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10 janvier : Tragédie aux 1000 km de Buenos Aires 1971; mort de Giunti, Beltoise sanctionné

10 janvier : Tragédie aux 1000 km de Buenos Aires 1971; mort de Giunti, Beltoise sanctionné

Dimanche 10 janvier 2021 par René Fagnan
Crédit photo: WRI2

Crédit photo: WRI2

L’épreuve d’ouverture de la saison 1971 du Championnat international des marques, l’ancêtre du Championnat du monde d'Endurance (WEC), disputée en Argentine, fut marquée par un terrible accident.Non seulement cette épouvantable catastrophe aurait facilement pu être évitée, mais elle a aussi bien failli coûter la carrière au pilote français Jean-Pierre Beltoise.

Tout commence avec le départ de cette course longue de 1000 kilomètres présentée devant plus de 80 000 spectateurs sur le tracé No.15 de l’autodrome de Buenos Aires, long de 6,1 km. À cette occasion, Beltoise pilote la Matra-Simca MS660 officielle à moteur V12 de trois litres en compagnie de Jean-Pierre Jabouille. Quant à l’Italien Ignazio Giunti, il pilote la Ferrari 312PB, elle aussi à moteur V12 de trois litres, avec pour équipier Arturo Merzario.

Au drapeau vert, Giunti prend la commande de la course et mène durant le premier tour avant que Pedro Rodriguez, sur une Porsche 917K, le double pour prendre la tête. Au 30ème passage, la Porsche 917K de Vic Elford se glisse en tête, mais la pompe à essence cesse soudainement de fonctionner et Elford perd un tour à faire redémarrer le 12 cylindres à plat.

Les voitures à moteurs 12 cylindres effectuent les premiers arrêts aux puits pour ravitailler, et Giunti parvient à étirer son relais en piste. Par contre, le moteur Matra du bolide de Beltoise s’arrête net de hurler, victime d’une panne d’essence. La Matra s’immobilise dans le rapide virage à gauche et en légère montée qui précède l’entrée des puits.

Le déroulement du drame

Le Français s’extrait du cockpit et commence à pousser sa voiture à force de bras afin de lui faire parcourir les 750 mètres qui le sépare des puits. Pourtant, cela est interdit par le règlement, mais il semble que Beltoise ait oublié cette règle.

Beltoise, avec son coude gauche bloqué, conséquence d’une opération pour remettre en état son bras amoché après un énorme accident survenu en 1964, peine à pousser son véhicule de 740 kilos. Quelques drapeaux jaunes sont timidement agités pour prévenir les autres concurrents, sans grand effet.

Le Français doit maintenant traverser la piste, car l’entrée des puits se trouve sur sa droite. Nous sommes au 37ème tour de la course. Giunti, toujours en piste, s’apprête à prendre un tour à la Ferrari 512M du Britannique Michael Parkes. D’un prodigieux coup de volant, Parkes évite la Matra muette, au tout dernier moment. Par contre, Giunti, qui roule juste derrière, ne voit pas l’obstacle. L’avant droit de la Ferrari percute de plein fouet l’arrière gauche de la Matra immobile.

Par on se sait quel miracle, Beltoise n’a pas été touché. La Ferrari fracassée virevolte sur la piste et prend soudainement feu, car le réservoir d’essence de droite a éclaté sous la force de l’impact. La Ferrari déchiquetée est la proie des flammes au beau milieu de la piste et la direction de course ne déploie même pas le drapeau rouge pour interrompe la course ! Les pompiers et officiels tentent d’éteindre l’incendie au milieu des bolides qui roulent encore et les frôlent dangereusement. Le drapeau rouge est finalement montré...

Au bout de deux longues minutes d’efforts, le feu est finalement éteint et Giunti est extrait de ce qui reste du cockpit. Impossible de dire si le jeune Italien de 29 ans est mort sur le coup ou asphyxié par l’incendie de sa voiture.

C’est aussi le chaos dans la ligne des puits, car les officiels du chronométrage ont perdu le fil des événements à cause de l’épaisse fumée et n’ont aucune idée du classement. Après de longs palabres, la course reprend finalement, mais personne n’est bien certain du meneur. Une fois le drapeau à damier agité, il faut encore des heures de discussions pour arriver à déterminer que la Porsche 917K de Jo Siffert/Derek Bell a remporté la victoire devant l’autre 917K de Pedro Rodriguez/Jackie Oliver et l’Alfa Romeo T33/3 de Rolf Stommelen/Nanni Galli.

Beltoise, dévasté, est pointé du doigt comme le responsable de cette tragédie. Le Français est provisoirement suspendu par la Fédération française du sport automobile pour une période de trois mois, car il a poussé la voiture en piste alors que c’est strictement interdit. Pour l’inquiéter encore un peu plus, la justice argentine le met aussi en examen pour homicide par imprudence, ce qui, au final, n’aura pas de suite. À son retour en France, la FIA le sanctionne aussi et prolonge son interdiction de piloter, ce qui lui fait rater les trois Grands Prix de Formule 1 suivants.

Au cours des années suivantes, Beltoise a remporté le Grand Prix de Monaco en 1972 pour le compte de l’écurie BRM. Il a aussi couru au Mans, en voitures de tourisme et a fondé une école de pilotage et de conduite avancée près de Paris. Il nous a quitté le 5 janvier 2015 à l’âge de 77 ans, victime d’un accident vasculaire cérébral survenu à Dakar, au Sénégal.

Crédit photo: Wikimedia Commons