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30 octobre : Ayrton Senna devient Champion du monde avec une victoire mémorable au Japon en 1988

30 octobre : Ayrton Senna devient Champion du monde avec une victoire mémorable au Japon en 1988

Vendredi 30 octobre 2020 par René Fagnan
Crédit photo: WRI2

Crédit photo: WRI2

La saison 1988 de Formule 1 fut dominée par l’écurie McLaren. Avec 15 victoires en 16 Grands Prix, la fantastique MP4/4 à moteur Honda turbo a mené le pilote brésilien Ayrton Senna au premier de ses trois titres mondiaux.

L’écurie dirigée par Ron Dennis avait écrasé toute opposition, terminant la saison avec 199 points au championnat des constructeurs, loin devant Ferrari (65 points) et Benetton (39 points). À noter qu’à cette époque, le système de pointage était beaucoup moins généreux qu’aujourd’hui.

Pourtant, cette MP4/4 était née dans l’angoisse, car sa conception, orchestrée par Gordon Murray, avait accumulée beaucoup retard. Elle fut testée pour la première fois lors de la dernière journée des essais FOCA à Imola, soit neuf jours seulement avant de disputer le premier Grand Prix de la saison.

Malgré sa jeunesse, la MP4/4 fracassa de deux secondes le meilleur temps réalisé à Imola par Gerhard Berger sur la Ferrari F187/88C. Ses pilotes furent estomaqués. « This car is fu**ing quick! » déclara Ayrton Senna à l'interne. « C’est une voiture incroyable. Je vous l’affirme, je la conduis d’une seule main. Elle est extraordinaire! » s’exclama Alain Prost.

La saison commence par une victoire du Français au Brésil. Puis, Senna et Prost se partagent les victoires et la tension monte entre les deux rivaux. À Monaco, Senna, en tête, devance Prost par presque une minute lorsqu’il percute inexplicablement le rail de sécurité au virage du Portier et abandonne, en furie.

Au milieu de la saison, Senna remporte quatre Grands Prix consécutifs, mais l’impétueux Brésilien commence à soupçonner une manigance destinée à aider Prost à remporter le titre, d’autant que le président de la FIA, Jean-Marie-Balestre, est Français, comme Prost.

Senna s’étonne de constater que Prost consomme moins de carburant que lui durant les courses. En Espagne, à trois étapes de la fin de la saison, Senna termine quatrième, car son ordinateur de bord lui a ordonné de ralentir durant toute la course afin d’éviter la panne sèche. En colère après l’arrivée, Senna exige publiquement que Honda leur fournisse des moteurs parfaitement égaux d’ici la fin du championnat. Les amateurs de F1 sont profondément divisés : il y a le clan Prost et le clan Senna. Et les deux ne s’apprécient pas beaucoup.

Tout devrait se décider au Japon, car si Senna gagne la course, il sera couronné champion.

Le Brésilien déroche la pole position, mais Il est énervé sur la grille de départ et sélectionne le troisième rapport au lieu du premier. Au feu vert, son moteur Honda cale, démarre, recale, puis la McLaren démarre enfin. Il négocie le premier virage en 14e place ! Prenant tous les risques, il double quatre rivaux durant le premier tour.

Pendant ce temps, Prost mène la course devant Berger et Yvan Capelli, mais l’Italien, au volant de sa March 881 conçue par Adrian Newey, grimpe au second rang en doublant d’Autrichien. On assiste ensuite à une grosse bataille pour la tête entre Prost et Capelli.

Une pluie fine commence à tomber sur le tracé de Suzuka et au 20e tour, Capelli abandonne, car son moteur Judd est victime d’une coupure électrique. Au même moment, Senna, qui a effectué une remontée d’enfer, grimpe au second rang et rattrape Prost. Huit boucles plus tard, Senna double Prost, avec satisfaction, et il se bâti vite une petite avance.

Il reste moins de 10 tours à parcourir et Senna mène toujours. La bruine se transforme en pluie et chaque fois qu’il passe devant les puits, le Brésilien montre le ciel d’une main aux officiels afin de faire stopper la course. Au volant d’une McLaren chaussée de pneus slicks malgré la pluie qui tombe, Senna ne commet aucune erreur.

Senna croise l’arrivée en première place et remporte sa huitième victoire de la saison et décroche son premier titre de Champion du monde à 28 ans. Prost termine deuxième avec treize secondes de retard tandis que Thierry Boutsen, sur une Benetton-Ford, récolte sa sixième troisième place de la saison. Fou de joie durant son tour d’honneur, Senna frappe son casque de ses deux poings, comme pour réellement assimiler la portée de son exploit.

La pression chute enfin. Senna est resplendissant sur le podium. Depuis qu’il a débuté sa carrière en karting au Brésil, il rêve de ce moment de gloire. Le plus ironique est que Prost a, en réalité, marqué plus de points que Senna. En effet, le règlement sportif de F1 de 1988 ne comptabilisait que les 11 meilleurs résultats des 16 courses pour l’attribution du titre. Prost, qui avait marqué 105 points, avait dû en retrancher 18 provenant de trois secondes places. Quant à Senna, il n’avait dû retrancher que quatre petits points. La grande régularité de Prost ne l’a malencontreusement pas bien servi cette fois-là...