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Légal, mais antisportif - Le système de freinage des Renault F1

Légal, mais antisportif - Le système de freinage des Renault F1

Jeudi 24 octobre 2019 par René Fagnan
Crédit photo: Renault F1 Team

Crédit photo: Renault F1 Team

À l’issue du Grand Prix du Japon, l’écurie de Formule 1 Racing Point a porté réclamation contre Renault F1. Avec succès.

Le protêt de Racing Point portait sur une prétendue infraction au Règlement Sportif et Technique et au Code Sportif International de la FIA à propos d’un "système automatisé de préréglage de la répartition de freinage en fonction de la distance parcourue".

Ce n’est pas par hasard que Racing Point a déposé cette réclamation. Avant le Japon, un de ses pilotes, Sergio Pérez (33 points), était presqu’à égalité au championnat des pilotes avec les deux pilotes Renault, Daniel Ricciardo et Nico Hülkenberg (34 points chacun). Au championnat des constructeurs, Renault figurait au cinquième rang avec 68 points tandis que Racing Point était septième avec 52. Faire disqualifier Renault était évidemment tout à l’avantage de Racing Point.

Le système de freinage électronique des Renault était dans le viseur de Racing Point. Le dispositif de récupération d’énergie cinétique, connecté sur le train arrière des voitures de F1, rend les freinages délicats. Un système permet donc de faire varier la quantité de freinage appliquée sur le train arrière. Toutefois, le pilote doit demeurer maître de la proportion de freinage appliqué à l’avant par rapport à l’arrière.

Selon Racing Point, tout cela s’effectuait automatiquement sur les Renault, et cela était apparemment visible sur les images des caméras embarquées des Renault. L’affichage du volant montrait que la répartition du freinage changeait sans l’intervention du pilote. Normalement, le pilote doit lui-même modifier, s’il le désire, la répartition du freinage entre l’avant et l’arrière de sa voiture en utilisant un bouton ou une molette située sur le volant.

L’ingénieux système de Renault, dévoilé semble-t-il par un ancien employé de l’écurie française, permettrait d’ajuster automatiquement la répartition du freinage sans une intervention du pilote, ce qui va à l’encontre de l'article 27.1 du Règlement Sportif qui spécifie que « le pilote doit piloter sa voiture seul et sans aide ».

Les commissaires techniques se sont réunis hier soir dans les bureaux de la FIA à Genève et après avoir analysé toute la documentation remise par Renault ont jugé que si l’écurie française n'avait pas enfreint le règlement sur un plan technique, son dispositif était toutefois bel et bien une aide au pilotage ayant profité à ses pilotes.

« Les commissaires estiment que Renault emploie des solutions novatrices pour exploiter certaines ambiguïtés du Règlement Technique et d'autres documents, mais que son système n'enfreint pas le Règlement Technique. Par contre, le dispositif agit comme une aide au pilotage, en évitant au pilote de réaliser un certain nombre d'ajustements durant un tour. Cela est une aide au pilotage et contrevient à l'article 27.1 Règlement Sportif de la F1 » peut-on lire dans la décision rendue publique. Les Renault R.S. 19 étaient donc officiellement disqualifiées des résultats du Grand Prix du Japon, faisant ainsi perdre la sixième place de Ricciardo et la dixième place de Hülkenberg. De ce fait, Pérez apparaît maintenant en huitième place et le Québécois Lance Stroll est désormais classé neuvième.

Après avoir songé à faire appel de cette décision, les patrons de l’écurie Renault ont toutefois décidé de ne pas le faire afin de ne pas jeter de l’huile sur le feu.

« Nous regrettons la décision des commissaires et, en particulier, la sévérité de la sanction », peut-on dans le plus récent communiqué de presse de l’écurie Renault F1.

« Selon nous, la pénalité n'est pas appropriée à tout avantage que les pilotes auraient pu en tirer, surtout dans le contexte d'un système qui a été confirmé comme pleinement légal et innovant. C'est également inconstant par rapport aux précédentes sanctions pour des infractions similaires, comme l'ont reconnu les commissaires dans leur décision, mais sans exprimer d'autre argumentation ».

« Cependant, n'ayant pas de nouvelle preuve à apporter mis à part ce qui a déjà été produit pour démontrer la légalité de notre dispositif, nous ne souhaitons pas passer plus de temps et d'efforts dans un débat stérile devant la Cour d'appel internationale au sujet d'une appréciation subjective, et donc d'une sanction liée à une aide qui réduit la charge de travail du pilote sans améliorer les performances de la voiture ».

« Nous avons donc décidé de ne pas faire appel de la décision des commissaires. La F1 sera toujours une catégorie pour une recherche permanente de la moindre chance de disposer d’un avantage. C'est ce que nous avons toujours fait et ce que nous continuerons à faire, mais avec des processus internes plus approfondis avant que des solutions novatrices fassent leur apparition en piste ».