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7 avril : Accident mortel de Jim Clark en F2 sur le circuit d'Hockenheim

7 avril : Accident mortel de Jim Clark en F2 sur le circuit d'Hockenheim

Mercredi 7 avril 2021 par René Fagnan
Crédit photo: WRI2

Crédit photo: WRI2

Ce 7 avril 1968, le jour se lève sur le petit village de Hockenheim en Allemagne. Il fait froid, il pleut, le ciel est gris. Pas un temps à mettre le nez dehors et encore moins d’aller disputer une course de Formule 2. Pourtant, dans quelques heures, le pilote écossais Jim Clark prendra son dernier départ.

À ce moment, Jim Clark est sans contredit l’un des meilleurs pilotes au monde. Fils d’un berger, Clark possédait un talent naturel incroyable. Tout lui semblait facile. Il roulait plus vite que ses rivaux sans presque savoir pourquoi, ni comment.

Âgé de 32 ans, Clark avait tout gagné, ou presque. Deux fois Champion du monde, auteur de 25 victoires et de 33 pole positions en Formule 1 – le record à l’époque – Clark avait aussi gagné les 500 Milles d’Indianapolis et avait aussi remporté plusieurs victoires en endurance et en voitures de tourisme. Clark et Colin Chapman formaient un redoutable binôme quasiment imbattable : le génie du créateur associé à la virtuosité du pilote.

Ce week-end d’avril 1968, Clark devait originalement participer à une course d’endurance au Royaume-Uni, les 1000 km du BOAC, au volant d’une Ford d'Alan Mann (car Clark était aussi sous contract avec Ford). Toutefois, n'ayant pas reçu de confirmation formelle de la part de Mann, Clark choisit plutôt de disputer le Deutschland Trophäe, la manche d’ouverture du Championnat d’Europe de Formule 2 présentée sur le long circuit de Hockenheim, long de 6,8 km et dépourvu de chicanes à cette époque.

Le Hockenheimring était alors constitué de deux longues lignes droites tracées dans la forêt et rattachées par une section lente et sinueuse, le Stadium. Rouler à fond dans la forêt mettait les nerfs des pilotes à rude épreuve, car la sécurité était inexistante. Aux abords de la piste, il y avait un peu de gazon et les arbres de la forêt. Pas un rail de sécurité.

L'écurie Gold Leaf Team Lotus a inscrit deux Lotus 49-Cosworth FVA pour Clark et Graham Hill. D’autres excellents pilotes participent aussi à cette course disputée en deux manches : Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo, Clay Regazzoni, Derek Bell, Piers Courage et Chris Amon, pour ne nommer que ceux-là. Suite aux qualifications, Clark (en photo ci-dessous sur la grille de départ) est loin d’être satisfait de sa septième place.

Il a plu fort durant la nuit précédant l’épreuve et une bruine fine tombe au moment du départ de la première manche. Clark est pointé en huitième place quand il passe devant les puits pour amorcer son cinquième tour. Pour les membres du Team Lotus, il est évident que quelque chose cloche.

Des rares témoins racontent l’accident

La Lotus de Clark disparaît dans la forêt et roule à fond quand survient le drame, vu que par quelques rares signaleurs et spectateurs. Cinquante ans plus tard, le magazine suisse Auto Motor und Sport a rencontré ces témoins de l’accident qui racontent ce qu’ils ont vu.

Un signaleur affirme avoir vu le coin arrière droit de la petite monoplace s’affaisser lorsqu’elle roulait vers son poste, ce qui l’a soudainement déséquilibrée alors qu'elle filait à plus de 240 km/h. Chris Irwin, le pilote britannique qui roulait à environ 250 mètres de la Lotus de Clark, a corroboré cette affirmation.

Clark s’est alors battu pour contrôler sa voiture pendant plus de 300 mètres avant que les pneus quittent l’asphalte. Le bolide avait atteint un angle de 45 degrés avec la piste. L’herbe détrempée a fait le reste du travail. Filant encore à haute vitesse, la Lotus a fauché une clôture en bois, fut catapultée par-dessus une butte de terre avant de terminer sa course folle dans la forêt.

Un photographe, le premier individu à être arrivé sur la scène, déclare que la Lotus a percuté au moins trois arbres avant de terminer sa course contre un groupe d’arbres serrés. Le cockpit, très endommagé, gisait d’un côté tandis que le moteur et la transmission se trouvaient plus loin. Les débris étaient dispersés sur plus de 40 mètres. Le photographe ajoute que les ceintures de sécurité avaient rompu et que Clark était étendu par terre, sans blessures apparentes.

C’est ce photographe qui a immédiatement contacté la direction de course par le téléphone interne du circuit pour faire envoyer une ambulance. Souffrant de graves fractures du cou et du crâne, le pauvre Clark fut évacué à l’hôpital universitaire de Heidelberg où il fut (officiellement) déclaré mort.

L’explication la plus plausible de l’accident est sans nul doute la défectuosité du pneu arrière droit qui se serait soudainement dégonflé à haute vitesse, laissant très peu de chances à Clark de conserver le contrôle de sa Lotus. Dans son ouvrage “Mes 578 Grands Prix de Formule 1”, Gérard Crombac écrit que Chapman avait fait examiner la Lotus accidentée par Peter Jowitt, un spécialiste des accidents de prototypes militaires. Ce dernier avait conclu que l'accident avait sans nul doute été causé par une crevaison.

Suite à cette tragédie, une chicane fut construite afin de ralentir les voitures dans cette portion hyper rapide du circuit. De plus, une stèle en mémoire de Jim Clark fut érigée en bordure de l’ancien tracé. Un très grand pilote venait de quitter brusquement la scène.

Crédit photo: WRI2