Site officiel de Pole-Position Magazine - Le seul magazine québécois de sport automobile

www.Poleposition.ca

Site officiel de Pole-Position Magazine

Rétro 1994 : Michael Schumacher réalise un exploit au volant de sa Benetton bloquée en 5e vitesse (+ vidéo)

Rétro 1994 : Michael Schumacher réalise un exploit au volant de sa Benetton bloquée en 5e vitesse (+ vidéo)

Lundi 30 janvier 2023 par René Fagnan
Crédit photo: Galeron

Crédit photo: Galeron

Michael Schumacher a démonté l’étendue de son incroyable talent en réussissant à terminer deuxième du Grand Prix d’Espagne de 1994 aux commandes de sa Benetton-Ford dont la boîte de vitesses était bloquée sur le cinquième rapport.

Michael Schumacher avait décroché la pole position de ce Grand Prix d’Espagne à Barcelone à bord de sa Benetton B194 à moteur atmosphérique Ford Zetec V8.  

L’Allemand, qui n’a pas encore été sacré Champion du monde une seule fois à ce moment, mène la course jusqu’au 22e tour lorsqu’il s’arrête à son puits pour de l’essence et un train de pneus neufs.

« Avant son arrêt, Michael nous a prévenu par radio que certains changements de vitesses étaient hésitants. Puis, la transmission s’est bloquée sur le cinquième rapport » raconte Willem Toet, aérodynamicien de l’écurie, dans un de ses blogs.

« Quand la voiture s’est arrêtée, nous avons constaté que l’arrière était maculé d’huile rouge provenant d’une fuite du circuit hydraulique qui faisait fonctionner la boîte de vitesses. Michael a réussi à repartir des puits en cinquième vitesse. Il a embrayé, fait tourner les roues arrière et les mécanos ont redescendu la voiture d’un coup et l’embrayage a patiné jusqu’à ce que la voiture roule à bonne vitesse ».

Schumacher revient en piste et n’a pas d’autre choix que de piloter comme s’il était sur un kart, sans pouvoir changer de rapport. Au début, il effectue ses tours du circuit en 1’32”. Puis, il adapte son pilotage et change complètement ses trajectoires. Dans les virages, le moteur baisse de moins en moins de régime. Toutefois, sur la ligne droite des puits, Schumacher doit subtilement lever le pied de l’accélérateur afin de ne pas faire tourner le moteur trop longtemps sur le limiteur de régime.

Pas d’images svp !!

Toet écrit que l’écurie Benetton a vite envoyé un représentant aux bureaux de la FOM (Formule One Management) afin que le réalisateur télé ne montre pas les images de la caméra embarquée de Schumacher, car l’écran du tableau de bord montrait le chiffre “5” en permanence. Les autres écuries auraient vite compris que la Benetton était malade et lente sur la ligne droite. Mais rien ne fit, et la télévision commença à diffuser des images du cockpit de la Benetton.

Au fil des tours, ses chronos s’améliorent. Revenu en piste en troisième place, il occupe désormais le second rang. Magnifiquement aidé par la grande souplesse et le couple gigantesque du moteur V8 Ford, Schumacher parvient à rouler en 1’30 puis en 1’28”. Après la course, Schumacher avouera que son expérience à piloter les grosses voitures Sauber-Mercedes d’Endurance lui avait appris à conduire de façon à économiser du carburant et sauvegarder ses pneus.

L’Allemand doit toutefois affronter un autre arrêt aux puits, bloqué sur le cinquième rapport. Ce deuxième arrêt se déroule bien au 46e sur 65, et Michael parvient miraculeusement à ne pas caler en redémarrant.

Profitant de l’adhérence que lui procure son train de pneus neufs, Schumacher attaque afin de garder le contact avec le meneur de la course, Damon Hill sur une Williams à moteur Renault. Il jette littéralement sa Benetton dans les virages.

Les statistiques montrent que Schumacher a réalisé son meilleur tour de piste en utilisant les six vitesses de sa voiture au 18e tour avec un chrono de 1’25”155. Son tour le plus rapide avec sa Benetton malade fut un 1’26”171 réalisé au 40e passage - à peine une seconde plus lent ! À titre de comparaison, son coéquipier, JJ Lehto au volant de la seconde Benetton en parfaite santé, a établi son meilleur tour en 1’26”346 !

Schumacher croise finalement l’arrivée en seconde position à 24”166 de Hill. Après l’arrivée, peu de pilotes croient en cette affaire de boîte de vitesses bloquée. Pour eux, c’est trop incroyable pour être vrai. Pourtant, les données de télémesure de Benetton et les images de la caméra embarquée (et le son du moteur) prouvent de façon irréfutable que Schumacher a vraiment disputé les deux tiers du Grand Prix au volant d’une voiture bloquée sur le cinquième rapport. Impressionnant !