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L’insolite histoire des voitures KhADI : Le rêve d’un laboratoire ukrainien d’atteindre la F1 au temps de l’URSS

L’insolite histoire des voitures KhADI : Le rêve d’un laboratoire ukrainien d’atteindre la F1 au temps de l’URSS

Jeudi 19 mars 2026 par Julie Bouchard
Crédit photo: Internet/Photographe inconnu

Crédit photo: Internet/Photographe inconnu

L’histoire des voitures KhADI est l’un des chapitres les plus méconnus du sport automobile. Et pour cause, il concerne l’ancienne Union soviétique. Conçus à Kharkiv, dans l’actuelle Ukraine, ces prototypes expérimentaux ont été développés pendant plusieurs décennies par des étudiants et ingénieurs du Kharkiv Automobile and Highway Institute. Leur objectif n’était pas seulement la compétition : ils servaient aussi de laboratoires roulants pour tester l’aérodynamique, les moteurs et les technologies automobiles soviétiques de l’époque. Entre les années 1950 et 1980, plus d’une trentaine de véhicules portant le nom KhADI furent construits.

Les débuts d’un laboratoire automobile

Le projet naît au début des années 1950 lorsque le professeur et ingénieur Vladimir Nikitin crée un laboratoire étudiant dédié aux voitures expérimentales. Dans l’Union soviétique de l’époque, les ressources sont limitées et l’industrie automobile reste orientée vers la production de masse, telles les Lada, Trabant et autres Škoda. Les ingénieurs doivent donc travailler avec des pièces existantes, souvent issues de modèles de série dits populaires comme la GAZ‑21 Volga.

Les premières voitures, KhADI-1 à KhADI-5, sont relativement simples. Il s’agit de prototypes légers utilisés pour étudier les performances et l’aérodynamique. Leur conception repose sur une philosophie d’ingénierie créative : fabriquer des voitures performantes avec les moyens disponibles dans les universités et les usines soviétiques. Malgré ces contraintes, ces véhicules participent à des compétitions nationales et à des tentatives de records de vitesse sur circuits fermés.

Dans les années 1960, le programme prend de l’ampleur. Les modèles KhADI-6, KhADI-7 et KhADI-8 adoptent des formes beaucoup plus aérodynamiques, inspirées des voitures de records occidentales. L’équipe développe notamment des carrosseries profilées, copiant quelque peu le principe des Mercedes Streamliners, destinées à réduire la traînée et à atteindre des vitesses élevées. Ces voitures participent à plusieurs campagnes de records soviétiques. Certaines versions atteignent plus de 300 km/h. Le laboratoire devient alors un centre reconnu pour l’expérimentation automobile au sein du monde universitaire soviétique.

C’est également à cette époque que les ingénieurs commencent à rêver d’un objectif beaucoup plus ambitieux : créer une monoplace capable de répondre aux règles de la Formule 1.

Le rêve d’une Formule 1 soviétique

À la fin des années 1960, la Formule 1 entre dans l’ère des moteurs trois litres. Les équipes dominent avec des monoplaces sophistiquées, utilisant notamment le célèbre Ford Cosworth DFV. Inspiré par ces avancées, le laboratoire de Kharkiv lance le projet KhADI-10 (photo ci-dessus), souvent considéré comme la tentative soviétique la plus sérieuse de créer une monoplace de F1.

Cependant, le principal obstacle est le moteur. L’URSS ne possède pas d’équivalent au Cosworth DFV. Les ingénieurs doivent adapter un moteur dérivé de la GAZ-21 Volga, encore une fois, largement moins puissant que les V8 (Ford) et V12 (Ferrari, Matra, BRM) utilisés en Grand Prix. La KhADI-10 est tout de même construite et testée, mais elle ne sera jamais engagée dans le moindre Grand Prix, même hors championnat. Faute de moyens techniques et financiers, le projet est abandonné en 1972 ou 1973, selon les sources encore disponibles.

Après l’abandon du projet F1, le laboratoire KhADI a poursuivi ses activités. Les prototypes suivants furent à nouveau dédiés aux records de vitesse et expérimentations techniques. Des modèles comme KhADI-13, KhADI-16 ou KhADI-30 exploreront aussi des solutions aérodynamiques avancées et l’utilisation de nouveaux matériaux.

Au total, plus de trente véhicules expérimentaux furent construits au fil des décennies. Certains servaient à établir des records nationaux, tandis que d’autres sont restés des prototypes destinés à la recherche universitaire. Le programme fut également un outil pédagogique majeur, formant plusieurs générations d’ingénieurs automobiles.

Aujourd’hui, les voitures KhADI restent relativement inconnues du grand public. Ce projet démontre surtout qu’au cœur du système universitaire soviétique existait tout de même une véritable culture de l’innovation automobile, chose qu’à peu près tout le monde ignorait en Occident. Même si la tentative de Formule 1 n’a jamais abouti, elle témoigne d’un moment où des étudiants et ingénieurs rêvaient de voir une monoplace conçue à Kharkiv affronter les meilleures équipes du monde.