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Rencontre Éric Courchesne (partie 2) : Les projets et l’avenir du rallye…

Rencontre Éric Courchesne (partie 2) : Les projets et l’avenir du rallye…

Dimanche 19 avril 2020 par Philippe Laprise
Crédit photo: Marie-Lyse Tremblay

Crédit photo: Marie-Lyse Tremblay

Suite de l’entrevue avec Éric Courchesne, pilote et préparateur en rallye…

Éric, peux-tu nous parler de la voiture que tu as en préparation actuellement ?

Au Québec, il n’y a pas beaucoup de pilotes qui donnent un mandat pour se faire préparer une voiture de rallye. J’ai des idées pour préparer une auto, et je ne voulais pas attendre qu’un client me le demande. Donc je prépare une Fiesta RS actuellement. J’ai toujours aimé le look de cette auto, que ce soit en R5 ou en WRC. Et un autre incitatif est la facilité d’avoir le kit de carrosserie, et aussi mon historique avec Ford. J’ai eu du succès avec les Ford que j’ai utilisé en rallye. Je voulais aussi être différent, ne pas préparer une autre Subaru… Les morceaux étaient en place pour que je me lance dans cette aventure. J’avais déjà une mécanique de Focus RS disponible, et depuis l'aventure Oreca R4, je m’intéresse à ce projet. Je suis client chez Oreca depuis plusieurs années, j’ai aidé à faire connaître la marque au Québec, j’ai installé et vendu plusieurs sièges de course de cette marque. Maintenant que la relation est établie, Oreca a accepté de me vendre certaines pièces complémentaires aux R4. Oreca, en France, a développé un kit R4 qui est la base, mais aussi des pièces complémentaires pour finir la préparation de la voiture. Des pièces qui sont libres selon le règlement, mais tout de même offertes aux clients Oreca comme le pédalier, repose-pieds, amortisseurs, radiateur par exemple. J’ai aussi choisi un arceau qui est approuvé FIA. Je dessine mes pièces sur SolidWorks, je les imprime en 3D, je continue à parfaire mon art, mais en utilisant des technologies nouvelles. Ça me permet aussi de garder mon père autour de l’équipe, qui s’occupe du prototypage rapide. Pour la transmission, mon intention première était d’utiliser un groupe propulseur d’origine, pour réduire les coûts d’entretien. La transmission de Focus RS est solide et récente, mais les rapports sont un peu longs. Il y a Quaife qui offre dans son catalogue, depuis 2017, les internes d’une boîte séquentielle 5 vitesses pour installer dans le boîtier d’origine. Le prix était raisonnable, mais elle n’est toujours pas disponible. Il y a aussi le problème du pont arrière qui surmultiplie la vitesse par rapport aux roues avant. Il faut donc toujours laisser un glissement dans le différentiel arrière et ça surchauffe rapidement. Ça m’amène à un pont arrière de course, ou encore de type Haldex. C’est un volet qui va demander du développement. 

Quand voudrais-tu faire un premier rallye avec cette auto ?

Ces temps-ci, c’est plus difficile de faire des prédictions ! J’aurais aimé que Baie-Des-Chaleurs soit son premier, mais il faut maintenant penser au Défi, en septembre. Il faut aussi regarder le budget, selon ce qui sera disponible vu la situation actuelle dans le monde. 

Ultimement, est-ce que tu prépares la voiture pour la piloter toi-même ou c’est pour un client ?

Il y a plusieurs options. C’est certain que je vais la conduire. Avant de se présenter à un rallye, je veux qu’on la teste complètement. Mais je ne crois pas que c’est moi qui vais atteindre le plein potentiel de cette auto. Je suis un gentleman-driver et un préparateur, mais j’aimerais qu’elle évolue à haut niveau et ça prend un "top pilote" pour ça.

Qu’est-ce qui a changé le plus entre tes débuts en rallye et aujourd’hui ?

L’inaccessibilité ! Je me souviens que ça coûtait 300$ pour s’inscrire à un rallye régional à mes débuts. Il y a quelques années, Carl Tremblay roulait vite avec des pneus de plus de 2 ans sur sa Golf 2 ! Il avait mis le paquet sur la suspension, il avait acheté l’ancienne Proflex de Éric Steben et ça marchait bien, avec de l’essence de pompe et un moteur 2 litres Tu ne peux plus faire ça aujourd'hui. Ça coûte maintenant 800$ s’inscrire à un rallye régional, et plus de 1000$ pour un national. Il n’est plus possible de faire une compétition de haut niveau avec un petit budget.

Quel est ton meilleur souvenir de rallye ?

Je dirais le Rallye de Lac-aux-Sables en 2009, avec Philippe Poirier comme co-pilote sur la Mini. C’est à ce rallye que je me suis senti le plus compétitif. On perdait la 3ème position par moins de 20 secondes avant la dernière spéciale, il n’y avait plus de vent, la poussière restait dans l’air. En faisant la dernière spéciale, on est allés vraiment vite, on a pris 35 secondes au troisième pour aller chercher notre place sur le podium.

Et ton pire souvenir de rallye ?

J’en ai quelques-uns… Ne pas pouvoir partir à La Tuque en 2019 m’a vraiment déçu. Sortir de la route à la 1ère spéciale du Rallye de Charlevoix en 2014 m’a aussi déçu, c’était mon erreur. Mais la plus grosse sortie de route avec la Focus, c’était à Saguenay, dans la dernière spéciale. Ça m’avait fait mal parce que je menais le rallye.

Il y a un événement auquel tu n’as jamais encore participé et qui a une signification particulière pour toi ?

Le New England Forest Rally aux États-Unis. J’y suis allé comme spectateur l’an dernier avec mon fils Jean-Philippe, il y avait 72 voitures au départ. Ça donne un bon échantillonnage pour voir où tu te situes. C’est aussi une belle vitrine pour montrer les autos que je prépare.

Ton fils Jean-Philippe a débuté en rallye fin 2018; quels sont les projets pour lui à court et moyen terme ?

On n’a pas de projet bien défini. Mon objectif quand je l’aide à faire du rallye est plutôt un projet de motivation pour un adolescent. C’est un bel élément motivateur et c’est pour ça que je l’aide financièrement. Pas pour qu’il devienne champion du monde, mais pour l’encourager à bien faire les choses. Jean-Philippe a sa propre voiture, il est libre de changer des choses s’il le veut. Et on travaille ensemble sur l’auto. S’il y avait un championnat de Rallye-Sprint, j’aimerais qu’il y participe. Quand tu commences avec une spéciale comme Bataram, le fameux 35 km du Rallye de Charlevoix, à ton premier rallye, c’est une grosse marche à monter pour un débutant ! 

Les membres de ton équipe sont les mêmes depuis plusieurs années, et ça inclut ta famille qui est avec toi dans la zone de service. Comment tu expliques que les gens sont restés fidèles à ton équipe ?

Je crois que les gens qui m’ont côtoyé dans les rallyes ont bien senti ma passion. C’est bien intéressant de gagner, mais ça doit se faire avant tout dans le plaisir. On fait du rallye par passion, pas pour l’argent !


Pour la première partie de cette entrevue, cliquez ici...

Note : Photo illustrant cet article prise au Rallye de Charlevoix 2009; Éric Courchesne était co-piloté par Frédérick Prigge lors de cet événement (couru en bonne partie sous la neige) disputé sur Mini Cooper S. Le duo s'était classé 4ème toutes-catégories (2ème 2RM).