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Siegfried Stohr, l’histoire étonnante d’un psychologue devenu pilote de Formule 1

Siegfried Stohr, l’histoire étonnante d’un psychologue devenu pilote de Formule 1

Jeudi 8 octobre 2026 par René Fagnan
Crédit photo: Facebook/Siegfried Stohr/Photographe inconnu

Crédit photo: Facebook/Siegfried Stohr/Photographe inconnu

En 1981, un Italien détenteur d’un diplôme universitaire en psychologie de l’université de Padoue est devenu, tenez-vous bien, pilote de Formule 1 au sein de l’écurie Arrows.

Siegfried Stohr, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est né le 10 octobre 1952 à Rimini en Émilie-Romagne d’un père allemand et d’une mère italienne. Étudiant sérieux, il commence à courir en karting en Italie à l’âge avancé de 19 ans. Bon pilote, il accumule les succès, mais ses études en psychologie sont prioritaires et Siegfried délaisse les circuits karting durant quatre ans.

Fraîchement diplômé, il a 24 ans en 1976 quand il épouse Madeleine, une Suissesse, et achète un châssis de Formule Italie de son ami Riccardo Patrese qui court alors en Formule 3. Un an plus tard, il est sacré champion de la série monotype de Formule Italie tout en travaillant comme psychologue.

Il passe ensuite à l’échelon supérieur en 1978, la Formule 3, avec l’écurie de Pino Trivellato grâce au soutien des outils Beta Utensili. Il récolte le titre du championnat d’Italie de F3 et se classe deuxième à la course de F3 disputée le 6 mai dans le cadre du Grand Prix de Monaco, terminant derrière son compatriote Elio de Angelis, mais devant certains gros noms comme Alain Prost, Jan Lammers, Chico Serra et Derek Warwick.

En 1979, Stohr grimpe encore d’un échelon et dispute le championnat européen de Formule 2 aux commandes d’une Chevron B48 de l’écurie Trivellato. Toutefois, cette année-là, la March 782 est pratiquement imbattable et le psychologue se classe huitième au championnat.

Un an plus tard, il joint les rangs de l’écurie d’Alan Docking et conduit une Toleman TG280 à moteur Hart. Il termine deuxième dans les rues de Pau en France, troisième à Zolder et à Hockenheim puis récolte la victoire sur la piste d’Enna Pergusa après avoir pris le départ depuis la pole position. Il se classe quatrième au championnat. Pas mal pour un diplômé universitaire !

L'entreprise Beta décident d’investir un peu plus dans sa carrière en 1981 et commandite la venue de Siegfried au sein de l’écurie de F1 Arrows où il rejoint son ami Riccardo Patrese. L’écurie est commanditée par Ragno, une entreprise de tuiles en céramique.

Si Siegfried était à l’aise au volant de monoplaces de F3 et de F2, l’affaire est très différente dans une puissante voiture de F1. L’Arrows A3 a été conçue par Tony Southgate et Dave Wass. Elle dispose d’un châssis en feuilles d’aluminium rivetées et est propulsée par un moteur V8 Ford Cosworth DFV de 475 chevaux pour un poids de seulement 580 kilos.

Avec avoir réalisé très peu d’essais privés, Stohr est jeté dans le grand bain. Il rate sa qualification à Long Beach, abandonne en course au Brésil, se classe neuvième en Argentine et rate de nouveau sa qualification à Saint-Marin. Ses chronos sont toujours plus lents d’environ deux secondes que ceux réalisés par Patrese. Ce dernier réalise de belles performances comme la pole position à Long Beach et grimpe deux fois sur le podium.

À Zolder en Belgique, Stohr réalise un “exploit” en se qualifiant au 13e rang à une seconde de son coéquipier. Cependant, l’ambiance est morose. Un jeune mécanicien de l’équipe Osella est décédé samedi quand il a été projeté au sol par un pneu de la Williams de Carlos Reutemann alors que ce dernier roulait dans la très étroite ligne de puits.

Cohue sur la grille de départ

Les pilotes et les mécanos décident d’organiser une manifestation juste avant le départ de la course pour dénoncer leurs conditions de travail pénibles. Mais Bernie Ecclestone est contre, car elle retarde le départ et la télédiffusion de la course.

S’en suit une pagaille pas possible avec des voitures qui entament leur tour de chauffe et d’autres qui demeurent immobiles sur la grille. Après de longues minutes passées à placer les voitures en les poussant à la main, la procédure peut enfin commencer. C’est à ce moment précis que le Cosworth de la voiture Patrese cale. Il agite frénétiquement les bras et Dave Luckett, un mécanicien d’Arrows, saute sur la piste avec une bouteille d’air comprimé afin de faire redémarrer le V8. Et c’est à ce moment que le feu passe au vert ! Quelques voitures évitent l’Arrows immobile de Patrese, mais pas celle de Stohr qui embouti l’arrière, là où se trouvait justement Luckett accroupi.

Stohr s’extrait en panique de son cockpit, tombe par terre, et fond en larmes, croyant avec effroi avoir tué le mécanicien qui git au sol. Il éclate dans une véritable crise de nerfs et doit être évacué au centre médical. Fort heureusement, Luckett n’est pas blessé sérieusement et s’en tire avec seulement quelques fractures.

Siegfried Stohr a été traumatisé par cet accident et dispute les courses suivantes avec la peur au ventre. Il se classe septième au Pays-Bas, mais rate sa qualification en Italie. Il est remplacé, avec peu de succès, par le Québécois Jacques Villeneuve, le frère cadet de Gilles, pour les dernières courses de la saison.

Stohr décide de quitter la F1 à 29 ans. Avec le soutien de BMW Italie, il fonde une école de conduite sécuritaire sur le circuit de Misano. En 1989, il fait un bref retour en championnat italien de Superturismo au volant d'une BMW M3. Il a aussi écrit six ouvrages sur la conduite préventive, la psychologie des coureurs automobiles ainsi qu'une autobiographie retraçant sa saison en F1.