

Vendredi 9 octobre 2020 par René Fagnan

Le 9 octobre 1977, le pilote Sud-Africain Jody Scheckter a conduit la sublime et élégante Wolf WR1 à la victoire au Grand Prix du Canada disputé sur le circuit de Mosport Park en Ontario.

Fait inusité, ce constructeur de Formule 1 n’était même pas connu au début de la saison ! L’écurie Wolf fut l’œuvre d’un émigré, Walter Wolf, qui a quitté son Autriche natale peu après la guerre pour s’établir au Canada. Sans un sou en poche, il a travaillé dur, économisé, investit et au bout de plusieurs années, il a fait fortune à titre de fournisseur d’équipement lourd destiné au forage pétrolier en mer.   

Passionné de belles voitures et par le sport automobile en général, Walter Wolf entre en F1 en 1976 en devenant le partenaire de Frank Williams. Après une seule saison de misère sans résultat, Wolf redonne sa liberté à Williams qui fonde sa propre écurie de F1.

Walter Wolf crée aussi la sienne, Walter Wolf Racing ; équipe à licence canadienne, mais basée à Reading au Royaume-Uni. Il débauche Peter Warr de chez Lotus et lui confie la tâche de gestionnaire, et recrute le Dr Harvey Postlethwaite pour concevoir la voiture.

Avec un budget décent, Postlethwaite dessine une petite voiture simple, légère et facile à entretenir, la WR1. Son châssis est composé de pièces en aluminium et en titane. Le moteur est bien connu, car il s’agit du Ford Cosworth DFV atmosphérique de trois litres, puissant, fiable et économe en carburant. Les pneus sont des Goodyear.

La décoration, d’un bleu nuit agrémenté de parements dorés, est sublime. D’une beauté et d’une finesse remarquables, la WR1 n’a passé, selon les informations disponibles, que 11 heures dans la soufflerie MIRA au Royaume-Uni ! Elle génère juste assez d’appui aérodynamique, mais surtout très peu de traînée, ce qui la rend rapide dans les lignes droites. Quatre voitures sont produites durant la saison 1977 - WR1, 2, 3 et 4, mais seuls les trois premiers exemplaires courront en 1977.

La WR1 remporte la victoire dès son premier Grand Prix disputé en Argentine. Il y faisait extrêmement chaud et l’essence avait tendance à se vaporiser, ce qui faisait couper le moteur par intermittence. Postlethwaite eut l’idée de déplacer la pompe à essence vers l’arrière de la monoplace afin qu’elle soit mieux refroidie, Ç’a fonctionné et Scheckter a gagné la course.

Victoire canadienne au Canada

La WR1 remporte une seconde victoire dans les rues sinueuses de la Principauté de Monaco quand Scheckter domine la course de bout en bout. En arrivant sur le tracé de Mosport Park en Ontario pour le Grand Prix du Canada en octobre, Scheckter figure en troisième place au championnat des pilotes derrière Niki Lauda et Mario Andretti.

Le circuit de Mosport est en mauvais état. Bosselé, sans grand dégagement, l’inspection fait même apparaître des rails de sécurité mal fixés et des grillages de protection manquants. Bernie Ecclestone, fâché, avise que la F1 n’y remettra plus les pieds.

Durant les essais, la Hesketh de Ian Ashley décolle sur la bosse située sur la longue ligne droite. La voiture effectue des pirouettes dans les airs, quitte la piste et fracasse une tour de télévision haute de 10 mètres. Ashley est évacué à l’hôpital avec les jambes et les poignets fracturés. Un miraculé.

Andretti installe sa Lotus 78-Ford en pole position devant la McLaren M26-Ford de James Hunt, la Tyrrell P34-Ford de Ronnie Peterson et l’autre Lotus de Gunnar Nilsson. Jody Scheckter est neuvième sur la Wolf tandis que Gilles Villeneuve, qui effectue ses débuts chez Ferrari, est 17e à bord d’une 312 T2.

La course se résume rapidement à une lutte féroce mettant aux prises Andretti et Hunt, deux rivaux qui ne s’apprécient pas beaucoup. Ils roulent si vite qu’au 53e passage, ils prennent un tour à Scheckter qui est quatrième, et quelques boucles plus tard, ils s’apprêtent à faire subir le même sort à Jochen Mass, équipier de Hunt et qui occupe le troisième rang.

Les trois voitures roulent ensemble. Mass gène un peu Andretti et Hunt en profite pour se faufiler en tête. Hunt croit que son équipier va poliment lui laisser le passage et plonge à l'extérieur. Mais Mass ne l'a pas aperçu et les deux McLaren se touchent. La voiture de Mass part en tête-à-queue tandis que celle de Hunt percute le rail de face, forçant le Britannique à l’abandon.

Andretti conserve la commande de la course et mène avec un tour d’avance sur Scheckter. Un énorme coup de théâtre survient à trois boucles de l’arrivée quand le moteur Cosworth expérimental de la Lotus d’Andretti explose ! Scheckter hérite de la première place et croise l’arrivée en vainqueur avec 6”7 d’avance sur Patrick Depailler (Tyrrell) et 15”7 sur Mass.

Walter Wolf est aux anges : sa voiture, qui arbore fièrement le drapeau canadien, s’est imposée au Grand Prix du Canada. « Bien que basée au Royaume-Uni, il s’agissait bien d’une écurie de F1 canadienne. J’avais fait placer le drapeau canadien sur la voiture » m’a confié Walter Wolf il y a de cela quelques années lors d’une rare interview.

« J’étais très fier, car j’étais le seul individu à faire vivre une écurie qui a remporté le Grand Prix de Monaco. Avec une seule voiture, mon équipe s’est classée quatrième au championnat du monde des constructeurs et Jody [Scheckter] a terminé deuxième au championnat des pilotes. Ça ne s’était jamais fait avec une équipe toute nouvelle. »

Wolf a aussi ajouté : « J’ai créé Walter Wolf Engineering, puis nous avons mis sur pied l’écurie de course. Gian Paolo Dallara a été d’une aide précieuse et il a travaillé aux côtés de Harvey Postlethwaite, Patrick Head et Adrian Newey sur la conception et le développement de la Wolf WR1 qui fut une grande réussite. Nous avons écrit une page d’histoire en remportant la victoire dès notre premier Grand Prix. Nous étions une petite équipe privée, sans commanditaire extérieur. Ce fut une époque formidable » de me confier Wolf.