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Insolite : Des décorations de voitures de F1 peintes à la main !

Insolite : Des décorations de voitures de F1 peintes à la main !

Mardi 8 juin 2021 par René Fagnan
Crédit photo: Lotus World

Crédit photo: Lotus World

L’arrivée d’ordinateurs permettant de créer des graphiques de très haute qualité et de machines de découpage du vinyle informatisées a grandement facilité de travail des graphistes.

Aujourd’hui, les voitures de Formule 1 sont peintes d’une fine couche de peinture et les logos des commanditaires sont réalisés sur des films ou du vinyle appliqués sur la carrosserie.

Puisqu’une carrosserie de voiture possède des surfaces courbées, les ordinateurs peuvent maintenant créer des logos anamorphiques - des déformations d’images sur des surfaces courbées afin de leur donner un aspect normal en vue directe.

Il fut un temps, avant l’arrivée des ordinateurs, où les voitures de F1 étaient décorées de logos découpés à la main (eh oui !) ou d’autocollants fournis par les partenaires des écuries. Le résultat final n’était pas toujours à la hauteur des espérances.

C’est alors que des artistes ont été mis à contribution afin de peindre de véritables œuvres d’art sur les carrosseries de voitures. On n’a qu’à penser, par exemple, à l’impressionnant lion du manufacturier de tabac Samson qui était peint sur la Shadow de Jan Lammers en 1979 (voir la photo ci-dessous), à la March orange commanditée par le digestif Jägermeister ou bien à la Hesketh Penthouse de Rupert Keegan.

Durant plus d’une décennie, les Lotus F1 ont été commanditées par John Player Special et ont été décorées à la main par un artiste de grand talent, Paul Crowland. Les Lotus 72D, 72E, 72F, 76, 77, 78 et 79 ont toutes arborées cette fameuse robe noire et or de JPS avec le logo présentant les trois lettres J-P-S entrelacées.

Quand Colin Chapman annonça à Emerson Fittipaldi que sa Lotus 72 allait être de couleur noire, le Brésilien a rétorqué “Noire ?”, ce que Chapman a confirmé. Jamais une voiture de F1 n’avait été noire auparavant. Fittipaldi lui a alors dit : « Eh bien, ajoutes-y quatre poignées et elle aura l’air d’un cercueil ! ».

Trouver les bonnes teintes

Afin que l’ensemble de la voiture soit harmonieux, Chapman exigea que les logos de ses autres commanditaires et partenaires techniques soient, eux-aussi, noir et or. Ainsi, les logos de Firestone, Ford, Champion et Texaco furent tous modifiés en lettres or sur un fond noir, ce qui n’a pas nécessairement plu à certaines entreprises.

Si la bonne peinture de couleur noire fut assez facile à identifier ce fut passablement plus difficile pour la couleur or, car des essais ont vite démontré que la couleur or traditionnelle apparaissait brunâtre sur les photos. Puis, d’autres essais furent réalisés avec les lettres produites à partir de véritables feuilles d’or. Bizarrement, le résultat ne fut pas fameux.

C’est finalement le peintre du Team Lotus, Paul Crowland, qui a découvert que la peinture de couleur beige produite par la compagnie britannique Keep’s Paints procurait le meilleur résultat. Par après, cette compagnie produisit une autre couleur spécifique, encore plus dorée, pour décorer les Lotus.

Après sa formation de dessinateur industriel, Crowland a été lettreur, puis a travaillé chez Lotus Cars afin de rectifier les petits défauts de peinture sur les voitures de série qui sortaient de la chaîne d’assemblage. En contemplant son travail immaculé, Chapman se dit que ses voitures de F1 auraient un bien meilleur look si la décoration était effectuée à la main et non pas avec de vulgaires autocollants.

Crowland travaillait avec les mécaniciens du Team Lotus dans le château de Ketteringham Hall à Wymondham. Armé de son plateau de peinture et de ses pinceaux de haute qualité, Crowland devait effectuer son travail en même temps que les mécanos s’affairaient à travailler sur les monoplaces. Pas facile !

Pour commencer, Crowland plaçait des repères en traçant des lignes horizontales sur la carrosserie à l’aide d’une corde imprégnée de craie. Puis, les logos de la bonne dimension étaient tracés sur un carton mince à l’aide d’un stylo. L’envers du carton était imprégné de craie et doucement appuyé contre la carrosserie pour y laisser la trace du logo. Il ne lui restait qu’à peindre le logo de couleur or, à la main, sans trembler, en employant si possible un repose-main.

Puisque deux voitures n’étaient pas parfaitement identiques (Chapman faisait parfois modifier l’empattement ou les voies de ses voitures), cela menait inévitablement à la fabrication de nouveaux éléments de carrosserie. Un simple changement de capot moteur pouvait signifier que les lignes tracées sur la carrosserie avant du bolide ne concordaient plus, ne serait-ce que de quelques millimètres, avec l’arrière. Le pauvre Crowland devait faire sabler la carrosserie, la faire repeindre et recommencer tout son lettrage.

L’artiste devait aussi peindre le nom du pilote sur la voiture, lettrer les ailerons arrière et avant, les pièces de rechange et même, une fois par année, le camion de transport de l’écurie. Une tâche monumentale pour une seule personne qui, fort heureusement, était passionnée par le sport automobile et la F1.

Crédit photo: WRI2