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1981 : Jacques Villeneuve rate sa qualification sur une Arrows F1 au GP du Canada

1981 : Jacques Villeneuve rate sa qualification sur une Arrows F1 au GP du Canada

Mardi 6 octobre 2020 par René Fagnan
Crédit photo: Musée Gilles-Villeneuve

Crédit photo: Musée Gilles-Villeneuve

C’est à l’automne 1981 que Jacques Villeneuve, le frère de Gilles, a vécu son premier week-end de Grand Prix de Formule 1 à l’occasion de la manche canadienne présentée à Montréal.

Ce qui semblait être au début une expérience formidable a cependant vite tourné en chemin de croix. Jacques s’est vite rendu compte que l’Arrows était une des pires voitures de F1 de cette saison-là.

Pourtant, l’année 1981 commence de façon positive pour l’écurie Arrows avec Riccardo Patrese qui récolte une troisième place au Brésil puis une seconde position à San Marino. Mais à partir de la Grande-Bretagne, les deux Arrows A3 ne sont plus chaussées de pneus Michelin, mais par des Pirelli. Du coup, les voitures deviennent beaucoup plus pointues à piloter.

Si Patrese s’en sort pas trop mal, son coéquipier, le pauvre Siegfried Stohr, inexpérimenté et qui n’a pas droit aux dernières modifications sur son bolide, accumule les accidents, les non-qualifications et les bris mécaniques.

En fin de saison, Gaston Parent le gérant de Jacques Villeneuve, contacte les responsables de l'écurie Arrows et leur propose les services du Québécois pour les deux dernières épreuves, présentées à Montréal et à Las Vegas. Après avoir encaissé le chèque expédié par Parent, Alan Rees, le manager de l’écurie, convie le Québécois à effectuer un essai de la voiture sur le circuit de Donington au Royaume-Uni.

« Je n’avais aucune idée du tracé. J’ai demandé un dessin de la piste à [Riccardo] Patrese et Alan Rees, mais ils n’en avaient pas [nous sommes en 1981, bien avant l’ère de l’internet !]. On m’a sanglé dans la voiture et tout ce que je savais est que le premier virage tournait à droite... » racontait Jacques à cette époque.

Villeneuve apprend la piste au fil des tours et commence à pousser un peu plus. « J’ai vite trouvé la voiture dure à conduire. Les suspensions étaient très rigides et l’accélérateur était très dur à enfoncer. J’ai fait une vingtaine de tours et j’ai commencé à attaquer. J’ai bien senti un sousvirage en entrée de virage et du survirage en sortie. La puissance du Cosworth ? Bof. La Ford Mustang de Gilles [son frère] tirait plus que ça ! »

Avec des gommes dures, Villeneuve aurait réalisé un temps de 1”03”8 tandis que Patrese aurait fait un 1’01”3, Eddie Cheever 1’01”5 et Rosberg (Keke, pas Nico!) 1’02”5. Ces chronos, fournis par Jacques à l’époque, sont toutefois invérifiables.

Villeneuve hérite de la plus mauvaise voiture

L’écurie Arrows dispose de trois voitures à Montréal : une pour Patrese et une de rechange qui disposent toutes deux d’une nouvelle suspension arrière, d’une transmission modifiée et d’une barre antiroulis plus grosse. La troisième voiture est la A3B/3 non modifiée pour Jacques. La voiture de Patrese dispose en plus d’un moteur Cosworth DFV fraîchement révisé.

Cette fin de semaine-là, Jacques décide de courir aussi en Formule Atlantique même s’il a été sacré champion de cette série pour une seconde fois lors de la course précédente à Trois-Rivières. Cette décision ne plaît pas beaucoup aux dirigeants d’Arrows qui jugent que Jacques ne sera pas concentré à 100% sur l’apprentissage de la F1. 

Vendredi matin, durant des essais de Formule Atlantique, Jacques effectue un tête-à-queue et écrase sa March 81A contre un mur de béton. La monoplace sera réparée, mais pas parfaitement. Il devra se contenter de la huitième place en qualification.

Quelques minutes pas tard, Jacques saute dans le baquet de l’Arrows et dispute les premiers essais libres sans trop de problèmes. Il doit aussi vite comprendre le comportement des différentes gommes des pneus Pirelli.

Lors de la première séance de qualification du vendredi, il signe un temps de 1’36”720. « On roule très peu en F1. On passe beaucoup de temps immobilisé dans les puits pour faire effectuer des changements » a-t-il raconté à ce moment. « En qualification, on sort deux fois cinq minutes avec des pneus tendres. C’est tout. Moi, j’aime mieux rouler longtemps et faire plusieurs tours d’affilée. Je me suis faire surprendre deux fois avec les pneus de qualification et j’ai effectué des tête-à-queue. Je sousvirais, alors on a monté un gros aileron à l’avant. La voiture est devenue horrible à conduire. Dans le virage rapide après les puits, l’arrière voulait passer devant. »

Jacques espère et croit que les choses iront mieux pour lui samedi. Ce n’est pas du tout le cas. La voiture ne tient toujours pas la route. « Je monte sur les freins, elle ne ralenti pas. J’accélère, elle n’accélère pas et je me traîne en ligne droite. Je tourne le volant et elle sousvire atrocement » expliquait-il.

Avant la seconde séance de qualification, l’équipe lui confirme qu’il pourra rouler au volant du mulet, mais pas avant que Patrese ait passé ses deux trains de pneus tendres. Il ne reste que 30 minutes à faire dans la séance d’une heure quand l’équipe daigne inviter Villeneuve à prendre le volant du mulet.

« Le temps que les mécaniciens adaptent la voiture à mes dimensions, on était déjà rendu à la moitié de la dernière séance de qualification » poursuit-il. « J’ai fait deux tours, passé un train de pneus tendres et j’ai trouvé la voiture beaucoup trop rigide. Je me faisais secouer violemment. Elle pointait mieux dans les virages, mais elle était hyper dure. Elle possédait des ressorts de 3500 livres* à l’avant alors que mon autre voiture avait des ressorts de seulement 1200 livres. L’équipe a alors monté des ressorts de 2900 livres, mais juste à l’avant. L’arrière est resté sur les ressorts de 3500 livres. Alors la voiture a encore plus sousviré. Je n’ai même pas eu le temps de passer mon second train de pneus tendres. J’étais deux secondes plus lent que vendredi [avec un temps de 1’38”308].

Le dernier pilote qualifié fut Eliseo Salazar qui avait réalisé un chrono de 1’33”848 aux commandes sa Ensign N180B. Six pilotes furent non-qualifiés et ne prirent pas le départ de la course dimanche. Jacques fut moyennement déçu de son expérience. « Gilles [son frère] m’a suivi durant un moment et m’a dit que c’était peine perdue. Mon moteur ne valait rien et ma voiture n’avançait pas.»

Deux semaines plus tard, toujours au volant de la désastreuse Arrows A3B/3, Jacques Villeneuve ratait à nouveau sa qualification lors du Grand Prix du Caesar’s Palace à Las Vegas.


*Il s’agit de la raideur d’un ressort. Dans ce cas-ci, il faut appliquer un poids de 3500 livres (soit 1590 kg) afin de compresser le ressort d’un pouce (2,54 cm).