Patron de l’écurie de Formule 1 McLaren, Ron Dennis croyait avoir réalisé un grand coup en recrutant le pilote américain Michael Andretti, le fils du légendaire Mario qui fut sacré Champion du monde en 1978.
Au moment de son recrutement, Michael était l’une des grandes stars de la série CART/IndyCar. Il avait commencé sa carrière en karting pour ensuite récolter les titres en division nord-est du SCCA en Formule Ford en 1981, en Super Vee en 1983, en Formule Mondiale (Atlantique) en 1984 et enfin en série CART en 1991.
Ron Dennis avait attentivement suivi la carrière de Michael, lui offrant même l'essai d’une McLaren-Honda de F1 en 1991 et un autre en 1992. Mais pour le patron britannique, les choses ont pris une tournure inattendue à la fin de la saison 1992.
Premièrement, Honda annonçait son retrait de la F1 et Ayrton Senna, triple champion du monde et pilote McLaren, faisait des yeux doux à Sir Frank Williams pour piloter une impressionnante Williams-Renault. « Dès qu’il a su que Honda partait, il [Senna] n’a plus voulu continuer [avec nous] » avait alors affirmé Martin Whitmarsh. le directeur des opérations chez McLaren.
Privé de moteurs, Dennis doit trouver une solution. Il obtient finalement une entente avec Ford, mais déception, car il doit se contenter de moteurs clients puisque les moteurs d’usine, plus puissants, sont réservés à l’écurie Benetton, déjà sous contrat avec Ford.
Les Ford V8 HB Série VII de Benetton sont dotés de soupapes pneumatiques qui permettent un régime de rotation de 13 500 tours/minute et une puissance de 730 chevaux. En comparaison, les V8 Série VI de McLaren disposent de soupapes à ressorts métalliques et sont limités à un régime de 12 800 tours et une puissance de 700 chevaux.
Au Grand Prix d’Italie 1992, l’annonce est faite du recrutement de Michael Andretti qui fera donc équipe avec Ayrton Senna en 1993. De retour aux États-Unis, Michael termine sa saison en série CART. Puis il lui est impossible d’effectuer d’essais à bord d’une McLaren puisque Honda a récupéré tous ses moteurs ! Pire, la FIA a imposé de nouvelles règles sportives qui limitent chaque pilote à accomplir un maximum de 23 tours de piste durant les essais libres du matin et 12 tours seulement durant les qualifications de chaque Grand Prix.
Une annonce surprise
Les simulateurs de pilotage hyper perfectionnés n’existent pas à ce moment-là, et Andretti n’a pas la chance de se préparer correctement à son arrivée en F1. Méga surprise le 10 février 1993 quand Michael Andretti est confirmé comme pilote McLaren aux côtés de… Mika Häkkinen !
Déçu et frustré de devoir conduire une voiture inférieure à celle de ses rivaux, Senna brandit la menace de ne pas piloter en F1 en 1993. Ron Dennis le met sous pression en annonçant ses deux pilotes, Andretti et Häkkinen. Avant le premier Grand Prix de la saison, Ron Dennis cède finalement aux exigences de Senna et ce dernier prend la place de Häkkinen.
La McLaren-Ford est une voiture bourrée d’électronique : changements de vitesses automatiques, suspension active, freins ABS, antipatinage et télémesure bidirectionnelle. Andretti n’a jamais conduit une voiture pareille et a bien du mal à ressentir de bonnes sensations à son volant. Et puisqu’il ne peut effectuer beaucoup de tours, il est lourdement pénalisé.
Certains de ses détracteurs affirment que son refus d’habiter en Europe lui complique beaucoup les choses, car on juge qu’il perd trop de temps en avion. De plus la présence de son extravagante épouse Sandra dans le garage McLaren exaspère passablement Ron Dennis.
Sur la piste, Michael ne parvient pas à signer des temps aussi rapides que ceux de Senna. Au cours des 13 premiers Grands Prix de 1993, Senna signe trois victoires et deux podiums tandis qu’Andretti connaît six accidents, accrochages ou tête-à-queue et n’obtient qu’un seul podium.
Ron Dennis a rapidement assumé que l’Américain n’était à la hauteur de la F1. Il lui a subtilement fait comprendre qu’il nuisait à sa carrière et qu’il devrait retourner courir aux États-Unis pour refaire son image.
Des amateurs des théories du complot soutiennent que la McLaren d’Andretti a été “sabotée” durant la saison afin de mal faire paraître son pilote et ainsi permettre de s’en séparer en faveur de Häkkinen, ce qui fut fait après le Grand Prix d’Italie. Peu importe, Michael et Mario conservent un goût amer du passage du fils en F1.
Tout cela est très dommage, car Michael Andretti n’a quand même pas remporté 42 victoires et décroché 32 pole positions en 309 départs en série CART à cause de ses beaux yeux ! Il était très talentueux, mais a peut-être cru que la F1, une discipline infestée de requins, représentait un défi facile.
10 février: McLaren confirme l’arrivée de Michael Andretti en F1 pour la saison 1993
Mardi 10 février 2026 par René FagnanCrédit photo: Wikimedia Commons/Martin Lee






